Libye: comment la France a convaincu

L’adoption de la Résolution 1973 par le Conseil de sécurité des Nations Unies constitue une victoire diplomatique pour la France et la Grande-Bretagne qui, dès le début des combats en Libye, avaient envisagé une option militaire.

Paris et Londres ont non seulement réussi à convaincre Washington, où de fortes réticences s’étaient exprimées à l’égard de l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne (et surtout de l’envoi de troupes sur le terrain), mais les deux capitales ont aussi neutralisé la Chine et la Russie, qui, jusqu’hier, avaient exprimé leur opposition et menacé d’actionner leur droit de veto.

L’appel lancé par la Ligue arabe en faveur d’une zone d’exclusion a changé la donne. Moscou et Pékin, nous déclarait hier un diplomate, ne pouvaient pas se permettre de se mettre à dos l’organisation porte-parole du monde arabe, qui exprime en grande partie les positions de l’Egypte, le pays le plus important de la région.

L’action de la France a donc porté, appuyée par les appels lancés ces derniers jours par un ensemble d’intellectuels, comme l’ont illustré la carte blanche de Daniel Cohn-Bendit, Bernard-Henri Lévy, etc. dans Le Monde et la lettre ouverte adressée à Barack Obama par des dizaines de spécialistes du monde arabe et d’universitaires américains parrainés par le Center for the Study of Islam and Democracy.

La même approche avait été défendue par des milieux politiques européens, dont les Verts et les Libéraux, ces derniers emmenés par Guy Verhofstadt, particulièrement engagé sur cette question.

Selon des sources américaines, la France a développé un lobbying résolu, qui a été relayé par les partisans d’une « action robuste » au sein de l’administration Obama, à l’exemple de Susan Rice, ambassadrice aux Nations Unies.

L’argumentaire développé par la France, selon les mêmes sources, a été d’une rare efficacité. Si Kadhafi reprend Benghazi, on se retrouvera devant le spectre d’un scénario à la Srebrenica, ont martelé les diplomates français. Comme le démontrent les exactions commises dans les villes reprises par les forces loyalistes, il y aura des arrestations massives, des exécutions, des représailles, l’imposition de la terreur.

Cette répression, ont-ils prévenu, provoquera une catastrophe humanitaire, avec la nécessité pour la communauté internationale de gérer une grave crise de réfugiés.

La victoire du colonel, par ailleurs, sonnera le tocsin de la vague de démocratisation arabe et renforcera l’idée que les régimes autoritaires peuvent assurer leur survie en ripostant avec brutalité aux mouvements de contestation.

Elle constituera une menace pour la transition démocratique en Tunisie et en Egypte et elle démontrera également la faiblesse de la communauté internationale qui, pourtant, en septembre 2005, s’était engagée aux Nations Unies à ne plus tolérer, au nom de la « responsabilité de protéger », qu’un régime puisse massacrer les populations civiles.

Pour éviter ces scénarios catastrophes, les représentants français, plutôt que d’imposer une zone d’exclusion aérienne, très difficile à mettre en œuvre, auraient surtout proposé de tracer une ligne dans le sable et de frapper les forces kadhafistes qui la franchiraient, sans que cela signifie le déploiement de troupes sur le sol libyen.

Un scénario qui a finalement convaincu Washington, réticent à l’encontre d’un nouvel engagement militaire, poussé l’Union européenne à se définir et provoqué un retournement spectaculaire de l’image de la diplomatie française au sein de l’opinion internationale.

Cette entrée a été publiée dans Afrique du Nord et Moyen-Orient, Analyse, chine, droits de l'homme, Etats-Unis, Union européenne, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

5 réponses à Libye: comment la France a convaincu

  1. Funerot dit :

    Pour une fois, notre Sarkozy national a pris une bonne décision. Dans l’immédiat il est content, çà ne le fera pas remonter dans les sondages pour autant car l’idée vient de Bernard Henri Lévy notre pseudo philosophe routard. Quant à Kadhafi il va se faire un plaisir de le descendre en flèche en nous donnant les preuves qu’il a financé sa campagne électorale de 2007. Il a peut-être relevé les numéros des billets.

