“Tous les mêmes?”Non!

Consternation. « Comment pouvons-nous aujourd’hui critiquer le général Al-Sissi ou Vladimir Poutine?, se demandait un responsable d’une association américaine des droits humains, à la suite de la publication par le Sénat d’un rapport sur la torture à l’époque de George Bush. Voyez ces régimes dictatoriaux qui ricanent et justifient leurs propres exactions en pointant du doigt celles de leur ennemi juré ».
Condamnation. Dans les milieux qui n’attendent rien de bon de Washington, le verdict est sans appel: « Les Etats-Unis ne sont pas meilleurs que les autres ». Il a même été renforcé par les plaidoiries d’anciens membres de l’administration Bush, qui se sont entêtés à défendre la torture au nom de « l’exceptionnalisme américain», au nom d’une supériorité morale qui exempterait leur pays de toute obligation légale et de toute contrainte morale. Eux aussi, ces défenseurs de l’indéfendable ont justifié leurs exactions par celles de leurs ennemis, en opposant la torture au terrorisme, et ils ont fait de la démocratie américaine l’alibi de leurs agissements.
Alors, « tous les mêmes? » Non, car ce dossier noir de la torture rappelle aussi des différences essentielles entre la dictature et la démocratie. L’alternance que permet celle-ci n’est pas un mirage. Même s’il n’a pas poursuivi les tortionnaires et leurs commanditaires, le président Barack Obama s’est immédiatement démarqué de l’administration Bush. Dès son entrée à la Maison Blanche, il a banni la torture, confirmant par cette décision qu’elle avait été pratiquée et proclamant par cette interdiction qu’elle était un crime. Continuer la lecture

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220 journalistes en prison

En lançant dimanche une vague d’arrestations contre des journalistes proches de la confrérie de Fethullah Gulen, le président Erdogan a failli replacer la Turquie à un endroit qu’elle venait juste de quitter: la première place dans le classement des pays qui emprisonnent le plus de journalistes.
Cette année-ci, en effet, selon les chiffres établis par le Comité pour la protection des journalistes, c’est la Chine qui est le premier geôlier “médiatique” au monde. Sur les 220 journalistes actuellement en prison, 44 sont chinois. Ils étaient 32 l’année dernière. Ce « bond en avant » confirme que la liberté de la presse est le baromètre des autres libertés. Il témoigne de la crispation du pouvoir et reflète un durcissement plus général contre la dissidence, en particulier celle liée à des mouvements qualifiés de séparatistes, au Tibet et dans la province du Xinjiang. Continuer la lecture

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“Il faut qu’on parle de Viktor”

We need to talk about Viktor“: en s’inspirant du titre du fameux film de Lynne Ramsay (We need to talk about Kevin), le Centre for European Reform, un institut londonien de centre-droite, a remis sur le tapis un sujet que beaucoup d’Etats européens aimeraient glisser sous la carpette: la Hongrie de Viktor Orban. L’article publié le 26 novembre était sans fioritures: “ne rien faire à propos des politiques d’Orban est inacceptable, notaient Agata Gostynska et Ian Bond. Il a mis en cause le rôle de l’Union européenne comme champion des valeurs démocratiques. L’inaction affaiblirait le pouvoir d’exemple de l’Union“.

C’est dans le même esprit que nous avons abordé, le 4 décembre 2014, le “cas hongrois”, lors d’une conférence sur la liberté des médias, organisée au Sénat français à l’initiative de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. En voici le texte intégral. (Addition: le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Nils Muiznieks vient de publier le 16 décembre son propre rapport sur la Hongrie)

Le Comité pour la protection des journalistes n’a pas l’habitude d’effectuer des missions dans des pays démocratiques et en paix. Les risques qu’encourent les journalistes dans l’exercice de leur métier imposent en effet une forme de triage qui accorde la priorité aux collègues qui risquent d’être agressés, enlevés, « disparus » ou assassinés.
Or, le CPJ s’est rendu fin octobre en Hongrie. C’était sa première vraie mission dans un pays de l’Union européenne… Continuer la lecture

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Le bras d’honneur des hommes sans honneur

Un sentiment d’impunité corrode nos sociétés. Qu’elles chipent ou qu’elles trichent, qu’elles vandalisent ou qu’elles incendient, voire même qu’elles blessent ou qu’elles tuent, des personnes qui apparaissent coupables « aux yeux de tous » échappent à la sanction de la loi ou s’en tirent « à bon compte ». Parce qu’elles sont trop jeunes ou trop âgées. Parce qu’elles ont de très bons avocats ou qu’elles sont des fiers à bras. Parce que des fonctionnaires de justice se sont trompés ou que le pouvoir protège les siens.

