Benoît arrive comme psy en Haïti

Par Benoît  Degryse, psychologue à Port-au-Prince (Haïti) 

Deux semaines après notre départ, le lundi de Pâques (avec les Cloches !), nous avons enfin eu un moment de calme. Rien au planning, côté boulot comme côté loisirs. Et cela me plaît !  Avoir enfin du temps pour deviser calmement avec les collègues/colocataires présents, à propos de la hiérarchie sociale dans la fourmilière, qu’est-ce que cela fait du bien ! Aujourd’hui, pas d’objectifs stratégiques, pas de réunions ou de rapports non plus. En lieu et place une bonne bière, un peu de musique et laisser les choses se décanter. 

La première semaine avait été placée sous le signe des briefings. Il faut dire qu’il est plutôt déconseillé de commencer, dès son arrivée, à travailler sur un projet sans s’assurer de disposer d’un minimum de connaissances préalables… surtout dans un pays comme Haïti. Car Haïti, ce n’est pas comme Hawaï, vous n’y êtes pas accueilli avec  une couronne de fleurs. Quant aux plages de sable fin, où des dames drapées dans leur bikini vous demandent si vous reprendrez bien un petit peu de citron vert, elles ne font pas davantage partie du décor (on n’est pas non plus à Tahiti!). Croyez-moi, j’en ai expliqué des choses les semaines avant mon départ ! 

Mais qu’évoque donc alors Haïti ?  “Traite des esclaves”, “ex-colonie française”, “le régime Duvalier – Papa et Baby Doc”, “le trafic de stupéfiants” et “une solide présence dans le top 15 des pays affichant les plus mauvais indices de pauvreté ”, ce sont là des mots qui font mouche chez la plupart des gens. Déclenchant un cortège d’impressions. Heureusement, nous pouvons depuis peu y ajouter une note positive :   “Joachim” Il s’avère heureusement que Haïti a aussi du talent (merci à Broederlijk Delen qui a su donner au pays une réputation plus nuancée). Honnêtement, jusqu’à présent, je ne peux qu’approuver. Bien sûr, je ne parle pas ici de l’agriculture, mais du concept très tendance des  “human resources”.

L’équipe ici présente à Martissant (MT) m’apparaît de prime abord énorme. Comme ils sont 130 environ, même avec la meilleure volonté du monde, je n’ose pas me risquer à la moindre généralisation. Quant à les connaître tous par leur nom….  Une chose est sûre cependant, tous ceux que j’ai rencontrés sont vraiment géniaux.  Chaleureux,  “en forme” comme ils lancent en guise de bonjour, mûrs, et en ce qui concerne spécifiquement mon équipe, parfaitement au fait du contenu du travail, avec un esprit plutôt analytique qui s’appuie sur des connaissances théoriques tout à fait valables. En tant que coordinateur, il faut donc que j’assure et que je maîtrise! Voilà pourquoi la deuxième semaine a été tellement remplie et très rapidement axée sur la connaissance du terrain.  

“Le terrain”,  un mot qu’on prononce souvent à Bruxelles comme s’il s’agissait d’un succulent foie gras- ce n’est pas politiquement correct mais soit – ou – version politiquement correcte – d’un sorbet au citron après un délicieux morceau de viande. Un mot qui peut facilement faire plonger dans la mélancolie et le mal du pays. Un mot qui donne envie de (re)partir ! 

Notre terrain, notre champ d’action si vous préférez, est divisé en deux. D’une part, l’hôpital Martissant 25 (MT 25), et d’autre part la clinique mobile qui se rend chaque jour dans un autre secteur de MT. MT 25 est un service d’urgence opérationnel 24 h/24 qui assure la prise en charge de 4.000 urgences par mois. Des urgences qui peuvent être des accouchements ou des accidents de la circulation. Mais ce service se concentre en fait surtout sur la stabilisation et le transfert des patients présentant des plaies par balles ou à l’arme blanche. N’oublions pas qu’il s’agit en fin de compte d’un projet axé sur la violence urbaine. Par contre, les cliniques mobiles ont pour mission d’être présentes sur les sites désertés par les autorités et dont les habitants n’ont dès lors pas accès aux soins de santé. Il s’agit ici plutôt de soins de santé primaire.

Me voilà donc en train d’accumuler de l’expérience de terrain. J’accompagne les équipes dans les différents secteurs de MT, je me rends aux urgences, j’aide à un accouchement, je discute avec les différentes équipes, je me mets au créole, je m’entretiens avec les coordinateurs d’équipe, je lis la presse locale, je discute avec nos patients et surtout j’écoute, j’écoute, je suis toujours à l’écoute. 

Comme je l’ai déjà dit, tout a commencé par des briefings. J’ai ainsi déjà rencontré : le coordinateur “santé mentale”   (BXL/Bruxelles), l’administration (BXL), le responsable ressources humaines (téléconférence avec Rome), le chef de mission (PAP/Port-au-Prince), le coordinateur de la logistique (PAP), le coordinateur administratif (PAP), le coordinateur médical (PAP), le coordinateur financier (PAP) , le responsable projets (MT), le référent -  traduction maladroite de “medical focal point” (MT), et enfin le psychologue que je remplace ici (à MT bien sûr) et l’équipe psychosociale. Bref, rien que du costaud dès mon arrivée ! 

Je pense que c’est tout pour aujourd’hui, mieux vaut ne pas vous surcharger d’infos. Ce que font précisément les psychologues dans notre projet fera l’objet d’un prochain article. Car maintenant, il est grand temps de me plonger dans “La course au mouton sauvage” de Murakami pour savoir enfin ce qui se passe dans les montagnes de Hokkaido.