  2. François Barberis dit :

    Formidable, M. Marthoz. Exactement comme M. Baudoin Loos de ce matin. Vous arrivez à faire état d’un succès diplomatique de la France sans jamais prononcer le nom de ceux qui ont été à la manœuvre : NS, Alain Juppé. En revanche vous arrivez à introduire les nom de Cohen Bendit, de BHL et de Guy Verhofstadt, les inexistants, les fantômes de la politique. Il ne manque plus qu’Aubry. Loos n’a pas hésité, il lui a tressé des lauriers ce matin. Risible, votre texte. Comme déni de réalité c’est pas mal. Toujours aussi difficile à prononcer le nom de Nicolas Sarkozy ? Pourtant Hubert Védrine, l’un de nos meilleurs diplomates (à qui j’en veux d’avoir refusé le poste de ministre des AE que lui avait proposé NS et qui est échu à Kouchner) a pourtant déclaré que c’était un ”succès diplomatique considérable de la France et que ce succès était du à Nicolas Sarkozy et à Alain Juppé”. Remarquez, finalement votre déni de réalité me convient très bien. Ça prouve que nous n’avons rien de commun avec les belges d’expression française et qu’il vaut mieux que vous restiez chez vous, en Flandre. Oui, j’ai dit en Flandre, car avec des cécités comme la vôtre, c’est votre lendemain assuré. .Ah oui, un dernier mot. Nicolas Sarkozy, vous savez, celui dont le nom vous étrangle la gorge. Je pense qu’il va être réélu. Il faudra bien vous y faire, mais bon, vous y survivra. Au fait, comment on prononce Sarkozy en flamand ? Zarkosi ? Allez, salut, l’ami, bonne route.

    • jean-paulmarthoz dit :

      Cher Monsieur, je n’ai pas l’obsession que vous me prêtez de ne pas citer Sarkozy.
      Je l’avais cité d’ailleurs dans un précédent blog en compagnie de BHL…
      De surcroit si vous lisez mes chroniques du mardi, vous verrez que j’ai même rendu hommage à l’engagement du chef de l’Etat français en faveur des chrétiens d’Orient. Le titre ne pouvait être plus clair: Sarkozy, Jaurés et les chrétiens d’Orient. Dois-je vous signaler que certains lecteurs, par antisarkozysme obsessionnel, m’ont accusé d’avoir commis un crime de lèse majesté en associant ainsi le président actuel au héros historique de la gauche française…J’ajouterai que je n’oppose pas la France à la Flandre et que ce qui détermine mon attachement à un pays n’est pas son drapeau mais le caractère démocratique, ouvert et éclairés de la politique qu’il mène.
      Bonne route également

  3. YVAN CREPIN dit :

    Le pétrole Lybien devait absolument revenir aux Européens puisque TOUT le reste est déjà aux mains des US.
    Et on vient nous baratiner avec des histoires humanitaires. Il a bon dos l’humanitaire quand il s’agit de pétrole.
    On nous prend pour des c.ons.

    Puis, comme le nucléaire risque de prendre du plomb dans l’aile, bin, je vous épargne la suite.

    Première irradiations “Fukushima” relevées en Californie ce 19 mars. Mais tout va bien…
    Les lobbies de fric sont prêt à tout pour le fric même à sacrifier l’humanité pour la victoire du fric. Cherchez l’erreur.

  4. Antonio dit :

    Moi, j’apprécie beaucoup la position italienne. La France a démontré vouloir agir seule et sans légitimité ONU contre un danger à la Saddam diminué par 1000. L’aventurisme de Sarko évoque celui de Napoléon III, et on le sais comment cela finit en 1870. Il veut gagner ses présidentielles et un peu de petrole pas cher. ON attend donc la Grande Armada gaulois, invincible comme à Trafalgar, à la défense des Droits de l’Homme au Yemen, en Syrie, au Bahrein invahi par l’Arabie. Elle viendra? Cela m’étaonnerait
    Antonio, un anti-français

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>