Blog-notes de Tunis: “comme en Egypte?”

La Tunisie a vécu le coup d’Etat et le renversement du président Morsi comme si ces événements se déroulaient chez elle. A première vue, les acteurs du drame semblent presque identiques, avec, d’un côté, un gouvernement dominé par les Frères musulmans et, de l’autre, une opposition “laïque” et moderne, composée des “vrais révolutionnaires” du printemps arabe mais aussi d’anciens partisans des régimes déchus de Moubarak ou Ben Ali.

Hier, aux terrasses de l’avenue Bourguiba, à quelques mètres du ministère de l’Intérieur entouré de fils de fer barbelés, ou encore dans les salons de l’hôtel Belvédère, le lieu de rendez vous des journalistes et des activistes tunisiens et internationaux, les “comparaisons ne sont pas raison” se croisaient dans un tohu-bohu passionné.

“L’armée tunisienne n’a pas le même pouvoir”, disait un professeur d’université, “même si, durant la Révolution, elle s’est gagné le respect de la population”. “Nous n’avons pas la même culture politique de confrontation et de violence”, ajoutait un juriste d’une association de droits de l’homme. “On ne nous le permettrait pas”, renchérissait un journaliste, en soulignant la dépendance de la Tunisie à l’égard de ses investisseurs et bailleurs internationaux.

La tentation binaire est forte, pourtant, en Tunisie, comme l’écrit Thierry Brésillon dans Rue89. Et la tentation existe au sein d’une opposition divisée de rêver d’un scénario à l’égyptienne afin de stopper l’incrustration du parti islamiste Ennahda au sein des institutions.

Les Tunisiens les plus modérés estiment cependant que la confrontation “à l’égyptienne” serait une catastrophe pour leur pays et ils escomptent bien que l’évolution au Caire, au lieu de pousser à la polarisation, amène plutôt Ennahda à tempérer son discours et à tenir compte des demandes de l’opposition. La transition démocratique tunisienne est en cours, expliquent-ils, et les jeux ne sont pas encore faits.

Entretemps, dans la chaleur du soir embaumée par le parfum des jasmins, les Tunisiens parlent et parlent. En se donnant des raisons d’espérer que leur pays n’entrera pas dans les incertitudes qui étreignent aujourd’hui l’Egypte, au carrefour de tous les espoirs et de tous les dangers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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