JesuisCharlie. Certains marchaient à contre-courant

Des dizaines de chefs d’Etat et de gouvernement manifestent à Paris. Contre quoi? Contre qui? Contre le terrorisme sans aucun doute, une menace commune. Contre le risque d’un embrasement généralisé de la planète, au rythme des attentats perpétrés par des « loups » pas si solitaires que cela. Ce n’est pas négligeable, mais ce n’est pas suffisant pour marcher la tête haute et digne.

Ce dimanche, l’enjeu essentiel, existentiel, de la manifestation était de défendre la liberté d’expression et de contrer la haine et le racisme dirigés contre les communautés juive (la prise d’otages meurtrière de l’Hyper Cacher) et arabo-musulmane (les attaques contre les lieux de culte) de France. Vue dans ce contexte du combat pour des valeurs essentielles de la démocratie, la présence d’un certain nombre de chefs d’Etat ou de gouvernement faisait tache. Consultez cette liste publiée par le journal Le Monde et cherchez l’erreur ou plutôt, les erreurs, en prenant pour guide les évaluations des organisations de défense de la liberté de la presse. Le malaise est inévitable, car certains de ces noms apparaissent régulièrement dans les communiqués qui dénoncent la censure d’Etat, les arrestations de journalistes et les discriminations contre des minorités.
La bataille est frontale entre les libertés et le terrorisme. Sans aucun doute. En raison de l’impact immédiat, lâche et brutal, de celui-ci sur les victimes, mais en raison aussi des tentations arbitraires et autoritaires inconsidérées qu’il suscite et des risques de récupération par des forces politiques hostiles à la démocratie.
Ce dimanche, des centaines de milliers de citoyens se sont mobilisés, à Paris, Bruxelles et ailleurs pour dire JeSuisCharlie, JeSuisJuif, JeSuisMusulman. Pour clamer aussi que la lutte contre le terrorisme échouera si elle ne respecte pas les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. Un certain nombre de gouvernants marchaient, sans vergogne, à contre-courant…

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Charlie Hebdo. La France unie. Jusqu’à quand?

L’attentat contre le journal satirique Charlie Hebdo a ébranlé la France et bien au-delà. Non seulement parce 12 personnes ont été tuées de sang froid et que de nombreuses autres ont été blessées. Non seulement parce, depuis l’attentat de Bruxelles en mai dernier et le départ, ces derniers mois, de centaines de combattants extrémistes français pour l’Irak et la Syrie, le pays craignait sourdement que quelque chose de dramatique allait se passer et que finalement ça s’est passé.

En fait, l’attentat contre Charlie Hebdo a été interprété par une majorité de la société française comme une attaque frontale contre des piliers fondamentaux de la République: la liberté d’expression -même pour les idées qui offensent, qui choquent et qui troublent – et la laïcité, qui ont pour corollaire le droit de critiquer et de ridiculiser les croyances religieuses. Continuer la lecture

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1915: le centenaire qui dérange

L’année dernière, la commémoration du début de la Grande Guerre a suscité un immense intérêt public. Dans cette atmosphère de réflexion sur la folie humaine et le suicide de l’Europe, presque personne n’a remis en cause la genèse, le déroulement et la conclusion de cette conflagration barbare. Un recueillement respectueux, l’hymne à la fraternité européenne retrouvée, l’unanimisme moral ont flotté sur les Flanders Fields.
En 2015, le rappel d’un « point de détail de l’histoire » risque bien de briser ce consensus. Il y a cent ans, en effet, le 24 avril 1915, alors que les combats faisaient rage à Ypres ou en Champagne, les autorités turques arrêtaient plusieurs centaines de notables et intellectuels arméniens, déclenchant un processus de déportation et d’extermination qui allait se solder par la mort de plus d’un million de personnes, membres d’une communauté établie depuis des millénaires sur ces terres d’Asie mineure. Continuer la lecture

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“Tous les mêmes?”Non!

