Les femmes égyptiennes attendent encore la Révolution

Le 8 mars, journée internationale de la femme, la nature de la Révolution égyptienne va être testée. Va-t-elle se résumer à la chute d’un dictateur ou va-t-elle réellement inaugurer une nouvelle ère qui accordera à tous, hommes et femmes, les mêmes droits ?

Lors des manifestations contre Moubarak, un quart des participants étaient des femmes. Au delà de leur volonté de mettre un terme à des décennies d’autoritarisme, elles militaient également pour l’égalité et la dignité dans un pays rongé par la violence sexuelle et les discriminations de genre.

L’Egypte est l’un des pays les durs pour la conditions féminine. Une étude présentée en janvier dernier au Forum économique mondial de Davos place le pays à la 125ème place sur une liste de 134 pays. Plus de 40% des femmes égyptiennes sont illettrées. Les mutilations sexuelles sont courantes, surtout dans les zones rurales. La présence féminine sur la scène politique est dérisoire : on compte 8 femmes seulement parmi les 454 membres du Parlement.

La violence et le harcèlement sexuels sont endémiques. Selon une étude du Centre égyptien pour les droits des femmes publiée en 2008, 83% des femmes en ont été victimes. L’attaque en février dernier sur la Place Tahrir de Lara Logan, la correspondante de CBS News, a illustré la brutalité de ce phénomène qui humilie les femmes et les écarte l’espace public. Agressée par des dizaines d’homme en furie, elle a été sauvée grâce à l’intervention de femmes et de soldats.

Les autorités sont le plus souvent restées indifférentes face à cette violence. Les victimes portent rarement plainte car elles craignent d’être stigmatisées socialement ou d’être sexuellement harcelées par les policiers auxquels elles s’adressent.

La Révolution va-t-elle changer les choses ? Les premiers indices ne sont guère encourageants : la Commission nommée par l’armée pour rédiger la constitution ne comprend aucune femme. L’un de ses membres est même un religieux connu pour ses conceptions conservatrices.

A l’instar des femmes tunisiennes, qui bénéficient d’un statut beaucoup plus avancé, les Egyptiennes craignent même un retour en arrière sous l’influence des forces islamiques qui, ces dernières années, ont de plus en plus imposé leurs normes à la société.

Mauvais premier signe : selon le New York Times, une des clauses rédigées par cette commission d’experts établit que le président égyptien ne peut pas être marié à une « femme non-égyptienne », ce qui non seulement dénote une tonalité xénophobe mais révèle aussi qu’une femme ne peut aspirer à la charge suprême.

Ce mardi, la célèbre militante féministe et progressiste égyptienne, Nawal el-Saadawi, a convoqué une marche d’un million de femmes au Caire pour défendre la démocratie, car il ne fait aucun doute pour elle que la révolution de la place Tahrir échouera si elle ne se traduit pas par un changement radical des lois discriminatoires et des comportements machistes qui font de l’Egypte l’un des pays les plus hostiles aux femmes dans le monde arabo-musulman.

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Une réponse à Les femmes égyptiennes attendent encore la Révolution

  1. SPQR dit :

    lire et relire l’ouvrage ancien, bref , mais extraordinaire et prémonitoire de Germaine Tillon “le harem et les cousins” 1966. Tout y est dit et explique par cette grande anthropologue et militante. Le contenu prédictif est surprenant ! Et explique aussi bien l Egypte que Berlusconi.

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