Ce sentiment est sans doute excessif, mais si, comme le dit Jean-Noël Jeanneney, « une idée fausse est un fait vrai », cette perception “populaire” ne peut être balayée d’un revers de la main. Continuer la lecture

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Journalisme: Proche-Orient, des opinions aux propositions

Le conflit israélo-palestinien est l’un des plus médiatisés au monde. L’un des plus controversés, tant il suscite de réactions à chaque mot et à chaque image. L’un des plus polarisés aussi, car ceux qui le suivent avec passion ont tendance à se réfugier dans les silos de leurs apriori, de leurs perceptions et de leurs identités. Les suspicions, les exclusives, les indignations borgnes s’infiltrent dans tous les recoins de l’actualité, mais aussi dans des histoires partisanes censées l’interpréter et la justifier.
Un autre aspect caractérise la couverture journalistique de ce conflit: sa « factualité », en ce sens qu’il apparaît le plus souvent comme une succession de faits dramatiques, d’événements choquants, de déclarations ponctuelles. Tirs indiscriminés de roquettes du Hamas, invasions israéliennes de Gaza, attaques kamikazes palestiniennes, expéditions « punitives » de colons israéliens: les faits, rarement contestés dans leur réalité, sinon dans leurs causalités et leurs responsabilités, engorgent le menu de l’information. Au point de susciter chez certains une terrible lassitude, tant ce conflit paraît inextricable, désespérant, sans issue sensée. Continuer la lecture

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Les guignols de la désinfo

« La vérité est toujours la première victime de la guerre ». Alors, à l’aune de cet adage, sommes-nous déjà en guerre avec la Russie? Depuis le début de la crise ukrainienne, la bataille de l’information et de la désinformation fait rage. Les camps en présence n’ont de cesse de tenter de contrôler la narration du conflit.
Et ça marche, car s’il y a bien une caractéristique des temps de guerre, c’est le désir de mensonge. « Les gens sont plus disposés à mourir qu’à réfléchir pour leur pays», écrivait déjà Frank Cobb dans le New York World à la sortie de la guerre 14-18. Celle-ci avait amplement démontré que les peuples, saoulés de nationalisme belliqueux, aspiraient à être trompés. Jusqu’au moment où ils se retrouvèrent dans les tranchées. Continuer la lecture

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La danse macabre des caciques et des califes

Ils sont 43 étudiants d’une école normale modeste d’Ayotzinapa, une ville moyenne d’un Etat oublié du Mexique, le Guerrero. 43 jeunes arrêtés par la police locale de la ville voisine d’Iguala et remis aux hommes de main du cartel des Guerreros Unidos. 43 « disparus » dont tout le monde ressent intimement qu’ils ne reviendront jamais, même si leurs parents crient dans la nuit: « Ils les ont emmenés vivants, ils doivent nous les ramener vivants ».
Ils sont 43 noms figés sur des pancartes et des bannières désespérées, parce que le système mexicain a laissé se développer des zones entières sans autre loi que celle des hors la loi. Mais aussi parce que des millions de « people » et d’anonymes, partout dans le monde, sniffent de la coke ou se cament au crystal meth. Parce que, le long de la frontière américano-mexicaine, des armuriers sans remords livrent des fusils d’assaut à tout qui sort ses liasses de dollars. Parce que, dans les places-fortes financières et les paradis fiscaux, des banquiers blanchissent les centaines de milliards du casino du crime. Continuer la lecture

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Mexique: “Pas de gringo, pas d’info?”

