La crise belge? Pas d’impact à l’étranger?

Je suis navré de devoir contredire le ministre belge des Affaires étrangères, Steven Vanackere, qui représente avec beaucoup de sérieux et de sérénité la Belgique à l’étranger.

« Nos problèmes intérieurs n’ont pas d’impact négatif (sur l’image de la Belgique), déclarait-il dans un entretien au Soir, publié ce mercredi. Ce sont souvent les journalistes belges qui posent la question, pas les journalistes étrangers ni nos interlocuteurs politiques ».

Peut-être parle-t-on différemment à un ministre qu’à un journaliste. Peut-être un ministre ne rencontre-t-il pas les mêmes personnes qu’un journaliste. En tout cas, au cours de récents colloques et missions à l’étranger, il me paraît incontestable que la crise communautaire entache la réputation internationale de notre pays et, d’ailleurs, celle de ses régions.

Cette crise enlève même une part de crédibilité aux Belges qui participent à des séminaires internationaux, en particulier ceux consacrés à la démocratie ou, pire encore, à la prévention des conflits. Comment intervenir sur des questions de médiation internationale et de réconciliation quand on vient d’un pays qui s’enlise dans ses incompréhensions communautaires ? Le fameux « modèle belge », qui avait séduit pas mal de spécialistes de la gestion des conflits, n’est plus vraiment un produit d’exportation mais un sujet de consternation. La montée du nationalisme flamand, même si celui-ci cherche à se présenter sous des atours plus modérés, est, par ailleurs, perçu avec une réelle préoccupation, car elle semble correspondre à une tendance générale de repli de l’Europe sur ses nombrilismes de la micro-différence.

Lors d’un récent dîner organisé à l’issue d’un séminaire international, la « question belge » fut même le premier sujet de conversation. Les convives étaient des diplomates, des professeurs de relations internationales et des conseillers présidentiels de plusieurs pays émergents (Brésil, Chine, Inde, Turquie, Indonésie). Et certains d’entre eux ne cachaient pas leur perplexité à l’égard de la crise d’un pays, non seulement situé au cœur de l’Europe et siège des institutions européennes, mais aussi présenté très souvent comme un mini-laboratoire du projet européen, un projet officiellement fondé sur le consensus, le respect et la solidarité.

« La crise belge n’est-elle pas en soi le symbole du déclin européen ? », lança même un convive. Ou plutôt, ajouta-t-il, « le fait que l’Union européenne ne s’attache pas en priorité à résoudre cette crise ontologique ne démontre-t-elle pas l’insignifiance croissante d’un continent ? ». « Le repli de l’Europe sur ses nationalismes régionaux, nationaux et même continentaux, renchérissait un autre expert, gomme peu à peu cette puissance douce qui, il y a quelques années encore, avait fait de l’Union européenne un modèle alternatif à la puissance encombrante des Etats-Unis ».

Bien sûr, ces rencontres sont fortuites et n’ont pas valeur de sondage représentatif. Mais il est difficile de s’imaginer que les interlocuteurs officiels de M. Vanackere ne s’interrogent pas eux aussi sur la dérive de la Belgique dans les eaux troubles du communautarisme et sur son incapacité croissante à tirer parti de sa diversité.

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11 réponses à La crise belge? Pas d’impact à l’étranger?

  1. PETER dit :

    effectivement, je suis tout à fait d’accord avec cet article. Je vis à l’étranger et c’est une honte le comportement du monde politique belge. J’estime subir avec mes compatriotes tous les jours un dommage moral extrème à cause de la situation et le peu de pudeur de nos politiciens dans leur débat mesquin qui parait tellement anachronique avec l’évolution du monde. Cela dépasse les bornes d’être sans cesse humilié dans les conversations et dans sa réputation. A combien doit on chiffrer ce dommage que nous subissons. Il serait bien que les partis politiques soient attaqués en justice sur ce dommage moral et indirectement financier. Alors que Bruxelles est la capitale de l’europe, le monde politique belge est inconscient et prend tous les risques pour qu’un jour BXl ne soit plus capitale

  2. Nicolas Ancot dit :

    Je voudrais ajouter que le Ministre des Affaires Etrangeres ne devrait pas etre fier de pretendre que la crise gouvernementale n’a pas d’impact a l’etranger. En effet, la seule raison pour laquelle ce serait le cas serait que la Belgique est devenue totalement insignificante en dehors de nos frontieres. Et si la Belgique unie est devenue insignificante, comment imaginer que les Regions deviennent, elles, significantes !

