Ces Etats qui hyperpolitisent le sport

Sotchi 2014. Place au sport ! Place au spectacle ! La politique hors-jeu ! A chaque ouverture d’un grand événement sportif dans des pays autoritaires, les mêmes polémiques resurgissent. Les sportifs appellent à la trêve pour « libérer les pistes » et laisser toute la place aux exploits des athlètes. « Cessez de mélanger le sport et la politique », lancent-ils, excédés, aux associations qui protestent contre la nature politique du pays amphitryon.  

Et pourtant, « la séparation du sport et de la politique est une illusion » : lorsque, en octobre dernier à Aarhus, le professeur James Dorsey asséna ce postulat lors de la séance de clôture de Play The Game, personne dans la salle n’aurait eu l’idée de le contredire. Ni les journalistes spécialisés, ni les représentants des Etats, ni les plus hauts responsables des fédérations sportives et des comités olympiques. « Car on ne peut pas contredire une évidence », nous murmurait à l’oreille un des organisateurs de ce rendez-vous mondial du journalisme sportif.  Continuer la lecture

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Les libertés, le pont indispensable entre la Turquie et l’Union européenne

Le Premier ministre Erdogan était à Bruxelles cette semaine et il n’a pas dû apprécier les remarques que lui ont adressées des responsables européens échaudés par ses dernières mesures de remaniement de la police et de la justice, dans le contexte de révélations embarrassantes sur des affaires de corruption.

Mais il y a quelque chose d’étrange dans la manière dont l’Union européenne aborde la Turquie. Normalement, quand un pays « se comporte mal » et la Turquie d’Erdogan s’est « mal comportée » ces derniers mois, les Etats démocratiques ont plutôt tendance à se « désengager » pour marquer leur déplaisir. Or, depuis que les autorités d’Ankara ont incarcéré des dizaines de journalistes jusqu’à acquérir le titre peu enviable de plus grand geôlier mondial de la presse décerné par le Comité pour la Protection des Journalistes, depuis qu’elles ont réprimé sans ménagement les manifestants de la Place Taksim, depuis qu’elles ont vigoureusement déplacé les policiers et les magistrats fouinant dans des affaires de corruption, les responsables de l’Union européenne n’ont eu de cesse de répéter qu’il fallait “s’engager davantage avec la Turquie“. Illogique ? Continuer la lecture

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Des chardons sur les places de la liberté

Quand le peuple, lassé de la tyrannie, descend dans les rues et brandit l’étendard de la liberté, un étrange phénomène saisit souvent ceux qui ont pour mission d’observer ces événements exaltants. Les foules qui manifestent sont immédiatement et globalement idéalisées. Comme si les protestataires étaient tous motivés par des valeurs altruistes et libertaires.

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Amérique latine: un million de morts

L’Amérique latine ne fait plus souvent la une de la presse internationale. Le continent semble presque aussi placide que le canton de Berne. Sauf lorsque des truands abattent, comme dans la nuit de lundi à mardi dernier, Monica Spear, Miss Venezuela 2004, et son ex-mari sur une route du Venezuela. Sauf quand des narcos mexicains ont le mauvais goût de balancer les têtes de leurs victimes sur une piste de danse. Sauf quand des gangs de Sao Paulo sèment la terreur en incendiant des autobus urbains.

La délinquance est devenue le nouvel avatar des Veines ouvertes de l’Amérique latine, le livre culte de l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano décrivant les malheurs du continent. Au cours des dix dernières années, un million de citoyens latino-américains ont été assassinés. Trois fois plus que les morts causées par la guerre et la post-guerre en Irak. Trois fois plus que le nombre des victimes des guerres civiles du Guatemala, du Nicaragua et du Salvador réunies. Trois cent trente fois plus que le nombre des personnes assassinées ou « disparues » au cours des 17 ans de dictature du général Pinochet. Continuer la lecture

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La presse américaine et la vie privée: une “tradition” très récente

Dans le torrent de commentaires sur l’affaire Hollande/Gayet, une certaine généralisation semble prévaloir dans la comparaison entre les traditions américaine et francophones en matière de respect de la vie privée des hommes et des femmes politiques.

En résumé, la presse américaine serait intrinsèquement et depuis toujours révélatrice, que ce soit par sensationnalisme, par sens du contrepouvoir ou par moralisme. Celle des pays latins, la France en tête, serait au contraire discrète, déférente par rapport au pouvoir, voire amorale.

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14-18 : dans les tranchées de l’Histoire

L’année 2014 aura le passé et la mort de masse pour ligne d’horizon. Déjà, des dizaines de livres sur le centenaire de la Grande Guerre s’entassent sur les tables des libraires. Les agendas s’encombrent de colloques académiques, d’émissions de télévision et de célébrations officielles. Et l’interrogation s’incruste, toujours aussi lancinante : comment l’Europe, ce continent qui se croyait le plus rationnel et le plus civilisé du monde, a-t-elle pu sombrer dans pareille barbarie ? Continuer la lecture

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2013: le journalisme assassiné

Le journalisme est borné de « marronniers », de ces rendez-vous obligatoires et codifiés de l’information. Comme en cette fin d’année, avec le rappel des grands événements ou la désignation de la personne qui a le plus marqué l’actualité. Mais il y a des marronniers sanglants. Cette année encore, les associations de défense de la liberté de la presse ont établi leurs bilans et les chiffres aussi bien de Reporters sans frontières (75 journalistes tués) que du Comité de protection des journalistes (70) confirment que la presse continue à être prise pour cible.

