Belarus: Loukachenko n’est pas un Bisounours

Le largage sur le territoire du Belarus de nounours partisans de la liberté d’expression effectué par une agence de relations publiques suédoise a provoqué une crise sans précédent entre Minsk et Stockholm. Le président Alexandre Loukachenko, fidèle à son image de « dernier dictateur d’Europe », a réagi avec courroux au viol de l’espace aérien de son pays. Il a renvoyé tous les diplomates suédois et ordonné l’incarcération d’un jeune journaliste, Anton Suryapin, de l’agence Belarusian News Photos, « coupable » d’avoir téléchargé des photos des peluches et de les avoir diffusées sur Internet. Il risque 7 années de prison.

Vendredi, contrairement aux prévisions, les pays membres de l’Union européenne ont réagi sur un mode mineur à l’expulsion de l’ambassadeur suédois. Réunis à Bruxelles, les représentants des 27 ont promis d’envoyer « un signal clair » aux autorités biélorusses, mais ils se sont gardés de retirer en masse tous leurs ambassadeurs en signe de solidarité avec Stockholm.

Cette prudence s’explique en partie par la trêve de l’été (les hauts responsables de la diplomatie européenne sont majoritairement en vacances) mais aussi par le souci de ne pas couper tous les ponts dans la perspective des élections parlementaires de septembre prochain en Belarus. Cette « procrastination » envoie sans doute un message ambigu aux autorités de Minsk, comme si celles-ci pouvaient jouer sur des divisions entre les Etats membres de l’Union européenne ou sur leur lassitude et leur sentiment d’impuissance face à un régime de fer.

Que faire?

En fait, les diplomates européens ne savent pas trop quels instruments utiliser pour ramener un peu de raison dans ce pays enlisé dans le communisme soviétique d’antan. Bruxelles a tour à tour employé la carotte et le bâton. Mais si certains attribuent aux sanctions européennes la libération de quelques prisonniers politiques, le bilan reste maigre : le Belarus reste un pays extrêmement répressif, notamment pour les partis d’opposition, les défenseurs des droits humains et les journalistes, et rien n’indique que son gouvernement envisage d’otroyer le moindre répit à ceux qui contestent le système.

Un simple regard au site de l’Association des journalistes biélorusses donne une idée des pressions auxquelles la presse est soumise. Vendredi, par exemple, la journaliste indépendante Tatsiana Belashova a été convoquée par le procureur de Minsk et mise en garde en raison de sa collaboration avec la chaîne de télévision Belsat qui émet vers le Belarus à partir de la Pologne. Le même jour, le ministère des Affaires étrangères du Belarus a refusé d’accorder une accréditation à Gesine Dornblüth, correspondante à Moscou de Deutschland-Radio, qui envisageait de couvrir les élections parlementaires. Selon Reporters sans frontières (RSF), la photographe du journal en ligne Komsomolskaya Pravda v Belarussii, Yuliya Darashkevich, et sa collègue Iryna Kozlik, ont été arrêtées par la police alors qu’elles manifestaient leur soutien à Anton Suryapin et condamnées à des amendes de 3 millions de roubles (290 euros).

Rien ne change donc dans cette chasse permanente lancée contre la presse indépendante ou dérangeante. Le 21 juin, selon le Comité de protection des journalistes (CPJ) c’était Andrzej Poczobut, correspondant du grand quotidien polonais Gazeta Wyborcza, qui était accusé de “diffamation” à l’encontre du Président Loukachenko. A suivre…

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