Deux journalistes syriens assassinés. Ils voulaient briser le blackout de Daech.

Hier, deux journalistes syriens travaillant pour des réseaux d’information résistants ont été assassinés dans un appartement de la ville turque d’Urfa, vraisemblablement par des tueurs de l’Etat islamique. Ibrahim Abd al Qader, fondateur de R.B.S.S. (Raqqa Is Being Slaughtered Silently, Raqqa est en train d’être massacrée en silence), et Fares Hamadi, journaliste du collectif Eye on Homeland (Un oeil sur la patrie), ont été retrouvés avec une balle dans la tête et décapités.
Ils appartenaient à ces rares équipes qui cherchent obstinément à informer sur l’Etat islamique à partir du territoire contrôlé par l’organisation extrémiste. Leur courage était si grand que le Comité de protection des journalistes avait décidé d’honorer R.B.S.S. en novembre prochain à New York, en leur remettant le Prix international de la liberté de la presse 2015.
R.B.S.S. a été créé en avril 2014 et il constitue, au travers de ses messages sur Twitter ou Facebook, mais aussi par ses liens avec la presse internationale, l’une des rares sources d’information directes et crédibles sur les exactions de l’Etat islamique. Il a notamment informé sur la réalité de la vie sous le “califat”, décrivant, selon le Washington Post, une situation bien moins rose que celle dont se vante Daech, avec des coupures d’électricité, le manque de nourriture ou de médicaments. Mais R.B.S.S. s’est aussi donné pour mission de couvrir avec la même rigueur toutes les violences, qu’elles viennent de l’Etat islamique, du régime de Bachar ou des autres groupes rebelles.

L’organisation terroriste  leur livre une chasse impitoyable. Des caméras ont été placées dans les rues de Raqqa où les habitants sont fermement invités à signaler toute activité médiatique suspecte. Les imams prêchent contre eux dans les mosquées et les cyber-djihadistes les traquent sur la Toile. A plusieurs reprises déjà des membres de ces collectifs d’information indépendante ont été arrêtés, torturés, assassinés.
En dépit de toutes les mesures de sécurité, le sanctuaire turc a été une illusion. L’Etat islamique a démontré qu’il pouvait y frapper en toute impunité. Mais comme l’écrit David Remnick, le rédacteur en chef de la revue The New Yorker et membre du Conseil du CPJ, « la bravoure des activistes-reporters de R.B.S.S. est stupéfiante et il n’y a pas de raison de penser que les meurtres d’aujourd’hui en Turquie dissuaderont ses membres survivants de continuer leur travail.” « Nous sommes les enfants de ce pays, avait déclaré Ibrahim Abd al Qader, l’un des deux journalistes assassinés, dans une interview à NBC. Si nous ne répandons pas dans le monde entier le son de nos souffrances pour montrer les exactions d’ISIS, qui le fera? ».

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