Affaire DSK: la gêne change de camp

Pas mal de Français, quels que soient leurs opinions sur l’ex-directeur du FMI ou sur la véracité des accusations portée par la femme de chambre guinéenne, étaient convaincus que l’affaire DSK allait entacher leur réputation internationale. En premier lieu aux Etats-Unis, cette nation avec laquelle ils entretiennent une relation d’amour haine qui peut nous paraître parfois, à nous citoyens d’un humble et placide petit pays, particulièrement surprenante.

Certes, une partie des Français ont répondu avec un bras d’honneur aux « donneurs de leçons » américains et riposté en dénonçant “l’atteinte à la présomption d’innocence, le lynchage médiatico-judiciaire et l’hypocrisie puritaine“. Mais beaucoup, toutefois, se sont inquiétés de l’image de leur pays, de leurs journalistes et de leur monde politique, accusés de connivence et de tolérance coupables à l’égard des “pratiques” supposées de leurs dirigeants.

Les Américains affichent les mêmes passions contrastées à l’égard des Français. Si, dans les salons intellectuels de New York ou de San Francisco, la France est synonyme de culture, de goût et de raffinement, les mouvements populistes, les chrétiens évangéliques, les secteurs nationalistes, les cercles conservateurs seraient plutôt tentés, par contre, de voir dans ce pays l’incarnation du Mal, c’est-à-dire de l’élitisme, de l’athéisme, de l’antiaméricanisme et du socialisme.

L’idée de la « perversité française/Frans perversiteit », qui angoissait, paraît-il, les milieux catholique belges au début du siècle dernier, rôde encore dans cette Amérique profonde qui a pour principales références la Bible et la bannière étoilée.

Une partie de la presse américaine ne s’est d’ailleurs pas privée d’activer la touche antifrançaise en croyant qu’elle pourrait, par ce procédé, encore accroître sa popularité. Comme elle l’avait fait lors de la guerre en Irak, lorsque les frites, les French fries, étaient devenues les freedom fries, et que les polémistes de la droite populiste résumaient l’histoire de la France à Pétain et à la Collaboration.

Aujourd’hui, cependant, l’embarras a changé de camp. Brusquement, avec les informations sur les témoignages contestés de l’accusatrice, c’est la justice américaine qui est mise sur le gril.

Si nombre d’Américains ne semblaient guère perturbés par l’indignation qu’avait suscitée en France la « perp walk », la comparution de DSK menotté au milieu d’une meute de caméras, ils accueillent avec beaucoup de déplaisir le spectacle d’une procédure judiciaire qui part en vrille. Hier, la police et la justice new-yorkaises « donnaient des leçons d’égalité face à la justice », aujourd’hui elles apparaissent défaillantes et cafouillantes. Le choc est rude pour l’ego américain.

La presse new-yorkaise de caniveau a répondu à ce malaise en passant sans vergogne d’un extrême à l’autre. Le New York Post, qui s’était « distingué » par ses « unes » agressives contre DSK, applique la même brutalité à l’encontre de la femme de chambre, passée dans ses colonnes, en quelques heures, du statut d’employée modèle à celui de prostituée.

Comme toujours, ce sont les milieux les plus éclairés des Etats-Unis qui s’inquiètent de ce gâchis car ce sont les seuls à s’intéresser au reste du monde et à réellement se préoccuper de l’image internationale de leur pays. « Avoir réussi à bâcler une affaire aussi géante, mais de quoi a-t-on l’air ? », me confiait un ami juriste, californien et francophile.

Lundi, le correspondant du New York Times à Paris, Steven Erlanger, exprimait ce même sentiment en titrant son papier : « Les Français voient dans le dossier DSK une folie américaine ». « Maintenant que l’accusation semble s’effondrer, écrivait-il, les Français jubilent et accentuent leurs critiques à propos de la nature en quelque sorte non civilisée, brutale et carnavalesque de la société, de la démocratie et de la justice américaines ».

Au-delà du choc qu’elle a provoqué, au-delà de son illustration des différences de conception juridique et médiatique entre la France et les Etats-Unis, l’affaire DSK a aussi démontré l’incroyable prégnance des stéréotypes, la rapidité avec laquelle l’opinion publique française et américaine, mais aussi ceux qui sont censés la guider, retombent dans les généralisations et les clichés.

Heureusement, à Paris comme à New York, des médias ont gardé la tête froide. A l’image du New York Times, qui, répétons-le, n’a rien à voir avec le New York Post. Et qui est le premier à s’inquiéter aujourd’hui de l’impact international négatif de cette affaire alors qu’il n’a en rien participé aux emballements médiatiques des tabloides new-yorkais.

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4 réponses à Affaire DSK: la gêne change de camp

  1. Eugénie dit :

    Belle analyse !

  2. vaillant dit :

    En français il est une maxime qui en dit long:
    Ce sont les tonneaux vides qui font le plus de bruit!
    Le “bruit” fait par le New York Post illustre bien sa vacuité, sa vanité.
    Heureusement en fait de “littérature”, pour autant que l’on puisse parler de littérature à propos du NYP, “ils” ont eu aussi Carver, Hemingway ou Faulkner, pour ne citer que ceux là!
    Les hommes sont des hommes, qu’ils soient français, américain, russes ou chinois!

  3. billard dit :

    Hello, Cet article est très approprié et illustre le sujet proposé. J’adore vraiement la sincérité de tes mots.A bientôt. Francky

  4. M a n u dit :

    Dans La Libre Belgique du 06/07/2011 .
    DSK: Gare au gorille ? par Bruno Dayez, avocat.
    Le sécuritaire, le médiatique et le “victimaire” les 3 dérives de la justice pénale d’aujourd’hui.

    L’affaire DSK se clôturera sans doute par un non-lieu. Le gorille en rut n’était probablement qu’un petit chimpanzé adultère (qui plus est avec l’assentiment de sa moitié).

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