L’affaire DSK décryptée par la communauté noire américaine

Coupable, pas coupable ? Ce n’est pas seulement cette question essentielle que se posent ceux qui tentent de couvrir sereinement l’affaire DSK. Ils se demandent aussi si le procès ne risque pas de susciter des polémiques raciales à New York, une ville où les relations entre les communautés ne sont pas totalement apaisées ?

Certains journaux de la communauté noire américaine ont clairement décodé l’affaire DSK dans ce contexte-là. Ainsi, le Black Star News, qui se présente comme « le journal d’investigation de la communauté noire new-yorkaise », qualifie l’ancien patron du FMI de « Bwana Strauss-Kahn ».

Dans un texte repris sur de nombreux sites Internet africains-américains, Tonya Weathersbee, une chroniqueuse du Times-Union de Jacksonville (Floride), évoque elle aussi la dimension raciale de l’affaire, en établissant un parallèle avec « l’exploitation du continent africain par le FMI ».

« Bien sûr, DSK bénéficie de la présomption d’innocence, mais cette affaire me fait penser que pour les hommes et les pays les plus puissants de ce monde, tout ce qui est africain est à prendre, écrit-elle. Cette femme qui a émigré de Guinée pour devenir  employée de chambre à New York n’a pas été assez loin pour échapper à son sort et à celui de son continent».

« Les scandales Strauss-Kahn et Schwarzenegger, note Gregory Rodriguez dans le quotidien The Baltimore Sun, sont au croisement de la race et du sexe, de l’argent et du pouvoir ». Dans cet article, l’auteur évoque l’histoire tourmentée des relations sexuelles interraciales aux Etats-Unis à l’époque de l’esclavage, des relations marquées par « la domination des maîtres blancs sur des esclaves noires » et dont le souvenir continue de hanter l’imaginaire d’une partie de la communauté noire.

Dans une Amérique où le souvenir de l’esclavagisme et de la ségrégation n’a pas été totalement gommé par l’adoption des lois sur l’égalité raciale ni par l’ascension sociale d’une partie appréciable de la communauté africaine-américaine, de grands procès impliquant des Africains-américains, comme celui de l’ex-star du football O.J. Simpson, ont provoqué très souvent des suspicions de préjugés raciaux et déclenché des controverses incandescentes.

A New York, certains s’inquiètent du risque d’une même dérive dans l’affaire DSK. Ils espèrent bien que personne ne réussira à « racialiser » le dossier en le détournant de la sphère du droit vers celle de la « racial politics » new-yorkaise.

Ils espèrent aussi que, dans leur détermination à démonter l’accusation, les avocats de DSK n’utiliseront pas de méthodes brutales et déloyales qui seraient perçues comme une volonté de « casser » coûte que coûte la dignité de la femme de chambre guinéenne.

« L’objet de l’enquête des avocats de DSK est évidemment d’établir la vérité, nous confiait un ami new-yorkais, mais on peut espérer que, dans la constitution de leur dossier, ils prendront toute la mesure de la dimension politique et sociétale de ce procès ».

Les semaines qui suivent exigeront beaucoup de sang froid et un sens aigu des responsabilités…

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