Elles ont entre 25 et 60 ans. Quelques-unes d’entre elles pratiquent depuis quelques mois, la majorité depuis des années. Elles ont donné la vie à des centaines d’enfants. Elles éblouissent par leur disponibilité à aider leur communauté. Dans notre jargon, on les appelle Traditional Birth Attendant (TBA): Sages-femmes traditionnelles!
Afin de mieux comprendre leurs pratiques, nous avons organisé trois réunions avec différents groupes de sages-femmes traditionnelles. A l’ombre d’un baobab, une cinquantaine de femmes de tous âges sont assises sur des nattes en cercle. Les couleurs vives des tissus qu’elles portent respirent la vie et la gaieté. Elles nous attendent tranquillement et bavardent entre elles. Nous sommes accueillies par des applaudissements, des bénédictions, des sourires, des poignées de main qui en disent long.
Avant de commencer la discussion, nous leur expliquons notre objectif: apprendre à les connaître, comprendre leurs pratiques, voir comment nous pourrions collaborer ensemble. Elles sourient, nous bénissent à nouveau, nous remercient de s’intéresser à elles!
C’est parti, on commence: je pose les questions en anglais, notre traductrice s’occupe des traductions en arabe, deux « home visitor » s’occupent des traductions en langue locale: Fur et Zagawa. Ma collègue sage-femme prend des notes. Toute une organisation: chaque question est traduite en 4 langues! Patience ! Ca prend du temps mais les réponses en valent la peine!
Les sages-femmes traditionnelles assistent 90% des accouchements. Les femmes préfèrent accoucher chez elles. Lorsqu’elles sont presque à terme, la sage-femme traditionnelle avertie par l’un des proches, disponible à toute heure du jour et de la nuit, entre en scène. La majorité des sages-femmes traditionnelles n’ont jamais reçu de formation, c’est un héritage familial: leurs mères et grand-mères étaient sages-femmes traditionnelles.
Les préparatifs pour l’accouchement: laver la future maman avec de l’eau chaude pour rendre le corps plus fort, lui donner du jus de citron pour activer les contractions, lui faire mâchouiller du Kuldubar, sorte de plante qui permet de réduire la douleur avant et après l’accouchement.
Apres l’accouchement, la maman ainsi que le nouveau-né boivent un breuvage sacré: “l’eau noire”. Des versets du Coran sont écrits sur une tablette de prières en bois avec de l’encre noire. Après lecture des versets, la tablette est lavée; l’eau du lavage est donnée comme boisson sacrée à la maman et au nouveau-né. Une tradition afin de protéger la maman et le nouveau-né dès son entrée dans la jungle du monde des vivants!
Pendant une semaine, la sage femme passera tous les jours pour faire des soins à la maman et au bébé: laver le corps de la maman avec de l’eau chaude, enduire le nouveau né d’huile ou de gaz pour le protéger du vent. Après 7 jours, en général, les soins sont terminés: s’il y a un quelconque problème, la maman peut toujours venir frapper à la porte de la sage-femme.
Dévouées à leur communauté, les sages-femmes traditionnelles font tout gratuitement! Maintenant on comprend mieux pourquoi la majorité des femmes préfèrent accoucher chez elles! Ceci dit, elles sont tout à fait prêtes à collaborer avec nous pour nous référer les complications lors des accouchements. La collaboration s’annonce bien!
Françoise Bocken
