Que faire en Libye? Intervenir, écrit l’ex-directrice de la planification au département d’Etat

Face à la progression des forces du colonel Kadhafi et au risque d’un écrasement des rebelles, le débat sur une intervention militaire en Libye est de plus en plus intense aux Etats-Unis.
Les partisans d’une intervention robuste ne se limitent pas aux néoconservateurs, comme le sénateur Joseph Lieberman, ou à l’entourage de l’ancien candidat républicain à la présidence John McCain qui accusent l’administration Obama de laisser tomber les insurgés.
Des voix s’élèvent également au sein des milieux « libéraux », c’est-à-dire dans le jargon politique américain, « progressistes » ou de centre-gauche. John Kerry, le président de la Commission des affaires étrangères du Sénat et ancien candidat à la présidence du Parti démocrate s’est dit favorable à l’instauration « maintenant » d’une zone d’exclusion aérienne.
Anne-Marie Slaughter, l’une des théoriciennes de l’approche éthique en politique étrangère et professeur de relations internationales à l’Université de Princeton, vient elle aussi de réclamer cette mesure. Son avis est d’autant plus intéressant qu’elle était jusqu’il y a peu directrice du Policy Planning Staff au Département d’Etat.
Dans un article publié par le New York Times, elle critique la temporisation des Etats-Unis et de l’Union européenne alors que le spectre d’une victoire de Kadhafi s’abat sur la Libye.
Point par point, elle répond aux objections soulevées par les adversaires d’une zone d’exclusion aérienne. Pour elle, cette mesure, malgré ses difficultés et ses résultats limités, aura un impact immédiat sur le tyran de Tripoli. Elle lui enverra le message clair et précis qu’il ferait mieux de s’arrêter et de négocier son départ.
Anne-Marie Saughter balaie également l’argument de ceux qui doutent de l’opposition libyenne. « Nous ne devrions pas nous attendre à l’instauration d’une Libye idéale et jeffersonienne (en référence au troisième président des Etats-Unis), reconnaît-elle, mais le choix est entre l’incertitude (Nda : sur l’opposition et l’avenir du pays) et la certitude que si le colonel Kadhafi l’emporte, les régimes de la région en tireront la conclusion que le recours à la force est la meilleure manière de répondre aux protestations. Et si Kadhafi massacre l’opposition, les jeunes protestataires du Moyen-Orient se souviendront que lorsqu’ils nous demandèrent d’appuyer leur cause autrement que par des mots, nous avons cligné des yeux ».
Fournir des armes aux insurgés prendra du temps car ceux-ci manquent de formation militaire, ajoute Mme Slaughter. Avant que ces livraisons d’armes aient pu produire leur effet, Kadhafi sera déjà à Tripoli.
Finalement, écrit-elle, si le Conseil de sécurité n’agit pas, il faudra pointer du doigt les pays qui s’opposent à la zone d’exclusion aérienne, reconnaître le Conseil national de transition comme le seul gouvernement légitime, à l’exemple de la décision prise par le gouvernement français.
Le temps presse, il est temps d’agir, conclut cette personnalité en vue de l’Establishment américain de politique étrangère. Dimanche, l’organisation Human Rights Watch a dénoncé une ambiance de terreur dans la ville de Tripoli, où les services de sécurité s’en prennent aux opposants du régime.
Kadhafi et ses forces de sécurité sont en train de réprimer brutalement à Tripoli toute forme d’opposition – y compris des tentatives de manifestation pacifique – en recourant à la force létale, aux arrestations arbitraires et aux disparitions forcées », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Compte tenu du triste bilan de la Libye en matière de torture et d’assassinats politiques, nous sommes profondément préoccupés par le sort des personnes détenues“.

Que fera la Maison Blanche? L’administration Obama préférerait s’abstenir d’intervenir de nouveau dans une guerre en terre arabo-musulmane et insiste sur la nécessité de laisser l’initiative de la rébellion aux jeunes arabes afin de ne pas affaiblir leur cause. Le ministre de la Défense Robert Gates a multiplié les objections ces derniers jours en soulignant les risques d’une intervention militaire. D’autres membres de l’administration ont évoqué leur perplexité face à une opposition “qui semble se diviser selon des lignes tribales”.

Le débat, toutefois, est très animé. L’une des conseillères du président Obama n’est autre que Samantha Power, lauréate du Prix Pulitzer en 2002 pour son livre A Problem from Hell, un essai de plus de 600 pages qui analysait de manière critique le refus des Etats-Unis de s’engager contre les génocides au cours du siècle dernier. Elle aurait pu être l’auteur du Tweet diffusé la semaine dernière par Anne-Marie Slaughter: “la communauté internationale ne peut rester les bras croisés et regarder sans rien faire le massacre des protestataires libyens. Au Rwanda nous nous sommes contentés de regarder. Au Kosovo, nous avons agi’.

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2 réponses à Que faire en Libye? Intervenir, écrit l’ex-directrice de la planification au département d’Etat

  1. wautot dit :

    En 1939 nous avons eu le tandem Chamberlain -Daladier face à Hitler, en 2011, ce qui est encore pire, le tandem USA- Europe face à un autre autocrate présente les mêmes cractéristiques Je pense que les arguments de madame Slaughter ont plus de poids, en considérant le long terme, que ceux de ses opposants. Les paroles de Churchill, après les accords de Munich, sont toujours aussi vraies ” Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre.

  2. serna dit :

    Je ne vois pas que l’ONU ait pris de décision; il y a eu le précedent avec le fou de Bush concernant l’ Irak et les armes de destruction massive.
    Sarkozy et Berlusconi ont porté au pinacle Kadhafi et maintenant le probleme n’est pas les morts , mais le petrole!

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