179 journalistes en prison

Chaque année, les associations de défense de la liberté de la presse établissent le bilan du nombre de journalistes morts dans l’exercice de leurs fonctions. L’assassinat est l’ultime forme de la censure, non seulement parce qu’elle fait taire des journalistes dérangeants, mais aussi parce qu’elle envoie un avertissement meurtrier à tous ceux qui essaient d’exercer leur métier sans peur ni faveur.

L’emprisonnement des reporters et des éditorialistes apparaît moins souvent dans l’évocation des attaques contre la presse. Or, cette méthode de répression est également une forme d’intimidation qui affecte directement la liberté de la presse.

Le bilan publié cette semaine par le Comité de protection des journalistes (CPJ, New York) montre que les gouvernements ont de plus en plus souvent recours à l’incarcération des journalistes. Au 1er décembre 2011, 179 journalistes étaient privés de liberté, une hausse de 20% par rapport aux chiffres enregistrés à la fin des années 1990.

L’Iran est le plus grand geôlier du monde avec 42 journalistes derrière les barreaux. Depuis le « mouvement vert » de 2009, qui avait contesté les résultats des élections présidentielles, les journalistes ont été la cible des forces de sécurité. L’emprisonnement, parfois pour de longues périodes, mais aussi pour quelques jours, a été conçu comme un mécanisme de contrôle et de censure de l’ensemble de la profession.

Les autres pays qui apparaissent dans le peloton de tête du palmarès dessinent une mappemonde de la répression : l’Erythrée ( 28 journalistes), la Chine (27), la Birmanie (12), le Vietnam (9), la Syrie (8) et la Turquie (7) .

“Atteinte à la sécurité de l’Etat”

Le plus souvent, les journalistes sont accusés d’atteinte à la sécurité de l’Etat, de trahison, de subversion. 45% d’entre eux sont des freelances (indépendants), souvent plus vulnérables car ils ne peuvent bénéficier de l’appui d’institutions médiatiques.

Parfois, les gouvernements ont recours à des accusations fabriquées de toutes pièces, comme la possession de drogue ou la fraude fiscale, pour jeter en prison des journalistes impertinents.

L’action des associations peut amener des régimes à libérer des journalistes. Il y n’y a plus de journalistes emprisonnés à Cuba, par exemple, même si les services de sécurité procèdent parfois à des incarcérations de courte durée pour insécuriser la petite communauté de journalistes indépendants. Cette année, plusieurs journalistes ont également été libérés grâce aux campagnes menées par les associations nationales et internationales, à l’exemple d’Eynullah Fatullayev (Azerbaïdjan).

Le sort de ces journalistes nous concerne directement. La répression de la presse dans chacun de ces pays réduit la liberté d’information pour tous. Quand un gouvernement enferme un journaliste qui enquête sur la répression de minorités religieuses ou sur des affaires criminelles ou de corruption, c’est le monde entier qui est privé de son « droit de savoir ».

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