  3. Maillard dit :

    Bonjour,

    Très sérieusement je suis persuadé que ce qui se passe en Belgique est néfaste pour notre pays. Par ailleurs, il ne faut pas nier que les autres gouvernements (régionaux et communautaires) continuent à fonctionner presuqe normalement.
    Par contre, il faudrait peut-être réfléchir et prendre le problème par l’autre bout, à savoir: de par certains côtés BDW n’a t’il pas raison trop tôt? En clair, la Belgique n’est elle pas en train de passer vers l’Europe des régions avant tout le monde avec une Europe plus forte, un parlement crédible et une partie des impôts directement à l’Europe pour les différentes régions, grands travaux d’infrastructures, sécurité sociale, lissage des taxes, tva etc…? C’est tout le contraire du repli sur soi.

  4. SMaton dit :

    Lors de mes interventions chez mes clients en Allemagne, le sujet du “non-gouvernement” en Belgique revient assez souvent sur la table. Des commentaires tels que “Un nouveau record, félicitations!” ou “Alors, c’est pour quand l’éclatement de la Belgique?” vont de paire avec un certain cynisme face au discussions autour d’un problème (“Voilà un problème résolu… on attaque la Belgique?” avec un clin d’oeil vers moi).

  5. M a n u dit :

    Deuxième appel contre le nationalisme.
    Les courageux artistes flamands du KVS ne baissent pas les bras et annoncent une grande journée de mobilisation le 7 mai prochain.


    Lire la suite

  6. Gonivar dit :

    Il faut appeler un chat un chat. TOUTES les atteintes aux droits fondamentaux ou à ces valeurs de “consensus, respect et solidarité” sont le fait d’une certaine Flandre. On ne peut admettre que les opposants de notre conflit linguistique soient renvoyés dos à dos. Il y a clairement un agresseur et un agressé. Or tous les représentants politiques de la Belgique à l’extérieur sont flamands et relativisent, édulcorent, nient ou tentent de justifier. La presse francophone doit être plus courageuse dans la défense des droits des gens, quitte à ce que “l’image du pays” en souffre.

  7. Robert Remouchamps dit :

    J’adhère pleinement au contenu de cet article

  8. Ping : Belgio: La crisi politica sembra infinita | SenzaFrontiere's Blog

  9. Jacquet Jean-Pierre dit :

    Je crains, M. Marthoz, que vous ayez tragiquement raison mais je pense que nos dirigeants politiques ne pourront jamais admettre publiquement ce que vous dites ici.
    En effet, autant il ne fallait pas “désespérer Billancourt” jadis, il ne faut pas déciller les Belges aujourd’hui et leur donner à ruminer les vraies réalités auxquels ils seront pourtant confrontés sous peu et fort inéluctablement.
    C’est un reproche majeur que je fais au monde politique francophone qui aura jusqu’au bout caché la réalité à ses administrés, sans courage ni conscience professionnelle vraie, aveuglés qu’ils ont été par des manifestations belgicaines et nostalgiques don ils connaissaient pourtant l’inanité.
    J’ai été (et suis toujours) membre d’un parti francophone où, pas plus qu’ailleurs, voire moins sans doute, on n’a pas accepté de regarder la réalité en face et on a surtout refusé de la dire, quand on l’a connue, à ses militants d’abord, à ses électeurs et sa population ensuite. Et ceux qui s’obstinaient à vouloir tirer la sonnette d’alarme se sont vus rejetés !
    Pour ma part, je ne sais plus que dire à mes interlocuteurs : revoterons-nous ? sans doute pas dans l’immédiat ; aurons-nous un vrai gouvernement sous peu ? encore moins probable avant des années peut-être ; la Belgique subsistera-t-elle ? hélas, c’est devenu quasi totalement impossible.
    Mais alors, que deviendrons-nous ? Nul ne le sait, personne ne se hasarderait à faire une prophétie parce qu’il est devenu visible pour tous les observateurs que quelque soit la proposition, serait-elle la plus logique (et même si possible raisonnable, juste, équilibrée), elle sera toujours et automatiquement rejetée par une partie des interlocuteurs, toujours les mêmes d’ailleurs.
    Une consolation pourtant : ceux de Billancourt ont fini par faire autre chose. Nous aussi, nous pourrons le faire.

