Comment peut-on être un évangélique sous Donald Trump?

En novembre 2016, 81% des électeurs évangéliques blancs ont choisi Donald Trump. Un an plus tard, même si sa popularité a chuté au sein de cette communauté de foi, les « born again » constituent encore un noyau dur de son électorat. 35% des Républicains sont membres d’Eglises évangéliques blanches, comme la Convention baptiste du Sud.
Cet appui apparaît, à première vue, paradoxal. Depuis des décennies, depuis surtout ces années 1930, où une « autre Amérique » se mit en mouvement, autour du New Deal de Franklin Roosevelt et du mouvement pour les droits civiques, les évangéliques blancs n’ont eu de cesse de condamner les « moeurs dissolues » des politiciens, libéraux et libertins, de Washington. C’est de leurs rangs qu’émergea, lors des années 1980, la Majorité morale, qui fit de la dénonciation de « l’Amérique pécheresse » l’un de ses combats les plus enfiévrés. C’est parmi eux que le président Bill Clinton, empêtré dans l’affaire Monica Lewinsky, trouva ses détracteurs les plus enflammés.
Tous les évangéliques blancs ne sont pas ultra-conservateurs. Tous, même ceux qui ont voté pour Donald Trump, n’approuvent pas ses frasques passées ni certaines de ses politiques présentes. Mais des dirigeants influents de cette constellation de dénominations religieuses ont mis les wagons en cercle autour de sa présidence assiégée. Continuer la lecture

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« Mon pays n’est pas un trou à m… »

Elle s’appelle Consuelo de Saint-Exupéry, née Suncin Sandoval le 16 avril 1901, dans la ville d’Armenia au Salvador. Elle a étudié à San Francisco et Mexico, travaillé comme journaliste au Mexique, rencontré Maurice Maeterlinck à Paris. En 1931, elle a épousé Antoine de Saint-Exupéry, lorsqu’il volait pour l’Aéropostale, qui reliait la France à l’Argentine. Elle a inspiré une chanson qui parle de son angoisse, quand son aimé « s’envolait dans la nuit par-dessus la terre et l’eau ». « Elle pleure, elle pleure quand son amour traverse l’Atlantique-Sud dans un petit avion de fer dans les orages et les éclairs », chantent Alain Souchon et Laurent Voulzy. Après la défaite de juin 40, elle s’est retrouvée à la villa Air-Bel, à Marseille, aux côtés de Varian Fry, le premier Américain sacré Juste parmi les Nations, l’homme qui sauva des centaines d’intellectuels et artistes anti-nazis, dont Hannah Arendt, Stéphane Hessel et Marc Chagall. En 1941, elle a rejoint la résistance dans le Luberon, rencontré André Breton et Max Ernst. Réfugiée aux Etats-Unis, elle a accueilli dans« la maison du Petit Prince », à Long Island, les exilés Jean Gabin, Marlène Dietrich, Denis de Rougemont. Non, son pays à elle n’est pas un trou à m… Continuer la lecture

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L’Europe ira donc valser à Vienne

Cet hiver, on ira donc skier au Tyrol, se gaver de Knödel et s’enivrer au Grüner Veltliner. Sans la moindre gêne. Sans ce sentiment de culpabilité qui avait saisi pas mal d’Européens en 2000, lorsque les conservateurs du Parti populaire autrichien (ÖVP) avaient déjà invité le Parti de la liberté (FPÖ, extrême droite) au gouvernement. A l’époque, des responsables politiques européens s’en étaient indignés. Certains, à l’exemple de Louis Michel, alors ministre des Affaires étrangères, avait même appelé à ne pas aller en vacances dans un pays qui avait rompu un tabou de la construction européenne (1).
Le FPÖ dispose aujourd’hui d’un pouvoir exceptionnel au sein du gouvernement autrichien. Il contrôle en particulier les ministères de l’Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères. Le contexte d’une poussée générale du national-populisme en Europe est par ailleurs bien plus inquiétant qu’en l’an 2000. Mais, à Bruxelles, « on ne fera rien ». Le commissaire européen Pierre Moscovici a bien estimé « que la présence de l’extrême droite n’est jamais anodine » et invité à « la vigilance », mais Jean-Claude Juncker et Donald Tusk, tous deux membres du Parti populaire européen, dont fait partie l’ÖVP, ont validé le nouvel attelage. La plupart des chefs de gouvernement, même ceux qui disent « ne pas partager les idées d’un des partis de la coalition », se défaussent, en promettant, « qu’ils jugeront sur pièces ». Bruxelles ne refusera pas l’invitation d’aller valser à Vienne. Continuer la lecture

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La modération est un acte de courage