Ces chiffres, légèrement en retrait par rapport à l’année dernière, ne sont pas définitifs. RSF et le CPJ ne publient que les cas pour lesquels ils ont pu établir un lien direct entre la mort d’un journaliste et l’exercice de son métier. Ainsi, le CPJ continue d’enquêter sur 25 cas de morts de journalistes dont la cause n’a pu être complètement élucidée. Continuer la lecture

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211 journalistes en prison. C’est aussi notre droit de savoir qui est embastillé

La liberté de la presse est le baromètre des autres libertés, l’un des indices les plus fiables de la réalité et de la vigueur de la démocratie. Le ranking des geôliers de la presse, établi chaque année par le Comité de protection des journalistes (CPJ, New York), confirme cette équation. Les “suspects habituels», comme l’Iran, la Chine ou l’Erythrée, se retrouvent au sommet de cette liste de 211 journalistes emprisonnés, le deuxième total le plus élevé depuis 1990.

Mais, comme l’année dernière, c’est un pays qui aspire à intégrer l’Union européenne, la Turquie, qui est en tête, avec 40 journalistes en prison. Comme si la reprise des négociations d’adhésion à l’automne dernier n’avait eu aucun impact. La légère chute du nombre de journalistes turcs emprisonnés, de 49 dans le ranking 2012 à 40 aujourd’hui, n’indique pas une volonté réelle de mieux respecter les droits de l’homme et l’Etat de droit. Les libérations de journalistes ont été « procédurières » et ne résultent pas d’un changement fondamental d’une législation restée par essence liberticide. Les manifestations du printemps dernier sur la place Taksim ne semblent pas avoir convaincu le premier ministre Erdogan de revoir ses méthodes autoritaires. La reprise des négociations avec Bruxelles, murmurent certains, pourrait même faire croire à Ankara qu’elle n’a pas à trop se soucier de ses politiques répressives.

“Atteinte à la sécurité de l’Etat”

Au 1er décembre 2013, le CPJ recensait aussi 35 journalistes embastillés en Iran, 32 en Chine, 22 en Erythrée, 18 au Vietnam, 12 en Syrie, 8 en Azerbaïdjan, 7 en Ethiopie, 5 en Egypte, 3 au Bahrein, 3 en Israël/Palestine et 2 en Russie. Près de la moitié des journalistes ont été condamnés pour « atteinte à la sécurité de l’Etat », subversion ou terrorisme. D’autres ont été jetés en prison sans même être accusés d’un crime ou être passés en jugement. C’est le cas, en particulier en Erythrée, la « Corée du Nord » africaine.

L’Union européenne ne compte qu’un seul journaliste emprisonné, en Italie, tandis que le continent américain échappe largement à ce fléau, avec un cas aux Etats-Unis et un autre à Cuba, un pays qui, il y a quelques années, avait régulièrement atteint le haut du classement.

Arrestations express

Cette liste de journalistes emprisonnés ne tient pas compte des cas d’arrestations et d’incarcérations “temporaires”, une pratique systématique de harcèlement des médias. Tout au long de l’année, des journalistes sont détenus pendant quelques heures ou quelques jours, une technique qui vise à intimider la presse et à la dissuader de couvrir de manière critique des manifestations de l’opposition ou des politiques gouvernementales. En Egypte, des dizaines de journalistes locaux et internationaux ont été arrêtés lors des troubles qui ont suivi le renversement par l’armée du président “frère musulman” Morsi, un président qui, lors de ses quelques mois au pouvoir, s’était lui aussi montré très peu amène à l’égard de la presse indépendante. Au Venezuela, un correspondant du Miami Herald, Jim Wyss, a été emprisonné 48 heures en novembre dernier quelques jours alors qu’il enquêtait dans la zone frontalière avec la Colombie.

La censure est contagieuse

Rappelons que la liste des journalistes emprisonnés n’est qu’un des indicateurs de la liberté de la presse. Dans de trop nombreux pays, comme le démontre le décompte publié par Reporters sans frontières, l’assassinat des journalistes (71 en 2013), notamment par des bandes de narcotrafiquants, leur enlèvement, en particulier en Syrie, par des groupes terroristes ou djihadistes ou encore la surveillance étatique mettent la liberté d’informer sous pression. Et cette liberté d’informer, rappelons-le, nous concerne tous. Dans un monde globalisé, où tous les événements se tiennent par la barbichette, la censure quelque part est la censure partout.

Note: une version précédente indiquait la place Tahrir à propos de la Turquie. Il s’agissait “évidemment” de la place Taksim. Un lecteur nous l’a aimablement signalé. Mille excuses.   

