Jean-Marie Le Pen et sa (fausse) théorie sur le patriotisme inné des Français de souche

« En cas de guerre entre la France et l’Algérie, sur qui tireraient-ils ? » Jean-Marie Le Pen fait flèche de tout bois pour mettre en cause la loyauté des étrangers résidant en France ou le patriotisme des Français qui ne sont pas suffisamment « de souche ». Et l’une des plus grosses ficelles reste bien sûr d’agiter les périls de traîtrise qu’impliquerait la « double nationalité ».

Cette accusation a constamment visé, et pas seulement en France, les immigrés, voire même des personnes issues de communautés installées de très longue date sur le territoire national. En 1989, Jean-Marie Le Pen avait eu recours au même procédé en insinuant lourdement, lors d’un débat télévisé, que Lionel Stoléru, secrétaire d’Etat du gouvernement Rocard et membre éminent de la communauté juive, avait également la nationalité israélienne, ce qui était faux.

Jean-Marie Le Pen oublie que lorsque l’Allemagne envahit la France en 1940, ce sont les partisans de l’extrême droite nationale, des « Français de souche » pourtant, qui trahirent leur pays en collaborant de manière éhontée avec l’occupant, en anticipant même ses ordres, comme le fit le Maréchal Pétain contre la population juive de nationalité française ou étrangère. Il ne suffit pas d’être de souche, d’être né à l’ombre d’un clocher et de préférer le camembert au hamburger pour être patriote.

Pendant ce temps-là, comme nous l’a rappelé la récente rediffusion du film de Robert Guédiguian L’Armée du Crime, des immigrés, des étrangers, prirent fait et cause pour la France, au péril de leur vie.

Etrangers et résistants pour la France

« Dans Paris occupé par les allemands », peut-on lire dans le résumé de ce film, « l’ouvrier poète arménien Missak Manouchian prend la tête d’un groupe de très jeunes juifs, Hongrois, Polonais, Roumains, Espagnols, Italiens, Arméniens, déterminés à combattre pour libérer la France qu’ils aiment, celle des Droits de l’Homme. Les attentats de ces partisans étrangers vont harceler les nazis et les collaborateurs. Alors, la police française » (oui, vous avez bien lu, la police française) « va se déchaîner, multiplier ses effectifs, utiliser filatures, dénonciations, chantages, tortures. Vingt-deux hommes et une femme seront condamnés à mort en février 1944. Dans une ultime opération de propagande, ils seront présentés comme une Armée du crime, leurs visages en médaillon sur un fond rouge placardés sur les murs de toutes les villes du pays. Ces immigrés, morts pour la France, entrent dans la légende ». Jean-Marie Le Pen ne semble pas s’en souvenir.

La guerre d’Algérie et ceux qui salirent la France

Par ailleurs, en Algérie, ce sont les amis de Jean-Marie Le Pen qui, sous prétexte de défendre la grandeur de la France, la salirent face à l’histoire et au monde. Et ce sont des Français « de souche » (comme semble l’entendre Le Pen) ou pas, François Mauriac et Jean-Jacques Servan-Schreiber, le général Paris de Bollardière et Pierre Vidal-Naquet, qui permirent à leur pays de sortir de la « décivilisation » dans laquelle Le Pen et ses amis l’avaient plongée, en pratiquant une politique répressive que Claude Bourdet, grand résistant du réseau Combat contre le nazisme et le pétainisme, qualifia de « Gestapiste ».

Mais tout cela, bien sûr, n’est qu’un « détail de l’histoire ».

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2 réponses à Jean-Marie Le Pen et sa (fausse) théorie sur le patriotisme inné des Français de souche

  1. armand guillot dit :

    le nationalisme n’est pas inclusif,il divise la population sur la base de la langue, de la religion,du groupe ethnique,du ghetto ethnique, et même de la couleur de la peau.Il fait appel à un patriotisme basé sur le culte des chefs,et de la soumission aux élites.

  2. Victor Inox dit :

    Voilà une bien belle argumentation pour nous expliquer que l’immigration ne constitue aucun danger pour la cohésion nationale en cas de conflit. Cependant, vous ne parlez pas d’un phénomène qu’on peut observer actuellement : ces jeunes qui vont s’entraîner à l’étranger pour le Jihad et qui se retrouvent en guerre contre l’armée française. Faire de la rhétorique, c’est bien. Mais la confronter à la réalité, c’est mieux.

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