Journée mondiale de la liberté de la presse: n’oublions pas les journalistes locaux

Ils ne sont pas des signatures ou des visages connus du monde entier. Ils n’ont pas gagné le Prix Pulitzer ou le Prix Albert Londres. Ils sont morts dans l’anonymat des modestes et des sans grade. Et pourtant, sans eux, le monde ne saurait pas ce qui se passe dans ces zones rouges où sévissent les bandes terroristes, les escadrons de la mort et les groupes criminels.
« Ils? » Les journalistes, les stringers, les faiseurs d’info « locaux », ceux qui fournissent la matière première de l’information, ceux qui sont au plus près de l’action, ceux qui restent sur place, face aux truands et aux tyrans, lorsque les envoyés spéciaux de la presse internationale se sont envolés vers d’autres cieux et d’autres scènes de gloire.
En cette Journée mondiale de la liberté de la presse, il est naturel et impératif de commémorer les grands reporters internationaux qui ont été tués dans l’exercice de leur métier. Ils sont des symboles tragiques de cette « rage d’informer » sans laquelle le monde serait aujourd’hui encore plus aveugle. Mais il faut tout autant se souvenir de tous ces journalistes locaux dont la mort n’a pas fait la « une » des JT européens ou nord-américains.
Depuis 1992, selon les statistiques du Comité pour la Protection des Journalistes, 87% des journalistes tués sont des « locaux ». Qui le sait vraiment? Qui se souvient que la veille de la mort de l’immensément célèbre Marie Colvin et de Rémi Ochlik, tués à Homs en Syrie, le 22 février 2012, Rami al-Sayed, un vidéaste syrien intrépide, avait lui aussi perdu la vie dans un bombardement? Qui peut citer quelques noms de la liste des 80 journalistes syriens tués depuis 2011?
Dans son rapport annuel, Attacks on the Press, le CPJ rend hommage à ces reporters de base, non seulement à ceux qui continuent à informer à partir des pays tourmentés du Moyen Orient, mais aussi à ceux qui travaillent dans des pays dont on ne parle pas parce qu’ils ne sont pas inscrits sur la grande carte des enjeux stratégiques du monde. Le Paraguay, par exemple, où Candido Figueredo, correspondant du quotidien de référence d’Asuncion, ABC Color, dans la ville de Pedro Juan Caballero, à la frontière avec le Brésil, ne se déplace qu’avec une meute de gardes du corps et est forcé de se retrancher dans sa maison bunkérisée pour échapper aux pistoleros des trafiquants et des politiciens ripoux. Ou le Mexique, où la pression exercée sur la presse par les cartels de la drogue et leurs complices au sein des forces de l’ordre sème l’angoisse et récolte l’autocensure. Ou encore le Pakistan, où les journalistes sont tous les jours confrontés aux extrémistes islamiques, aux mafias et aux services de sécurité, trois mondes qui souvent se confondent dans les eaux vaseuses du crime.
C’est aussi à ces journalistes là que les participants du Difference Day à Bruxelles rendront hommage ce dimanche. Parce qu’ils constituent l’infanterie du journalisme, ces fantassins sans lesquels aucune guerre de l’info ne peut être gagnée.

Le Difference Day, European Gala for Freedom of Expression, est organisé ce dimanche à Bruxelles par la Brussels Platform for Journalism, une initiative conjointe de la Vrije Universiteit Brussel (VUB), de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) et de la Erasmushogeschool Brussel (EHB), en concertation avec BOZAR – Palais des Beaux-Arts, la Fondation Evens et iMinds et en coopération avec de nombreux médias, dont Le Soir.

 

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