Thaïlande : des journalistes contestent

Qui dit coup d’Etat dit censure d’Etat. Les militaires qui ont pris le pouvoir le 22 mai à Bangkok ont immédiatement pris le contrôle des chaînes de télévision, qui restent la première source d’information de la population. CNN TV a aussi été fermée. Et comme on le sait, lors d’un putsch, l’information militaire est à l’information ce que la musique militaire est à la musique…Des radios ont également été obligées de diffuser les communiqués martiaux du Commandement de maintien de la paix et de l’ordre mis en place par l’armée. La presse écrite a été mise en garde, tandis qu’Internet et les  réseaux sociaux, comme le note Reporters sans frontières, ont été placés sous haute surveillance.

Une partie de la presse thaïlandaise, toutefois, ne s’est  pas laissé intimider. Plusieurs quotidiens ont critiqué le coup d’Etat. Ainsi le Bangkok Post a déploré la « myopie » des militaires, estimant que si le chef des armées « a peut-être de bonnes intentions, la prise du pouvoir risque de provoquer une détérioration de la situation», voire une spirale de la violence. Le grand quotidien anglophone craint aussi que ce coup n’aggrave la situation économique du pays en raison des mesures que pourrait prendre la communauté internationale. « Le coup n’est pas une solution », conclut-il.

Le journal alternatif en ligne Prachatai a été tout aussi clair en déclarant sur son site en anglais « Le journalisme n’est pas un crime » et en proclamant sans détours son opposition au putsch. De nombreuses critiques sont venues également de la blogosphère, alimentée par des auteurs situés en Thaïlande ou à l’étranger. « Les militaires sont le principal obstacle pour la démocratie, la liberté et la justice sociale en Thaïlande. L’armée nous ramène à l’âge de la pierre», peut-on lire sur le site Uglytruth-Thailand..

Les médias ont été un enjeu crucial lors des événements qui ont précédé le coup d’Etat. Certaines stations sont proches des groupes qui s’affrontent politiquement pour le contrôle du gouvernement. Les manifestants, à plusieurs reprises, ont d’ailleurs pris pour cibles les médias de l’autre camp. Leur parti pris a donné en tout cas aux militaires le prétexte de prétendre fournir « des informations correctes » et non-partisanes au public! Toutefois, comme le signale Shawn Crispin, correspondant du Comité de protection des journalistes à Bangkok, « les militaires se trompent en faisant rimer censure et stabilité. La Thaïlande a besoin de plus et non de moins de débat sur ses problèmes politiques».  

Plusieurs organisations professionnelles, la Thai Journalists Associations, la Thai Broadcating Journalists Association, le National Press Council of Thailand, et le News Broadcasting Council of Thailand ont demandé aux militaires de “”reconsidérer leurs mesures”. La bataille de l’information se place ainsi au coeur des événements qui secouent le pays.  La liberté de la presse en sera l’un des baromètres les plus précis.

  

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