A partir de combien de victimes la machine médiatique s’emballe-t-elle? Qu’est-ce qui détermine que des morts feront la une et d’autres pas? Ces questions nous ont interpellés ces derniers jours avec la disparition de 43 étudiants et la découverte de fosses communes dans l’Etat de Guerrero au Mexique.
L’information avait tous les éléments pour être mis en exergue, voire être mis en scène : des jeunes étudiants fauchés dans la fleur de l’âge, des tueurs sordides à la solde des trafiquants de drogue, des policiers véreux acoquinés avec le crime organisé, des autorités locales corrompues. Tout cela dans un pays majeur, le Mexique, doté d’une identité forte et d’une intelligentsia brillante, 15ème puissance industrielle du monde, voisin des Etats-Unis et de son « hub » global de l’information.
Et pourtant, dans de nombreux pays, l’information sur le massacre d’Iguala a mis des jours, et même des semaines, avant de s’insinuer dans la sphère médiatique. Les ONG de droits humains, comme Human Rights Watch ou Amnesty International, et de grands titres de la presse internationale ont réagi immédiatement, mais la lente percolation dans les médias “grand public”, en premier lieu la télévision, en a amorti la gravité, lui enlevant cette brutalité crue que donne l’information immédiate, le « breaking news ». Contrairement à d’autres événements, il n’y a pas eu non plus cette avalanche de photos et de vidéos, immédiatement diffusées sur les réseaux sociaux et reprises en boucle par les grandes chaines d’information. Or, comme le veut l’adage du journalisme conventionnel, «pas de photo, pas d’info ». La « technique » criminelle de la « disparition » est un étouffoir médiatique. Continuer la lecture

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Couvrir Ebola: plus dangereux que le journalisme de guerre?

L’épidémie d’Ebola est une urgence humanitaire et médicale. Elle pose aussi des questions cruciales aux journalistes qui couvrent cette crise inédite. Comment éviter en effet que, de l’indifférence face aux premières alertes de Médecins sans frontières, l’on passe brusquement à l’emballement médiatique? Comment empêcher que des Etats ne cherchent à voiler leurs erreurs et leurs imprévoyances en imposant le black out des informations? Comment finalement protéger les journalistes locaux et les envoyés spéciaux de la presse internationale qui, inévitablement, côtoient les victimes et se retrouvent ainsi exposés au risque de contamination?
Les risques sont réels: trois journalistes libériens et deux de la Sierra Leone sont morts d’Ebola. Un journaliste américain travaillant pour la chaine de télévision NBC News a contracté la maladie et a été rapatrié aux Etats-Unis.
Pour beaucoup de journalistes, couvrir Ebola apparaît même plus dangereux que le journalisme de guerre. « Nous avons moins de difficultés à trouver des journalistes pour aller en Irak ou en République centrafricaine que dans des régions touchées par Ebola », déclare ainsi Claire Hedon, de Radio France Internationale. « La menace de cette épidémie est invisible. Dans les zones de guerre, vous pouvez voir où les obus tombent », renchérit Sofia Bouderbala, rédactrice en chef adjointe pour l’Europe et l’Afrique à l’Agence France Presse. Continuer la lecture

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Entre l’ingérence et la solidarité

Ces dernières semaines, la placide Norvège s’est brusquement retrouvée sur la sellette. Accusée à Budapest de financer des ONG hostiles au gouvernement, elle s’est vue soupçonnée, au travers d’un long article du New York Times, d’influencer la ligne politique de prestigieux think tanks américains. Quelques mois plus tôt, c’étaient les Etats-Unis qui étaient pointés du doigt en Equateur et au Venezuela en raison de leur appui à des associations locales qualifiées de subversives par le pouvoir.
Bienvenue dans le monde des jeux d’influence et des « agents de l’étranger ». Bienvenue aussi dans l’univers des accusations borgnes et des indignations sélectives. Car s’il y a bien une pratique universelle, c’est celle des financements d’activités politiques par des fondations ou des Etats étrangers. Tout le monde ou presque s’y adonne. Discrètement ou bruyamment. A des fins plus ou moins honorables. Avec des résultats plus ou moins probants. Le monde des financements internationaux est un caravansérail, où se croisent et s’entrechoquent des « porteurs de valises » de tout type et de toute origine. Continuer la lecture

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