Ethiopie: avis de tempête pour la presse

« Le premier ministre éthiopien Meles Zenawi est l’un des dirigeants africains préférés de l’Occident et des agences internationales de développement », écrivions-nous au début de l’année. Jusqu’à quand ?

Mercredi, un tribunal d’Addis-Abeba a requis de lourdes peines de prison à l’encontre de 24 personnes, dont 6 journalistes et des dirigeants de l’opposition. Selon les autorités éthiopiennes, ces personnes seraient liées à un groupe d’opposition, Ginbot 7, que  le gouvernement  considère comme une organisation terroriste.

Parmi les condamnés, Eskinder Nega, l’un des journalistes les plus éminents du pays. Honoré récemment par le Prix pour la liberté d’écrire du PEN Club des Etats-Unis, il a été accusé, selon le Committee to Protect Journalists (CPJ, New York), « de vouloir déclencher une révolte populaire inspirée du Printemps arabe ».

Les preuves de ces « menées subversives » ? Quelques articles en ligne et un discours prononcé peu avant son arrestation en septembre 2011. Le journaliste avait également dénoncé l’utilisation des lois anti-terroristes pour suffoquer la liberté d’expression.

De surcroît, selon les ONG, les procès se sont déroulés en violation des règles les plus élémentaires d’un Etat de droit et dans un climat d’hostilité attisée par la presse progouvernementale.

La réaction du sénateur américain Leahy

Depuis des années, les associations internationales de défense des droits humains dénoncent la dureté et l’arbitraire de la législation antiterroriste en Ethiopie. La Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples ainsi que trois rapporteurs spéciaux des Nations unies ont également indexé la « criminalisation de la liberté d’expression en Ethiopie ».

Hier, le très influent sénateur Patrick Leahy a sévèrement condamné « l’utilisation par le gouvernement éthiopien de lois antiterroristes vagues pour réduire la presse au silence ». « La condamnation d’Eskinder Nega et d’autres journalistes, qui n’ont fait qu’exercer pacifiquement des droits clairement reconnus par le droit international, est l’œuvre d’un régime qui craint les aspirations démocratiques de son peuple », a-t-il déclaré.

Le communiqué du sénateur démocrate donne une idée de l’agacement que provoque le régime éthiopien : « Au cours de ces années, le gouvernement des Etats-Unis a offert au premier ministre Meles un vernis de légitimité en raison de notre intérêt commun à contrer de réelles menaces terroristes, a-t-il ajouté, mais le gouvernement éthiopien a exploité cette relation dans des buts politiques qui lui sont propres. Il est temps que les valeurs et les principes qui nous distinguent des terroristes prévalent sur l’aide à un gouvernement qui dévoie les institutions pour réduire au silence ceux qui le critiquent ».

L’Union européenne est aussi de plus en plus préoccupée par l’évolution du régime. En décembre, deux journalistes suédois ont été condamnés à une peine d’emprisonnement de 11 ans pour « entrée illégale sur le territoire éthiopien » et « soutien au terrorisme ».

Le premier ministre éthiopien a-t-il franchi une ligne rouge? Ou se croit-il exempté de tout risque de rétorsion parce qu’il constitue aujourd’hui un îlot de stabilité dans  une région tourmentée? “Ce que le président Obama a appris du Printemps arabe ne semble pas s’appliquer à l’Ethiopie, écrivait le 18 Ben Rawlence, chercheur de la division Afrique de Human Rights Watch.  A tort. L’appui à des régimes autoritaires se termine rarement bien“.

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