Consternation. « Comment pouvons-nous aujourd’hui critiquer le général Al-Sissi ou Vladimir Poutine?, se demandait un responsable d’une association américaine des droits humains, à la suite de la publication par le Sénat d’un rapport sur la torture à l’époque de George Bush. Voyez ces régimes dictatoriaux qui ricanent et justifient leurs propres exactions en pointant du doigt celles de leur ennemi juré ».
Condamnation. Dans les milieux qui n’attendent rien de bon de Washington, le verdict est sans appel: « Les Etats-Unis ne sont pas meilleurs que les autres ». Il a même été renforcé par les plaidoiries d’anciens membres de l’administration Bush, qui se sont entêtés à défendre la torture au nom de « l’exceptionnalisme américain», au nom d’une supériorité morale qui exempterait leur pays de toute obligation légale et de toute contrainte morale. Eux aussi, ces défenseurs de l’indéfendable ont justifié leurs exactions par celles de leurs ennemis, en opposant la torture au terrorisme, et ils ont fait de la démocratie américaine l’alibi de leurs agissements.
Alors, « tous les mêmes? » Non, car ce dossier noir de la torture rappelle aussi des différences essentielles entre la dictature et la démocratie. L’alternance que permet celle-ci n’est pas un mirage. Même s’il n’a pas poursuivi les tortionnaires et leurs commanditaires, le président Barack Obama s’est immédiatement démarqué de l’administration Bush. Dès son entrée à la Maison Blanche, il a banni la torture, confirmant par cette décision qu’elle avait été pratiquée et proclamant par cette interdiction qu’elle était un crime. Continuer la lecture

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220 journalistes en prison

En lançant dimanche une vague d’arrestations contre des journalistes proches de la confrérie de Fethullah Gulen, le président Erdogan a failli replacer la Turquie à un endroit qu’elle venait juste de quitter: la première place dans le classement des pays qui emprisonnent le plus de journalistes.
Cette année-ci, en effet, selon les chiffres établis par le Comité pour la protection des journalistes, c’est la Chine qui est le premier geôlier “médiatique” au monde. Sur les 220 journalistes actuellement en prison, 44 sont chinois. Ils étaient 32 l’année dernière. Ce « bond en avant » confirme que la liberté de la presse est le baromètre des autres libertés. Il témoigne de la crispation du pouvoir et reflète un durcissement plus général contre la dissidence, en particulier celle liée à des mouvements qualifiés de séparatistes, au Tibet et dans la province du Xinjiang. Continuer la lecture

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“Il faut qu’on parle de Viktor”

We need to talk about Viktor“: en s’inspirant du titre du fameux film de Lynne Ramsay (We need to talk about Kevin), le Centre for European Reform, un institut londonien de centre-droite, a remis sur le tapis un sujet que beaucoup d’Etats européens aimeraient glisser sous la carpette: la Hongrie de Viktor Orban. L’article publié le 26 novembre était sans fioritures: “ne rien faire à propos des politiques d’Orban est inacceptable, notaient Agata Gostynska et Ian Bond. Il a mis en cause le rôle de l’Union européenne comme champion des valeurs démocratiques. L’inaction affaiblirait le pouvoir d’exemple de l’Union“.

C’est dans le même esprit que nous avons abordé, le 4 décembre 2014, le “cas hongrois”, lors d’une conférence sur la liberté des médias, organisée au Sénat français à l’initiative de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. En voici le texte intégral. (Addition: le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Nils Muiznieks vient de publier le 16 décembre son propre rapport sur la Hongrie)

Le Comité pour la protection des journalistes n’a pas l’habitude d’effectuer des missions dans des pays démocratiques et en paix. Les risques qu’encourent les journalistes dans l’exercice de leur métier imposent en effet une forme de triage qui accorde la priorité aux collègues qui risquent d’être agressés, enlevés, « disparus » ou assassinés.
Or, le CPJ s’est rendu fin octobre en Hongrie. C’était sa première vraie mission dans un pays de l’Union européenne… Continuer la lecture

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Le bras d’honneur des hommes sans honneur

Un sentiment d’impunité corrode nos sociétés. Qu’elles chipent ou qu’elles trichent, qu’elles vandalisent ou qu’elles incendient, voire même qu’elles blessent ou qu’elles tuent, des personnes qui apparaissent coupables « aux yeux de tous » échappent à la sanction de la loi ou s’en tirent « à bon compte ». Parce qu’elles sont trop jeunes ou trop âgées. Parce qu’elles ont de très bons avocats ou qu’elles sont des fiers à bras. Parce que des fonctionnaires de justice se sont trompés ou que le pouvoir protège les siens.

