Mediapart: faites comme Costa Gavras, Luc Dardenne et François Weyergans…

Faites comme Luc Dardenne, Costa Gavras, François Weyergans, Bertrand Blier, Christian Salmon, Benjamin Stora et…votre journal, Le Soir. Protestez contre la condamnation qui risque de frapper à mort l’un des médias les plus nécessaires de France, Mediapart, et de fragiliser l’hebdomadaire Le Point, l’un des grands newsmagazines français.

Début juillet, la Cour d’appel de Versailles a exigé en effet de ces deux médias qu’ils retirent de leur site toute référence aux enregistrements réalisés par le majordome de la femme la plus riche de France, Liliane Bettencourt. Ces 41 minutes de conversations font partie du dossier de la fameuse « affaire Bettencourt », qui porte sur le financement illégal présumé de la campagne électorale de l’UMP par l’héritière de la firme L’Oréal.

De cette affaire éminemment politique et d’un intérêt public majeur, les juges en ont fait une simple question de protection de la vie privée. Et dans un arrêt incroyablement disproportionné, ils menacent les deux médias d’une astreinte quotidienne de 10.000 euros par article incriminé. Si l’on sait que Mediapart s’est référé à ces enregistrements dans près de 900 articles, que le sujet est mentionné dans des milliers de  blogs et de commentaires, la somme que devrait payer le journal en ligne serait astronomique et ubuesque.

Lundi, un huissier requis par le gestionnaire de fortune de Mme Bettencourt, Patrice de Maistre, a officiellement signifié la sentence à Mediapart. Le site a 8 jours pour, littéralement, s’exécuter.

Ce jugement est sans conteste, comme l’écrit Pascal Riché, dans Rue89, une « censure judiciaire ». Il attaque frontalement l’une des libertés essentielles, la liberté de la presse, qui, selon la coquine expression du Canard enchaîné, « ne s’use que quand on ne s’en sert pas ». Il condamne aussi une certaine conception du journalisme, celle que le fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, a encore fermement défendue dans son récent livre Le Droit de Savoir (Editions Don Quichotte, 2013, 174 pages). Un journalisme de vigilance au service de la démocratie. « Nous avons besoin de journalistes vivant leur profession comme un engagement, écrit-il. De journalistes qui, non seulement fassent sérieusement leur travail en étant rigoureux, précis et complets (…), mais aussi, sinon surtout, de journalistes conscients de la responsabilité démocratique qui les requiert. D’un journalisme, en somme, qui marche sur deux jambes, celle du métier dont il vit et celle de la démocratie qui le légitime ».

A gauche comme à droite

Au cours de sa carrière, Edwy Plenel a secoué beaucoup  de consensus commodes. Il a bousculé nombre d’hommes de pouvoir, à gauche comme à droite, hier François Mitterrand et Jacques Chirac, aujourd’hui Jérôme Cahuzac et Nicolas Sarkozy. Il s’est gagné des inimitiés féroces, même au sein du métier. Ses adversaires l’accusent de gauchisme,  d’être un donneur de leçon, voire même de faire le lit de l’extrême droite, en révélant les affaires de corruption dans lesquelles pataugent des élus démocrates.

Défendre Mediapart, à gauche, et Le Point, au centre-droite, n’est pas un vote politique partisan. Il s’agit ici de réaffirmer un principe fondateur de toute démocratie qui se respecte. Ces deux médias devraient, au-delà des alignements politiques, recevoir par principe l’appui de tous ceux qui estiment que la presse doit exercer, dans le respect de principes éthiques exigeants, un rôle de chien de garde et de Quatrième pouvoir.

Comme l’actualité vient de nous le rappeler, la démocratie ne se limite pas aux élections. La majorité électorale n’est pas un blanc-seing qui permet d’imposer à tous ses idées, ses méthodes ou ses dogmes. Non, la démocratie ne vit et ne survit que par le contrôle et la limitation de tous les pouvoirs, qu’ils soient politiques, économiques, sociaux ou médiatiques.

La presse joue, dans ce cadre, un rôle décisif. A condition qu’elle assume les responsabilités qui sont les siennes : « dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, dire bêtement la vérité bête, ennuyeusement la vérité ennuyeuse, tristement la vérité triste », comme l’écrivait Charles Péguy. Une citation qui orne la première page du livre de Plenel, Le Droit de Savoir.

Faites comme Costa Gavras, Luc Dardenne et déjà plus de 25.000 citoyens concernés. Signez la pétition !

La pétition “Nous avons le droit de savoir”

 

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3 réponses à Mediapart: faites comme Costa Gavras, Luc Dardenne et François Weyergans…

  1. Malivert dit :

    LA LIBERTE ET LA VERITE SINON RIEN.

  2. Malivert dit :

    La liberté d’écrire est nécessaire à condition qu’elle soit respectueuse à l’égard des lecteurs et ne cherche pas à les tromper au nom d’une église quelconque. Elle peut dénoncer, engendrer la réflexion, mais ne pas s’octroyer tous les droits.

  3. Tardis dit :

    Ben non. La protection de la vie privée est une notion qui ne concernerait pas les journalistes? Il y a deux choses qui me gène fondamentalement. – A certains moments une avalanche d’infos (mais qui sert aussi à vendre du papier, ne rêvons pas), et puis… plus rien. Des vies sont illustrées, des personnes exposées, et dès que l’actualité se porte ailleurs, même si des choses doivent être réparées, ben non, désolé, voyez page 33… Ah non, c’est con, il n’y en a que 32.
    - On nous bassine avec la protection de la vie privée, l’espionnage des mails, des sms… Mmm pas bien, l’éventualité d’une bombe qui pète ne vaut pas l’atteinte à nos libertés fondamentales… Mais cela ne concerne pas les journalistes qui font de l’investigation, eux, au nom de DROIT DE SAVOIR de leurs lecteurs, au nom de la DEMOCRATIE (et accessoirement des annonceurs publicitaires). Bonne chance Médiapart, et voilà tout.

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