A Washington, les “amis du Pakistan” n’ont plus la cote

Le lobby du Pakistan a des sueurs froides. L’administration Obama, il fallait s’y attendre, met la pression sur Islamabad. Comment expliquer, en effet, que le leader d’al-Qaïda, l’ennemi public numéro des Etats-Unis, ait pu résider aussi longtemps à Abbottabad, au cœur d’un quartier militaire, au milieu de ceux qui étaient censés le traquer ?

Outrés, des membres du Congrès exigent que le gouvernement pakistanais fournisse une explication crédible sur les manquements ou, plus vraisemblablement, les complicités de ses services de renseignements. Les 3 milliards de dollars d’aide prévus dans le budget 2012 sont en jeu.

« Avant de leur donner un sou, nous devons savoir si le Pakistan est vraiment de notre côté dans la lutte contre le terrorisme », s’est exclamé le sénateur démocrate Frank Lautenberg.

Cette fois, les lobbyists du Pakistan savent qu’ils risquent gros. La tolérance dont a bénéficié le Pakistan pendant de longues années arrive en bout de course. Déjà affaibli par le renforcement des relations entre l’Inde et les Etats-Unis, Islamabad a été l’objet, ces derniers mois, de critiques croissantes de la part de membres importants du Congrès et de l’armée américaine.

Dernièrement, avant même la découverte de la cache de Ben Laden, les fuites de Wikileaks avaient révélé qu’une partie de l’Establishment militaire et diplomatique américain considérait les services de renseignements pakistanais, l’ISI, comme une « organisation terroriste ».

A la fin de la semaine dernière, l’influent sénateur démocrate Patrick Leahy, spécialiste reconnu des services de renseignement, n’a pas caché son agacement : « Je suis certain que certains au sein de l’armée et des services pakistanais savaient que Ben Laden se cachait tout près d’Islamabad », a-t-il déclaré.

Le Pakistan Lobby va devoir démontrer qu’il est capable de remonter la pente. Depuis quelques jours, tous les représentants du Pakistan aux Etats-Unis sont mobilisés, en particulier les « agents étrangers » de K Street, du nom de cette célèbre rue de Washington où se concentrent les sociétés d’affaires publiques de la capitale fédérale.

Au cours des dernières années, en effet, le gouvernement pakistanais a multiplié les contrats avec des sociétés de conseil et de lobbying, au sein desquels évoluent, selon le principe de la revolving door (porte tournante), des personnes ayant travaillé au service des administrations présidentielles américaines.

L’ambassade pakistanaise à Washington, note la revue The Hill, s’est notamment assuré les services de Mark Siegel, un « opérateur politique » particulièrement bien introduit dans les milieux démocrates.

Ancien assistant du président Jimmy Carter, aujourd’hui partenaire de la firme Locke Lord Strategies, M. Siegel s’évertue à convaincre la presse et les membres du Congrès de la bonne volonté et de la sincérité du gouvernement pakistanais.

Pour lui, l’heure est arrivée de prouver à ses commanditaires que leur argent a été bien investi : selon des documents officiels du ministère américain de la Justice, la firme de Mark Siegel a reçu du Pakistan une somme de 1,9 millions de dollars d’honoraires depuis 2008.

Le site Opensecrets, qui enquête sur le rôle de l’argent dans la politique américaine, précise que Mark Siegel a donné 1800 dollars à la campagne électorale de Hillary Clinton en 2008 et que sa femme a contribué 3550 dollars à celle de Barack Obama. En 2010, le Comité d’action politique créé par sa firme d’avocats a distribué 195.850 dollars à des candidats aux élections fédérales, dont 65% à des membres du Parti démocrate.

Cette « générosité électorale », censée assurer les retours d’ascenseur au service du Pakistan, risque toutefois d’être de peu de poids face au tollé que soulèverait la preuve de l’implication des autorités pakistanaises dans la protection de l’organisateur et inspirateur des attentats du 11 septembre 2001.

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3 réponses à A Washington, les “amis du Pakistan” n’ont plus la cote

  1. PROGRESSIVE dit :

    Honnêtement, existe-t-il quelqu’un d’assez naïf pour croire que cela aurait pu se passer autrement???

  2. freddy jamart dit :

    toutes les informations que l’on reçoit peuvent être considérées comme manipulations . Moi , j’appelle cela : on nous prend pour des cons . Cela ne me dérange pas d’être pris pour un con (je ne vois pas comment je pourrais empêcher cela ) mais il faut qu’on sache que JE LE SAIS . Maigre satisfaction , je le concède .

  3. Didier Lagasse de Locht dit :

    Une amitié contraignante est-elle une amitié ? L’Europe a été entraîné dans la guerre en Irak par les mensonges du gouvernement Bush aux citoyens américains et à l’assemblées des nations… A ce jour, nous attendons toujours les explications d’un tel comportement de la part d’un “ami”, allié et démocrate ? Rappelez-vous Bush ! “Si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous” Tout est dit. Le sens du mot “amitié” ou de l’expression “Justice est faite” n’ont pas du tout la même signification en Europe.

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