Ce sentiment est sans doute excessif, mais si, comme le dit Jean-Noël Jeanneney, « une idée fausse est un fait vrai », cette perception “populaire” ne peut être balayée d’un revers de la main. Continuer la lecture

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Journalisme: Proche-Orient, des opinions aux propositions

Le conflit israélo-palestinien est l’un des plus médiatisés au monde. L’un des plus controversés, tant il suscite de réactions à chaque mot et à chaque image. L’un des plus polarisés aussi, car ceux qui le suivent avec passion ont tendance à se réfugier dans les silos de leurs apriori, de leurs perceptions et de leurs identités. Les suspicions, les exclusives, les indignations borgnes s’infiltrent dans tous les recoins de l’actualité, mais aussi dans des histoires partisanes censées l’interpréter et la justifier.
Un autre aspect caractérise la couverture journalistique de ce conflit: sa « factualité », en ce sens qu’il apparaît le plus souvent comme une succession de faits dramatiques, d’événements choquants, de déclarations ponctuelles. Tirs indiscriminés de roquettes du Hamas, invasions israéliennes de Gaza, attaques kamikazes palestiniennes, expéditions « punitives » de colons israéliens: les faits, rarement contestés dans leur réalité, sinon dans leurs causalités et leurs responsabilités, engorgent le menu de l’information. Au point de susciter chez certains une terrible lassitude, tant ce conflit paraît inextricable, désespérant, sans issue sensée. Continuer la lecture

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Les guignols de la désinfo

« La vérité est toujours la première victime de la guerre ». Alors, à l’aune de cet adage, sommes-nous déjà en guerre avec la Russie? Depuis le début de la crise ukrainienne, la bataille de l’information et de la désinformation fait rage. Les camps en présence n’ont de cesse de tenter de contrôler la narration du conflit.
Et ça marche, car s’il y a bien une caractéristique des temps de guerre, c’est le désir de mensonge. « Les gens sont plus disposés à mourir qu’à réfléchir pour leur pays», écrivait déjà Frank Cobb dans le New York World à la sortie de la guerre 14-18. Celle-ci avait amplement démontré que les peuples, saoulés de nationalisme belliqueux, aspiraient à être trompés. Jusqu’au moment où ils se retrouvèrent dans les tranchées. Continuer la lecture

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La danse macabre des caciques et des califes

Ils sont 43 étudiants d’une école normale modeste d’Ayotzinapa, une ville moyenne d’un Etat oublié du Mexique, le Guerrero. 43 jeunes arrêtés par la police locale de la ville voisine d’Iguala et remis aux hommes de main du cartel des Guerreros Unidos. 43 « disparus » dont tout le monde ressent intimement qu’ils ne reviendront jamais, même si leurs parents crient dans la nuit: « Ils les ont emmenés vivants, ils doivent nous les ramener vivants ».
Ils sont 43 noms figés sur des pancartes et des bannières désespérées, parce que le système mexicain a laissé se développer des zones entières sans autre loi que celle des hors la loi. Mais aussi parce que des millions de « people » et d’anonymes, partout dans le monde, sniffent de la coke ou se cament au crystal meth. Parce que, le long de la frontière américano-mexicaine, des armuriers sans remords livrent des fusils d’assaut à tout qui sort ses liasses de dollars. Parce que, dans les places-fortes financières et les paradis fiscaux, des banquiers blanchissent les centaines de milliards du casino du crime. Continuer la lecture

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