Par Françoise Bocken, promotrice de santé en Colombie.
A Quibdo, les baffles font office de pots de fleurs! Rares sont les maisons où il ne retentit pas du reaggaton ou de la salsa. Rares sont les entrées désertes où l’on ne retrouve pas un groupe de personnes assises en regardant les passants, avec un verre « d’arguadiente » à la main. Cette effervescence frappe aux yeux dès que l’on arrive à Quibdo. Une ambiance qui en tromperait plus d’un quand on ne connaît pas l’autre côté.
La musique, la fête, l’alcool coulant à flots… Voilà la manière dont les « chocoanos » s’évadent d’une réalité quotidienne et pesante depuis tant d’années ! Pas une famille ne peut prétendre ne pas avoir été touchée de près ou de loin par la guérilla. La richesse, l’importance politique qui feraient de certains des cibles privilégiées, sont les critères utilisés par les « plus pauvres » pour se rassurer et se dire que non… ça ne leur tombera pas dessus ! Etre habitant d’un petit village près du Rio, l’endroit parfait pour développer une culture de coca, font dire aux plus riches, que oui, il y a d’autres cibles plus stratégiques qu’eux ! Un débat sans fin où chacun tente de se rassurer en ciblant le voisin sachant au fond de lui-même que personne n’est à l’abri de la violence permanente qui sévit en Colombie. Un groupe illégal jette son dévolu sur un village, débarque en masse. Les habitants ont alors deux possibilités: travailler pour le groupe au pouvoir ou fuir le village !
Il y a quelques jours, nous étions en voiture à quelques kilomètres de l’entrée de Quibdo lorsque le chauffeur commença à me raconter en me montrant du doigt: « Regarde ici, la propriété déserte, c’était un commerçant assez riche qui s’est fait kidnapper, ça fait des années qu’on l’a plus vu. » Je lui demande alors ce qu’il advient de ces personnes kidnappées. La réponse est claire : « Soit ils ont l’argent pour payer la rançon, soit ils se font tuer. Le kidnapping, c’est un business ici. ». Quand je lui demande qui sont les cibles en général, il me répond : « Les gens fortunés, qui ont du pouvoir, pas nous !». Je lâche cette question qui me brûle les lèvres : « Et nous, en tant qu’ONG, on est ciblé? » Il me répond par un signe négatif de la tête et ajoute : « Vous avez de la chance vous les expatriés: les groupes illégaux ont du respect pour les ONG, en tout cas pour l’instant. »
Pourvu que ça dure! Ceci dit, le respect se comprend: on est ouvert à tous ! Aussi paradoxal que ça puisse paraître, dans certaines missions, on soigne les victimes tout comme les têtes pensantes et agissantes de ces conflits!
