Il y a 75 ans, le bombardement de Guernica

Le bombardement il y a 75 ans de la petite ville basque espagnole de Guernica (Gernika, selon l’orthographe en euskera) est passé relativement inaperçu en dehors de l’Espagne. Nous avons abordé cet anniversaire dans une chronique qui reliait ce crime à ceux commis il y a 20 ans à Sarajevo et aujourd’hui en Syrie.

Nous aimerions ajouter trois remarques supplémentaires à propos de cet événement qui a marqué l’histoire du XXième siècle.

Le premier concerne la bataille de la propagande qui se déchaîna en 1937 et qui perdure encore aujourd’hui. Certains historiens conservateurs continuent à mettre en doute notamment le nombre de victimes. Dans notre texte, nous avions mentionné le chiffre repris par l’historien britannique Ian Patterson, 1654 morts, mais d’autres chiffres moins élevés circulent encore, entre 200 et 600 morts. “On ne saura jamais”, concluait ce matin dans El Pais l’historien basque Iñaki Goiogana. Mais cette imprécision sur les chiffres ne gomme en rien l’horreur de l’acte perpétré par la Légion Condor, force de frappe des contingents nazis dans la guerre civile espagnole.

Dans les colonies

La deuxième question porte sur le caractère inédit de ce bombardement. Si Guernica fut le premier exemple en Europe d’un bombardement massif et terriblement meurtrier, la “terreur venue du ciel” avait déjà été appliquée dans les colonies par les forces aériennes de plusieurs pays européens, comme l’Italie en Libye ou le Royaume uni en Afghanistan.

Finalement, Guernica soulève la question de l’”instinct de tuer”. Comment des soldats acceptent-ils de commettre pareils crimes contre des populations sans défense? Un livre récent, Soldaten, de Sönke Neitzel et Harald Welter, apporte un éclairage terrifiant sur la “banalité du massacre de masse”. Fondé sur les documents réalisés par les forces alliées à la suite de l’enregistrement secret des conversations de soldats allemands prisonniers, ce livre illustre la facilité et la joie avec lesquelles nombre de membres de la Wehrmacht se racontent leurs “exploits” assassins. Il suffit de quelques jours au front pour que des soldats s’ensauvagent.

Ce livre, qui rappelle le célèbre essai de C. Browning sur “les hommes ordinaires”, pourrait aussi suggérer que cet “ensauvagement” a été préparé bien avant la guerre par une politique de discrimination, de diabolisation et de déshumanisation des “ennemis de la nation” et par la célébration d’identités meurtrières. “Les guerres commencent d’abord dans la tête des hommes”.

A méditer maintenant que des vents mauvais souffrent de nouveau sur le Vieux continent.

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