La Commission européenne s’englue en Ouzbékistan

Lola Karimova, la fille cadette du président de l’Ouzbékistan, croyait défendre la réputation de son pays, en attaquant en diffamation le journal en ligne Rue89, qui avait qualifie cette république pétrolière d’Asie centrale de “dictature”. Et c est exactement le contraire qui est en train de se passer.

La jeune femme, qui est aussi l’ambassadrice ouzbèke a l’Unesco, a permis, en effet, aux organisations de défense des droits de l’homme de jeter un coup de projecteur sur un régime extrêmement autoritaire, qui n’a pas hésité en 2005 a réprimer dans le sang une manifestation de protestation dans la ville d’Andijan, faisant des centaines voire des milliers de victimes.

Ce faisant, Lola Karimova compromet également la renommée des institutions internationales qui coopèrent avec l’Ouzbékistan. L’Union européenne, en particulier, se retrouve sur le gril. Selon de nombreux sites d’information spécialisés sur l’Asie centrale, la Commission aurait octroyé 3,7 millions d’euros a une association d’aide aux enfants handicapés contrôlée par la fille du président. Ce soutien a été confirmé par un courrier adressé par le représentant de l’UE en Ouzbékistan à l’avocat de la plaignante a Paris. Cette lettre donne par ailleurs un chaleureux satisfecit a l’association, le Centre national pour l’adaptation sociale des enfants.

L’objectif caritatif de l’assistance européenne n’est évidemment pas en cause, mais bien le fait que ce budget soit accordé à une institution para-étatique dans un pays ou les ONG indépendantes sont rudement réprimées.

L’embarras va croissant dans les milieux de la Commission à Bruxelles. L’Ouzbékistan figure sur la liste des pays places a l’index par les défenseurs des droits de l’homme. Selon la Comité de protection des journalistes (CPJ, New York), ce pays est le plus répressif de la région avec notamment 6 journalistes emprisonnés. Or le président Karimov a été reçu en janvier dernier par le président José Manuel Barroso et l’on parle de faire passer la représentation de la Commission à Tachkent du statut de “bureau de liaison” à celui de délégation.

Presque tout le monde admet au Charlemagne que la politique adoptée a l’égard de l’Ouzbékistan contredit les principes et valeurs de l’UE. Ces mêmes principes et valeurs que Bruxelles, échaudée par le printemps arabe, a promis désormais de promouvoir dans le monde arabo-musulman, mais qu’elle tend à oublier en Asie centrale, une région qui suscite, il est vrai, très peu d’attention dans les médias internationaux. A suivre donc…

Et voici le suivi comme promis…

La Commission européenne a démenti qu’elle avait accordé une enveloppe de 3,7 millions d’euros à l’association contrôlée par Lola Karimova et se borne à évoquer une simple “assistance technique”.Mais selon le média spécialisé Eurasianet, la page mentionnant ce don aurait été retirée la semaine dernière du site Web du bureau de liaison!

Selon les informations de la Commission, l’Association a reçu en tout cas un don de 154.998 euros aux termes d’un programme d’appui à la société civile. Elle a reçu la visite en novembre dernier du commissaire au développement,  Andris Piebalgs.

On rappellera que la famille Karimov est l’une des plus riches du monde et que Lola, la fille cadette du dictateur ouzbèke, est connue pour l’organisation de galas fastueux auxquels elle invite régulièrement, le plus souvent en leur versant des sommes impressionnantes, des personnalités du spectacle. Monica Belluci, Alain Delon, auraient notamment agrémenté de leur présence les fêtes de l’ambassadrice ouzbèke à l’Unesco. Pendant ce temps-là, les vrais représentants de la société civile ouzbèke, ceux qui devraient être les bénéficiaires légitimes de l’aide européenne, sont réprimés et soumis au régime sec. A re-suivre donc…

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