3/5 : Echanges et distribution : repenser les circuits

Le Max & Vert d'Iris

Vert d’Iris International est une coopérative potagère à Bruxelles qui cultive fruits, fleurs et légumes bio sur plus d’un hectare à Anderlecht. En collaboration avec DEMAIN LA TERRE, elle vous propose une série de cinq articles autour des innovations mises en place dans le maraîchage coopératif à Bruxelles – et vous invite à y prendre part ! (Série 3/5)

Réduire les kilomètres parcourus par les aliments entre la fourche et l’assiette, diminuer l’impact de l’agriculture sur l’environnement, renforcer notre souveraineté et sécurité alimentaire, soutenir l’économie d’une localité… les dimensions de la relocalisation de l’agriculture sont nombreuses !

En aval de la production locale, la relocalisation de l’agriculture passe aussi par la création de nouveaux circuits de vente plus adaptés à une distribution locale. Les circuits courts* qui émergent aujourd’hui comme de réelles alternatives à la grande distribution sont le fruit d’efforts considérables de la part des producteurs, des consommateurs, des transformateurs et des pouvoirs publics.

Ces circuits permettent notamment au producteur de dégager un revenu plus décent grâce au non-recours aux intermédiaires « classiques » (transporteur, transformateur, logisticiens, grossistes…). Autre retombée favorable des circuits courts au delà du volet économique : la reconnexion entre producteurs et consommateurs et une réappropriation du patrimoine culturel alimentaire grâce à un contact direct.

Ainsi, les circuits courts tendent vers l’effacement de la division (sociale et spatiale) entre villes et campagnes et de la norme du « tout au supermarché ». En découlent une plus grande sensibilisation aux métiers de production et à la réelle valeur des produits, mais aussi une transparence accrue dans le chef du producteur (modes de culture et d’élevage, origine des produits…).

Vert d’Iris International cultive en milieu péri-urbain à Bruxelles, et construit progressivement son réseau de vente depuis 2013 en y intégrant restaurants, épiceries bio et particuliers bruxellois : tous amateurs de nouveaux goûts, de transparence, de produits ultra-frais et d’un contact renoué avec la terre et ceux qui la travaillent. L’équipe de Vert d’Iris accueille sur le terrain citoyens et collaborateurs des restaurants et épiceries lors de visites ou de chantiers participatifs. A ce jour, certains partenaires commerciaux sont également devenus coopérateurs, en achetant une part sociale de la coopérative : TAN (Chatelain), Färm.coop (Centre, Mérode & Hankar), Cipiace (St Gilles), Le Max (Schaerbeek) et CHEZWawa (Ixelles).

En 2015, Vert d’Iris fait un pas plus loin et propose à ses partenaires clients de prendre part à un projet pilote de valorisation de leurs déchets organiques par le compostage. Avec le soutien du Brussels Waste Network et de Bruxelles Environnement, la coopérative met à profit ses circuits de distribution établis pour récupérer des déchets qui seront ensuite compostés sur ses terrains à Anderlecht.

Logo compostage Vert d'Iris

Ce faisant, les restaurants et épiceries partenaires sont débarrassés de certains déchets et Vert d’Iris valorise son trajet retour vers le potager qui se faisait auparavant à vide. Aussi, les déchets contournent l’étape incinérateur et le sol du potager est nourri grâce à un compost de qualité – amendement précieux en agriculture biologique s’il en est ! La mise en place de telles synergies est possible grâce aux circuits courts, et offre un aperçu du potentiel de la mise en place d’une économie plus circulaire.

* Entendus ici par des circuits avec maximum un intermédiaire entre producteur et consommateur.

Se passer de label bio ? 

S’intéresser à la pertinence du label bio dans le cadre des circuits courts n’est pas anodin : alors que les intermédiaires sont plus rares et que la confiance tend à réintégrer les relations commerciales, quel rôle le label bio joue-t-il et quelle sont ses limites ? Quels risques encourt-on lors d’une éventuelle révision à la baisse de la législation bio ? Comment continuer de s’assurer de manger sans pesticides ou intrants chimiques, sans OGM ?

Le label bio – qui se retrouve sur de plus en plus d’étiquettes – peut s’avérer précieux en tant qu’outil de communication autour de la qualité d’un produit, et peut donc soutenir le producteur, le transformateur et le commerçant dans leurs démarches de commercialisation. Le label donne une garantie sur l’origine des produits et leur mode de culture ou d’élevage, et se révèle particulièrement utile dans les circuits qui échangent des aliments venant de l’étranger ou lorsqu’il est difficile d’organiser des rencontres producteurs-mangeurs sur le terrain.

Mais on peut également se poser la question de la pertinence du label alors que sont certifiés de la même façon tous les producteurs belges et européens, qui ont malgré tout (heureusement ?) des façons de produire fort différentes. Alors que certains gaspillent, surconsomment  l’énergie, se spécialisent à outrance ou ne respectent pas les droits fondamentaux de leur personnel, d’autres vont largement au-delà des prescriptions minimales du label et veillent à cultiver de façon plus respectueuse vis-à-vis de l’environnement et de l’humain (réduction des intrants au minimum, circuit de distribution local, mécanisation plus légère et à usage raisonné, attention à la biodiversité et à la variété, rémunération correcte de la main d’œuvre, etc…).

Dès lors, comment les producteurs peuvent-ils communiquer sur leurs produits allant « au delà » du bio ? Une piste parmi d’autres émerge au sein des circuits courts établis sur un même territoire : les systèmes participatifs de garantie [1] (SPG) qui visent à offrir aux localités des systèmes d’assurance qualité construits sur base de réseaux d’échanges entre consommateurs, distributeurs et producteurs. On pense par exemple au SPG de Nature & Progrès (France), à la dynamique en construction de la Ferme Arc-en-Ciel (Wallonie) et au SPG sur lequel travaille le Réseau des GASAP (Bruxelles) en coordination avec d’autres en Wallonie, et qui sera expérimenté en 2017.


[1] IFOAM – International Federation of Organic Agriculture Movements

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