L’indépendance de la Catalogne. Jérusalem. Le « dossier migratoire ». L’inextricable conflit syrien. La question fuse, menaçante: « Tu es avec nous ou contre nous? ». Des lignes sont tracées dans le sable. Les discussions s’enflamment. Et les anathèmes volent au-dessus du fossé des différences.
Comment, dans cette ambiance, ne pas revenir aux propos de Laurent Demoulin, le Prix Rossel 2017, dans l’interview qu’il a accordée au Soir. « Etre pour la tolérance, pour la nuance, devient une position courageuse, étrangement », confiait-il. Quelques semaines plus tôt, dans l’hebdomadaire L’Obs, le doyen du journalisme français, Jean Daniel, s’agaçait lui aussi de cette polarisation, à propos d’un débat entre les éditorialistes de Marianne et de Libération « censé séparer les « islamophobes » et « islamophiles ». « Selon Jacques Julliard, écrivait-il, trop d’intellectuels font preuve d’indulgence à l’égard de nos concitoyens musulmans qui s’abandonnent à un islamisme plus ou moins totalitaire. Pour Laurent Joffrin, au contraire, nos intellectuels sont de plus en plus nombreux à surestimer les dangers des dérives de l’islam. Après cette polémique, se rassurait-il, on les a vus tous deux se rejoindre sur le fait qu’il y a des défauts et des dangers dans les deux camps ». Continuer la lecture

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Le califat virtuel mis sous pression

Comment neutraliser les sites djihadistes qui engorgent Internet et les réseaux sociaux? En bombardant les lieux de production de contenus et en éliminant ceux qui les animent, a répondu la coalition militaire anti-Daech. Résultat, comme l’explique Charles Winter, chercheur au King’s College de Londres, alors qu’en été 2015, l’organisation djihadiste sortait chaque semaine plus de 200 « produits » (vidéos, séquences radio, magazines, etc.), elle n’en diffuse plus aujourd’hui qu’une vingtaine. Le rétrécissement du territoire physique contrôlé par l’Etat islamique en Syrie et en Irak s’est accompagné d’un ratatinement du « califat virtuel », spécifiquement visé par les frappes aériennes.
Toutefois, si la propagande de Daech « est en lambeaux, ajoute le chercheur, le problème n’a pas disparu. Il a juste changé». Ainsi, le traçage des communications de l’auteur du récent attentat de New York n’est guère rassurante. Selon le New York Times, le terroriste aurait suivi à la lettre les conseils que donnait en novembre dernier la revue djihadiste, Rumiyah, pour faire le maximum de dégât avec un camion bélier. Il suffit de quelques clics, notait le journaliste du quotidien new-yorkais, pour y avoir accès.

Répondre au terrorisme
De nouveau, que faire? La réaction, naturelle, immédiate, est de se tourner vers les grandes plateformes numériques. Accusées d’avoir fait preuve de laxisme face aux groupes terroristes, celles-ci s’empressent désormais de démontrer leur bonne foi et leur bonne volonté. En juin, Twitter, Facebook, YouTube et Microsoft ont annoncé la mise sur pied du Global Internet Forum to Counter Terrorism et leurs juristes passent de conférences en colloques pour expliquer encore et encore leurs protocoles et leurs critères. Comme lors du séminaire de haut niveau organisé à la mi-octobre à Bruxelles par le Counter Extremism Project. Twitter a supprimé 300.000 comptes liés à des organisations terroristes au cours des six premiers mois de l’année et, il y a quelques jours, YouTube a largement bloqué les vidéos d’Anwar al-Awlaqi, un prêcheur extrémiste tué il y a six ans par un drone américain, mais encore considéré comme le principal recruteur djihadiste dans le monde anglophone. Continuer la lecture

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L’assassinat de journalistes. La faute aux truands, mais aussi à un système “entre chien et loup”

L’assassinat de la journaliste maltaise Daphné Caruana Galizia a suscité une vive indignation partout en Europe. Non seulement en raison de la personnalité de la victime et de la violence de la méthode utilisée, mais aussi parce que Malte n’est pas une petite île isolée de la mer Méditerranée. Membre de l’Union européenne, elle fait aussi partie d’un système financier et criminel, global et interconnecté, qui, de plus en plus, s’infiltre et s’impose.
Cette exécution n’est pas une première en Europe. En 1996, la journaliste Veronica Guerin, qui enquêtait sur les barons de la drogue, a été abattue à un feu rouge à Dublin. En mai 2000, José Lopez de la Calle a été tué de deux balles dans la nuque par l’ETA au Pays basque. En 2015, en Pologne, Lukasz Masiak, qui enquêtait sur des affaires de corruption, a été brutalement assassiné. En Italie, l’association Ossigeno per l’informazione a comptabilisé plus de 3000 actes d’intimidation contre des journalistes depuis octobre 2014. Roberto Saviano, auteur de Gomorra, une enquête implacable sur la mafia napolitaine, vit depuis 2006 sous protection policière. Continuer la lecture

