Belarus: l’Union européenne perd patience et serre les vis

En s’en prenant la semaine dernière à Andrzej Poczobut, le correspondant au Belarus du grand quotidien polonais Gazeta Wyborzca, le régime d’Alexandre Loukachenko savait certainement ce qu’il faisait.

Quoique ! Ce gouvernement stalinien, vestige de l’ex-Union soviétique, a l’habitude d’adopter des mesures qui semblent aller à l’encontre de ses propres intérêts. Les sanctions que vient de décréter l’Union européenne à son encontre tendent à confirmer cette thèse.

Pour la plupart des observateurs qui, à l’image des Kremlinologues d’antan, cherchent à percer les secrets des autorités au pouvoir à Minsk, l’arrestation et le procès de ce journaliste reconnu, sous l’accusation d’insulte au chef de l’Etat, est apparue, en effet, comme une provocation à l’encontre de Varsovie. A quelques jours de la présidence polonaise de l’Union européenne, ce n’est évidemment pas le geste que l’on attend de la part d’un Etat qui prétend normaliser ses relations avec Bruxelles.

Les pays européens semblent en tout cas l’avoir interprété de cette manière : ce lundi à Luxembourg, comme l’annonçait triomphalement sur Twitter le ministre suédois des affaires étrangères, Carl Bildt, ils ont décidé à l’unanimité de prendre de nouvelles sanctions contre le Belarus. Un embargo sur les armes, qui pourraient servir à la répression, a été décrété, ainsi que l’addition d’une personnalité du régime à la liste des citoyens du Belarus soumis à des restrictions de visa et au gel de leurs avoirs. Trois entreprises liées à Loukachenko ont également été mises à l’index.

Cette décision remet un peu d’ordre dans les rangs d’une Union européenne qui s’était divisée à propos du Belarus. Ces derniers mois, plusieurs pays, dont l’Italie, la Lettonie et la Lituanie s’étaient distingués en s’opposant à de nouvelles sanctions contre la « dernière dictature européenne ». L’opposition de la Lituanie était particulièrement surprenante dans la mesure où ce pays préside l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OCSE), qui a condamné l’autoritarisme et la fraude électorale lors des élections présidentielles de décembre dernier au Belarus.

Elle replace également l’Union européenne sur la même longueur d’onde que celle des Etats-Unis, partisans d’une politique de fermeté à l’encontre du président Loukachenko.

L’UE avait adopté des sanctions en 2006 contre Minsk, puis les avait allégées en 2008 afin de tester la volonté du Belarus d’amorcer des réformes de libéralisation politique. Après les élections troublées de 2010, elle avait une nouvelle fois imposé des mesures punitives, outrée des mesures de répression contre l’opposition démocratique.

Selon tous les baromètres de la liberté, le Belarus est l’un des pays les plus crispés au monde. Il figure le plus souvent aux côtés de la Birmanie ou de la Corée du Nord dans les classements mondiaux. Le régime, qui s’appuie sur un KGB très “soviétique”, semble inflexible face à toutes les pressions internationales, en dépit de la grave crise économique dans lequel il s’enfonce. Une crise qui risque de s’aggraver à la suite de l’isolement dans lequel le régime s’obstine.

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