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Syrie: pas de pitié pour les journalistes

La Syrie est devenue un territoire interdit aux journalistes. A l’exception des envoyés spéciaux, très rares, qui obtiennent un visa des autorités et qui ne peuvent couvrir, encadrés par les services secrets, que les zones contrôlées par les forces gouvernementales.

Dans les zones de guerre, en particulier dans celles dominées par les groupes djihadistes, « la chasse est ouverte », comme l’écrivait récemment Reporters sans frontières, et l’enlèvement est presque devenu la norme.

Près de 30 journalistes seraient actuellement “manquants”,  note le Comité de protection des journalistes (CPJ). La plupart seraient retenus comme otages, principalement, semble-t-il, par des groupes armés liés aux factions les plus radicales de la rébellion. Parmi eux une dizaine de Syriens, 4 Français (Nicolas Henin, Pierre Torres, Didier François et Edouard Elias), 3 Espagnols (Javier Espinosa, Ricardo Garcia, Marc Marginedas) et 2 Suédois (Magnus Falkehed and Niclas Hammarstrom). Une trentaine de journalistes et une centaine de net-citoyens, comme les appelle RSF, ont été tués depuis le début des combats en 2011.

Alors que les jeunes freelances, tentés de se faire un nom en informant sur ce pays déchiré, apparaissaient les plus menacés, les journalistes vétérans sont aujourd’hui tout aussi vulnérables. Sur ces routes sans loi traversées par d’innombrables milices, par des bandes criminelles et des groupes terroristes, l’entregent et l’intuition formés dans l’expérience des “sales guerres” ne servent plus à grand-chose. Le danger commence, à peine entré dans le territoire syrien. Il commence même en Turquie où les groupes djihadistes mais aussi les services secrets du régime ont leurs indics et leurs hommes de main. Tout barrage peut se révéler fatal. « Ami, ennemi » ?, les reporters doivent pratiquement se méfier de tout le monde.

Désemparés, excédés, inquiets, des grands médias internationaux viennent d’écrire aux dirigeants des groupes rebelles pour qu’ils assurent la sécurité des journalistes et négocient la libération des otages. Seuls des journalistes peuvent informer « de manière impartiale et en profondeur sur la guerre, les actions des forces rebelles et la souffrance des civils à l’intérieur de la Syrie », ont-ils déclaré. « Si ces enlèvements se poursuivent, les journalistes ne seront plus à même d’être des témoins des événements qui se déroulent à l’intérieur des frontières syriennes ». L’appel est  signé par les plus hauts responsables des grandes agences mondiales (Agence France Presse, Associated Press, Reuters), la BBC, Getty Images et une palette de journaux de référence, dont le New York Times et le Guardian.

L’initiative est louable, mais comment convaincre des groupes radicaux qui considèrent les journalistes occidentaux comme des ennemis ou comme une monnaie d’échange ? Comment parler de journalisme indépendant à des groupes qui, précisément, ne veulent pas de témoins et se moquent de leur image sur la scène internationale. Seuls les Etats commanditaires des groupes les plus radicaux, et encore, pourraient sans doute avoir une influence sur les ravisseurs.

Ce cri d’alarme lancé par les grands médias montre aussi que l’information sur la Syrie ne peut pas se limiter aux médias sociaux, aux citoyens « faiseurs d’info » équipés de GSM et aux activistes proches de la rébellion. La couverture de la Syrie reste fragmentée, partielle, constamment menacée, de tous les côtés, par la propagande et la désinformation. Elle est sélective et se détermine en partie en vertu des risques encourus pour obtenir l’information et non en raison de son importance intrinsèque.

Seuls des journalistes aguerris peuvent naviguer au milieu de ce chaos. A condition qu’ils ne deviennent pas eux aussi des cibles.

 

 

 

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“On les a tant aimés”

Aung San Suu Kyi a subjugué ses hôtes lors de ses récentes tournées internationales en Europe ou en Australie. Son long combat pour la liberté, le rappel de son déchirement personnel entre sa famille et son pays, son charme aussi, n’ont guère laissé de place à la critique et au doute. Presque personne n’a osé troubler le miroir des grands principes et des nobles sentiments qu’elle tendait à un public séduit et mystifié.

Les transitions démocratiques, comme celle que vit actuellement la Birmanie, sont des moments exceptionnels. Elles sont comme un premier matin du monde, l’aube de tous les possibles. Mais elles sont aussi le moment décisif où les valeurs dont les dissidents se réclamaient lors de leur combat contre la dictature sont mises à l’épreuve de l’exercice du pouvoir et de la liberté.

La déception, une certaine déception, est presque toujours au bout du chemin. Après les premiers mois d’euphorie, les rêves se délitent, les idéaux s’émoussent et les anciens du régime déchu retiennent ou reprennent leur place au sein d’une société qui aspire ou se résigne à la normalité. « Les temps ont changé, le ciel s’est couvert de nuages, le temps est venu du travail dur et quotidien, des contradictions apparentes et des intérêts opposés », écrivait l’ex-dissident tchécoslovaque Vaclav Havel, deux ans après son élection à la présidence. Continuer la lecture

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