3 novembre: comment votera le monde?

Avec la montée en puissance de la Chine et l’activisme musclé de la Russie, les Etats-Unis ne sont plus l’hyper-puissance que décrivait en 1998 l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine, mais ils restent au centre du grand jeu mondial.
Pour qui voteraient donc, s’ils y étaient invités, les autres pays du monde? Si l’on se réfère à leurs opinions publiques, le candidat démocrate l’emporterait largement dans la plupart des démocraties libérales. Un sondage du Pew Research Center, publié mi-septembre, témoigne en effet d’un rejet massif de Donald Trump: en Belgique et en Allemagne, par exemple, 9% seulement des personnes interrogées auraient une opinion positive de la gestion internationale de l’actuel locataire de la Maison Blanche. Seuls les sympathisants de partis d’extrême droite (24% au Vlaams Belang, 28% au Rassemblement national, 45% chez Vox en Espagne) lui font davantage confiance, reflet de cet « atlantisme national-populiste » imaginé par le conseiller déchu de Donald Trump, Steve Bannon.
Mais qu’en serait-il des Etats? Si le Royaume Uni de Boris Johnson, post-Brexit, vote Trump par proximité populiste, l’Allemagne, par contre, vote Joe Biden. Fin septembre, Norbert Röttgen, président de la Commission des affaires étrangères du Bundestag, a exprimé sans ambages sa crainte d’une réélection de l’actuel Président. « L’administration Trump est guidée par l’idée de punition chaque fois que ses alliés ne se mettent pas au garde-à-vous, a-t-il confié à Politico. On ne peut pas fonder un partenariat sur cette base ». Sa sortie est d’autant plus symbolique que cet homme politique de centre-droit est connu pour son « américanisme » et que son parti, la CDU (Union chrétienne démocrate), appartient, comme le Parti républicain, à l’Union démocrate internationale, fondée en 1983 à l’initiative du chancelier Helmut Kohl et du vice-président George H. W. Bush.
En Europe centrale et orientale, la Hongrie de Viktor Orban et la Pologne de Jaroslav Kaczyncki sont clairement dans le camp de Donald Trump, même si à Varsovie, l’ambiguïté du Président américain à propos de la Russie suscite quand même quelques réticences. En Israël, la sympathie du premier ministre Benjamin Netanyahu et d’une majorité de l’opinion pour Donald Trump ne fait aucun doute, alors que plus des deux tiers des Juifs américains se reconnaissent dans le Parti démocrate et sont même plus « libéraux » que le très centriste Joe Biden.

Le baiser de la mort
En Amérique latine, le caudillo vénézuélien Nicolas Maduro ne serait sans doute pas fâché d’une défaite républicaine, alors que le président Jair Bolsonaro est pro-Trump à 100%. Le 30 septembre, le président brésilien s’est même vertement emporté contre le candidat démocrate, accusé de « violer la souveraineté du Brésil », après des déclarations sur la déforestation de l’Amazonie. Quant au Mexique, constamment bousculé par Donald Trump, on imagine qu’il compte bien sur une victoire démocrate pour normaliser ses relations avec le « colosse du Nord ».
L’appui des Etats autoritaires est un élément incandescent de la campagne électorale et les deux candidats ne se privent pas de s’accuser l’un l’autre d’être «le pion de l’étranger », de la Russie ou de l’Arabie saoudite pour Donald Trump, de la Chine ou de l’Iran pour Joe Biden. Des pays qui sont soupçonnés de vouloir intervenir directement dans le scrutin et dont les chefs d’Etat sont très impopulaires au sein de la population américaine. 77% des Américains se méfient de Xi Jinping, 72% d’entre eux ont une opinion défavorable de Vladimir Poutine et 63% n’ont aucune confiance en MBS (Mohammed Ben Salman).
Les Démocrates n’ont guère de difficultés à dénoncer la préférence du maître du Kremlin pour Donald Trump. L’ingérence russe a été manifeste lors des élections de 2016 et, selon les services de renseignement, elle reprend de plus belle. Sans surprise. « Seul le maître espion le plus optimiste du Kremlin aurait pu rêver d’un Président américain(…) qui marche ainsi pour lui », notait l’influent éditorialiste Jonathan Freedland dans la New York Review of Books. Quant à prouver la sympathie de Donald Trump pour le prince héritier saoudien, il suffit aux Démocrates de se référer à son interview avec le journaliste Bob Woodward à propos de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi. MBS? « Je lui ai sauvé les fesses, confiait le Président. J’ai fait en sorte que le Congrès le laisse tranquille ».
Le niveau de tensions entre Washington et Pékin est tel aujourd’hui qu’on voit mal comment la Chine pourrait voter pour un Président qui parle à tout bout de champ du « virus chinois », prend parti pour les protestataires de HongKong, dénonce la répression des Ouïgours et tire à boulets rouges contre les joyaux de l’économie chinoise, de Huawei à TikTok. Mais prétendre, comme le clame Trump, qu’« une victoire de Biden serait une victoire pour la Chine » n’a guère de sens. Proche des syndicats, plus crédible sur les droits humains, le candidat démocrate ne serait pas nécessairement un interlocuteur plus malléable. « Une présidence démocrate restaurerait une forme plus prévisible de la diplomatie américaine, note Michael Schuman dans The Atlantic, mais un deuxième mandat républicain offrirait tout autant à la Chine des opportunités alléchantes d’accroître son influence en Asie et dans le reste du monde », en exploitant les incohérences et le chaos d’une deuxième administration Trump.

Best allies, last!
Arc-bouté sur son « Amérique d’abord », Donald Trump n’a cure de l’hostilité qu’il suscite à l’étranger, en particulier dans les démocraties européennes. Mais l’Establishment américain s’en inquiète. Le Président en exercice a lourdement entaché la crédibilité de son pays dans le monde. Le rapport du Pew Research Center fait même état d’une chute historique de l’image des Etats-Unis, avec, par exemple, 24% d’opinions favorables en Belgique et 26% en Allemagne. C’est un facteur qui pourrait amener des électeurs républicains modérés, c’est du moins l’espoir des Démocrates, à priver de leur vote un Président qui a réussi à se fâcher avec pratiquement tous les alliés les plus anciens et les plus présentables de l’Amérique.

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