Etat d’Am: Vol de faucons au-dessus de la Maison Blanche

Les néo-conservateurs n’auraient sans doute pas imaginé qu’ils revoteraient un jour démocrate. Venus de la gauche anti-stalinienne, ces intellectuels new-yorkais avaient quitté le parti, « trop pacifiste, trop gauchiste », dans les années 1960 et rejoint en 1980 Ronald Reagan. Souvent brillants, mais un rien arrogants et mono-maniaques, ils avaient dominé l’administration Bush, qu’ils avaient convaincue en 2003 de châtier Saddam Hussein, accusé, à tort, de disposer d’armes de destruction massives prêtes à l’emploi. A partir de 2006, le fiasco irakien les mit sur la touche et les renvoya dans leurs chers centres d’études.
Barack Obama n’avait pas eu leurs voix. Le fringant jeune homme avait osé qualifier « d’idiote » la guerre qu’ils avaient conçue. Mais dear Hillary ne suscite pas pareilles réticences. Elle est « one of us », me confiait une consoeur républicaine ravie. « En 2003, elle a voté pour l’invasion de l’Irak. En 2011, elle a convaincu Obama de s’engager en Libye. Et depuis le début de la crise syrienne, elle défend une politique musclée à l’encontre de Bachar el-Assad ».
« Elle va nous entrainer dans une troisième guerre mondiale », a beuglé Donald Trump, exploitant la fatigue de l’opinion à l’égard d’aventures militaires extérieures. Excessif? Evidemment, mais signe des temps, Hillary aurait promis le département d’Etat à Victoria Nuland, l’actuelle responsable des Affaires européennes. Classée parmi les « faucons » de l’administration Obama, elle se rendit célèbre par son « fuck the EU !», une Union européenne qu’elle jugeait « procrastinatoire » lors de la crise en Ukraine. Cette « diplomate non-diplomatique» est aussi l’épouse de l’intellectuel néo-conservateur par excellence, Robert Kagan, auteur en 2014 d’un essai critique de la prudence d’Obama sur la scène internationale. « Les super puissances ne peuvent pas prendre leur retraite », écrivait-il.
Un néo-conservateur est un « progressiste agressé par la réalité », disait le Pape du mouvement, Irving Kristol. L’agresseur aujourd’hui s’appelle Donald Trump. Ses clignettes à Poutine ont exaspéré ces anciens combattants de la Guerre froide qui voient dans la Russie reconquérante une menace imminente pour l’exceptionnalisme américain. Ils se méfient aussi de cette « droite alternative », l’Alt-Tight, qui fait du rabattage pour Trump dans les milieux extrémistes et anti-sémites de l’Amérique profonde. Et ils sont sûrs que Hillary qui, aujourd’hui chante avec Michelle Obama, valsera demain avec eux à la Maison Blanche.

Ce billet est le premier d’une série consacrée au scrutin américain, publié à partir de lundi dernier dans la version papier du Soir.

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