Bloc-notes: du nationaliste écossais à l’idéaliste canadien

Royaume désuni. Bienvenue dans l’Europe des régions, censée démocratiser la construction européenne par la subsidiarité et la diversité. L’éditorialiste du prestigieux hebdomadaire londonien de centre gauche New Statesman n’en revient pas : les étudiants anglais qui s’inscrivent dans des universités écossaises doivent payer un minerval, alors que leurs condisciples écossais en sont exonérés.

Ce choix de l’éducation gratuite a été fait par le Parti nationaliste écossais (SNP), au pouvoir à Edimbourg, une mesure progressiste, mais réservée aux étudiants écossais…et aux ressortissants de l’Union européenne. L’article ne dit pas comment le gouvernement définit la qualité d’Ecossais, si celle-ci est fondée sur la résidence ou sur d’autres critères moins évidents.

Bruxelles impose le principe de non-discrimination au sein de l’Union. En vertu de ce principe, « les universités écossaises, écrit l’éditorialiste, sont tenues d’offrir la gratuité d’inscription aux étudiants de l’UE, mais elles peuvent faire payer les Anglais, les Gallois et les Irlandais du nord. Ce droit d’entrée, qui peut s’élever à 1.890 livres, sera multiplié par cinq en 2012 ».

Moralité, selon la revue : « aux termes du droit européen, il est permis d’établir des discriminations à l’intérieur des Etats mais pas entre eux ».

Réaction : Phil Shiner, de Public Interest Lawyers, prépare l’introduction d’une plainte aux termes de l’article 14 de la Convention européenne des droits de l’Homme, qui interdit la discrimination fondée sur « l’origine nationale ou sociale ». Un beau choc en perspective entre deux philosophies européennes : celle universaliste et citoyenne de la Convention et celle interétatique de l’Union ?

Canada. On n’en a pas beaucoup parlé en Europe, mais l’hommage solennel – des funérailles d’Etat – rendu fin août par le gouvernement conservateur canadien à celui qui fut le leader de l’opposition travailliste a valeur de symbole. Ce geste démontre que des valeurs de respect peuvent se développer au-delà des clivages partisans.

Jack Layton, chef de file du Nouveau Parti Démocratique (NPD, social-démocrate), est décédé le 22 août d’un cancer, « provoquant, écrit Rue89, une vague d’émotion et de soutien ». Connu pour sa défense des plus démunis, des services publics et des minorités, Jack Layton a laissé une lettre aux Canadiens qui célèbre la vie, l’engagement, l’espoir. « Mes amis, écrit-il, l’amour est meilleur que la haine. L’espoir est meilleur que la peur. Alors, aimons, gardons espoir et restons optimistes. Et nous changerons le monde ».

« Ce message peut sembler un peu trop messianique pour le public français », note l’auteur de l’article, qui pourtant se montre séduit par ce texte légué au peuple canadien par un homme qui, jusqu’au bout, a voulu prouver que « l’optimisme était le cœur de la politique. Dans un pays traditionnellement apolitique, le décès de Jack Layton a redonné la volonté de rompre avec la sinistrose et la rigueur ambiante et de réenchanter la politique. On espère que ce mouvement sera profond et durable ».

Naïf? Non stimulant, inspirant, au moment où les discours d’exclusion, de peur et de morosité rôdent partout dans le monde.

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