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L’ennemi, c’est nous

L’enfer, c’est les autres. La fameuse phrase de Jean-Paul Sartre dans Huis Clos pourrait s’appliquer à tous les conflits qui accablent l’actualité. Le malheur de la Catalogne? La faute à ces hidalgos castillans, nostalgiques indécrottables du franquisme, qui refusent d’entendre la clameur d’une nation « humiliée et exploitée ». La colère de Madrid? La faute à ces Catalans riches et arrogants, qui pratiquent, pour reprendre l’expression de Laurent Davezies, le « nouvel égoïsme des territoires ».
Pour ceux que le doute n’étouffe pas, la cause des échecs, des désillusions et des dérives, ce sont les autres, toujours les autres. Comme si l’on n’avait pas appris les leçons de l’Histoire ni celles, d’ailleurs, de la vie quotidienne, si souvent émaillées de responsabilités partagées et de culpabilités compliquées. Continuer la lecture

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Avis de tempête sur la Silicon Valley

Indignation face à leur « optimisation fiscale », dénonciation de leur « laxisme » à l’égard des fake news, stigmatisation de leurs « arrangements » avec des régimes autoritaires, critique de leur « oligopole publicitaire »  : les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), mais aussi Twitter et d’autres fleurons de la tech industry sont plus que jamais sous pression. De toutes parts.
Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, est particulièrement exposé. Déjà critiqué par les Démocrates, qui l’accusent d’avoir facilité les manœuvres russes contre Hillary Clinton, il vient de faire les frais, mercredi, de la colère de Donald Trump. « FB a toujours été anti-Trump », a tweeté le Président.
Avis de tempête? Certes, les vents rugissants sont encore à mille milles de la Baie de San Francisco, là où se nichent les fleurons de la nouvelle technologie, entre Berkeley et Mountain View. Chaque jour, des milliards de personnes continuent à click and like. Les nouvelles versions d’appareils numériques font obligatoirement le buzz. Et de grands médias s’extasient sur cette Silicon Valley, devenue, comme l’écrivait récemment l’hebdomadaire Le Point, une « nouvelle Athènes », peuplée des « penseurs les plus influents du monde », avec ses Steve Wozniak (Apple), ses Elon Musk (SpaceX) et ses Ray Kurzweil (Google).
Pourtant, quelque chose est en train de se passer. « On assiste à un tournant palpable, peut-être permanent, contre l’industrie technologique, écrit le rédacteur en chef de Buzzfeed, Ben Smith. Ces nouveaux Léviathans, que l’on avait l’habitude de considérer comme de brillants avatars de l’innovation américaine, font de plus en plus figure de centres de pouvoir irresponsables, une transformation qui risque d’avoir des conséquences majeures sur l’industrie et la politique américaines ». Continuer la lecture

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L’histoire, droit dans les yeux

L’Histoire est tout, sauf du passé. Les violences qui se sont déchaînées à Charlottesville, en août dernier, autour d’une statue du général sudiste Robert Lee à l’ont tragiquement illustré. Une militante antiraciste est morte, fauchée par une voiture bélier, parce qu’un jeune suprémaciste blanc ne voulait pas qu’on touche à « son histoire » de l’esclavage et de la Guerre de Sécession.
L’Histoire est Pouvoir. « Celui qui contrôle le passé contrôle l’avenir. Celui qui contrôle le présent contrôle le passé », écrivait George Orwell dans son chef d’oeuvre dystopique,1984, publié en 1949. A cette époque, le grand écrivain britannique pensait essentiellement aux totalitarismes et à leurs commissariats aux archives, peuplés de faussaires et d’assassins de la mémoire. L’Espagne franquiste prétendait alors que les « Rouges » avaient incendié Guernica en 1937, tandis que l’URSS attribuait aux nazis le massacre de 20.000 officiers et notables polonais dans la forêt de Katyn en 1940. Continuer la lecture

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Charlottesville n’est pas un hoquet de l’histoire

Le 28 août, une certaine Amérique, progressiste et libérale, s’est sans doute souvenue avec émotion du discours prononcé par le pasteur Martin Luther King, cinquante-quatre ans plus tôt, face au Lincoln Memorial de Washington. « I have a dream », s’était exclamé le leader du mouvement pour l’égalité raciale. « Je rêve qu’un jour, mes quatre jeunes enfants vivent dans une Nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. Je rêve qu’un jour, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité».
Le 12 août 2017, les violences qui se sont déroulées à Charlottesville, dans l’Etat de Virginie, autour de la statue du général sudiste Robert Lee, sont venues rappeler que l’Amérique n’avait pas encore vaincu ses vieux démons. Qu’elle n’avait pas encore réussi à surmonter totalement cette lancinante question raciale qui la taraude depuis la période de l’esclavage et qui contredit son ambition d’être « une cité sur la colline », appelée par la Providence à « éclairer le monde de ses vertus ». Continuer la lecture

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