  10. alsatian in oklahoma dit :

    Vivant aux states, personne n’en parle ici (USA) et ignore le probleme, meme les journaux Francais en ligne s’en fouttent completement! mais je peux vous assurer que si cette situation perdure et si une certaine haine emmerge entre les Wallons et les Flamands, les grandes puissances vont commencer a reellement rire de vous, vous ignorer, et pour finir vous mepriser. Les Flamands seront considere comme des petits arrogants peteux de bac a sable et les Wallons comme des petits profiteurs. En temps que Alsacien Francais, je commence a lire des “anti-french bashing” du cote Flamand et j’ai horreur que l’on insulte ma Langue en Europe. Que les Flamands veulent ressembler a des Hollandais consideres en France comme des drogues gauchards, OK pour moi! Mais faites respecter le Francais ou alors on va se facher (les Francais). Cela fait desordre et je vous demande, vous, les Wallons de vous faire respecter car vous parlez notre langue. MERCI.

  11. Marc Sinnaeve dit :

    Bien d’accord avec toi, cher Jean-Paul, quant à l’impact indéniablement négatif de la crise gouvernementale à rallonge(s) sur la crédibilité de la Belgique, de ses pouvoirs publics, de son économie, de sa “démocratie de pacification”.
    En revanche, je ne situerai pas “par ailleurs” l’inquiétante montée du nationalisme (flamand) et de son égoïsme financier. Ces éléments sont au principe même du blocage actuel qui n’a rien à voir, selon moi, avec le manque de courage ou de volonté des négociateurs.
    Je crois, au contraire, qu’il faut un certain courage politique pour résister au refus de la N-VA de négocier autre chose qu’une application pure et simple de son programme socio-économique et institutionnel (une seule et même chose à vrai dire, le second étant l’outil du premier).
    Personne issue de l’immigration socio-économique flamande en Wallonie, je suis ouvert à une certaine “sensibilité” flamande dirigée contre l’hégémonie longtemps opprimante de la classe dominante francophone (y compris de Flandre). Il n’empêche: à côté de considérations électorales qui en découlent, le principal écueil aujourd’hui est bien la volonté de la N-VA (et d’une partie de ses éleecteurs) d’en finir avec le modèle social (belge et européen), seul vrai ciment (mais à quel point solide et partagé) de ce pays avec quelques autres traits communs, toutefois secondaires, mais pas inexistants, à mes yeux. Comme De Wever sait qu’il n’y parviendra pas au plan fédéral en raison de “l’obstacle PS” sur sa voie, il fait tout pour se donner les moyens nécessaires de le faire en Flandre au sein d’une majorité sur mesure. La constitution d’une majorité parlementaire “flottante” de droite sur un autre dossier, ces jours-ci (fin mai 2011), n’est qu’un signe supplémentaire de cette perspective.
    C’est pourquoi je crois important, comme le dit un intervenant sur ce blog, dans toute évocation de la “crise belge”, de rendre à César (BDW), et non à l’ensemble de la Gaule immobilisée par ses légions, ce qui lui appartient.

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