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2 réponses à Benoît arrive comme psy en Haïti

  1. VERO dit :

    Ci-après la lettre cri du coeur de Mr Carlton Rara …+ message post lettre. Je fais passer….Merci beaucoup de votre attention..
    CRI DU COEUR DE CARLTON RARA… AUX HAITIENS ET AUX AMIS D’HAITI
    http://haitirectoverso.blogspot.com Je me permets de partager avec vous ce cri du cœur d’un haïtien, haïtianophyle et surtout un humain. Carlton Rara pourtant n’a pas parlé lui-même. Il n’a fait de présentation non plus. Je savais qui il était. J’avais visité son site.
    Cependant en recevant ce document j’avais eu une sorte de hoquet m’invitant à le balancer à la poubelle comme je le fais avec les centaines de courriers de gens venant de la Côte d’Ivoire héritiers pour la grande majorité de richissimes hommes d’affaires assassinés qui, dans leur grande bonté vous demandent gentiment de leur passer un numéro de compte pour bénéficier de 15 ou 10 % après juste un naïf transfert de fonds qui se comptent toujours en millions de dollars.
    Le mot DIASPORA avait aussi eu un effet très désagréable sur moi. Je sais ce qui se dit autour de ce groupe d’expatriés et surtout comment des individus en panne et en quête de notoriété s’avisent du jour au lendemain de se parer d’un habit de représentant de plus de 2.000.000 d’haïtiens, – sans leur en demander l’autorisation- avec à la clé des congrès mondiaux au Venezuela (ou résident quelques dizaines d’haïtiens, en ou Haïti juste quelques mois après la victoire de Préval.
    J’ai quand même pris le soin de lire et je me suis retrouvé de plein pied dans l’approche de Carlton RARA à travers les différentes questions qu’il se pose. Je me suis dit que si on se pose les mêmes questions pourquoi ne pas se les poser en même temps , dans un même espace de réflexion de façon à construire et élaboré les réponses.
    Je l’ai contacté tout de suite. Je n’ai pas été le seul. Il y a un réseau qui est entrain de se former. Ce n’est point pour une énième association, ONG, collectif mais pour un vrai espace de concertation pour aller au-delà des démarches routinières qui ne donnent pas de résultats.
    C’est dans cet esprit que je propose aux lecteurs de HAITI RECTO VERSO le partage de ce document.

    Vous pouvez contacter Carlton Rara qui assure rapidement l’échange des courriers électroniques entre l’ensemble des individus qui ont pris le temps de réagir.
    Pour contact : Carlton Rara infocarlton@yahoo.com
    ————
    Lettre ouverte à tous les Haïtiens de la diaspora ou permanents du pays, tous sexes, tous âges, tous passeports confondus et autres intéressés francophones
    Chers vous tous
    A tous ceux qui voudraient anticiper la fuite d’un énième discours politique de bistrot, ne partez pas tout de suite, rien de tel ci-après, rassurez-vous, je ne suis qu’un illustre cancre.Je ne suis même pas citoyen de mon pays : Haïti…et l’état civil de cette République ne peut rien pour moi, enfin je ne m’en porte pas plus mal après tout…
    Mon pays, lui, ne se porte pas bien; on me demande ici ou là si j’ai encore de la famille « là bas », si tout va bien pour eux….enfin, la politesse d’usage quoi ; à ça j’ai envie de répondre que oui, j’y ai encore de la famille effectivement, à peu près 8,5 millions de parents et pas grand chose ne va pour l’immense majorité d’entre eux.
    J’ai grandi en dehors d’Haïti avec comme album de famille les crises sociales et politiques qui rythment la survie du pays depuis 200 ans et avec moi a grandi l’idée que cette « misère » et ce désordre faisaient partie du décor jusqu’à ce que cette idée se brise le jour où j’ai compris qu’en Haïti il n’y avait pas plus de fatalité qu’en Sibérie ou en Papouasie Nouvelle Guinée et que la situation à l’échelle d’un collectif ou d’un pays est la conséquence de causes et que ces causes sont produites par des actes, posés eux-mêmes par des décisions et que finalement ces décisions il fallait bien que ce soit des hommes qui les prennent.
    Derrière, devant ou dedans le tableau apocalyptique de la situation de tiers monde qui galope en Haïti on distingue bien des hommes en effet (ne vous offusquez pas les filles je prends le mot homme dans une acception philosophique et générique, allez bisou), qu’ils soient ceux qui meurent, ceux qui souffrent, ceux qui souffrent moins, ceux qui ne souffrent pas du tout.
    En effet, étranglés à travers le maillage si « complexe » du « système », on aperçoit rien d’autre que des hommes ou enfin ce qu’il en reste.
    On a beau m’expliquer toute l’extraordinaire complexité de la chose, en chiffres, diagrammes, statistiques savantes, exposés et rapports de sciences humaines par les plus brillants spécialistes de ce monde, j’ai encore aujourd’hui la faiblesse de penser que même si la majorité de mes compatriotes crèvent « complexement » la dalle ou crèvent « complexement » tout court, que cela revient au même que si la mécanique du fléau avait été dérisoirement simple.
    A qui la faute ? Qui aurait mal agi ou mal décidé et dont les conséquences des actes auraient été directement responsables de cette calamité ? Que devrait-on faire ?
    L’histoire une fois de plus fera en son temps son œuvre en nous enseignant après coup les tenants, le déroulement et les aboutissements de la bataille dans des écritures préfigurant l’exposition des vestiges dans les musées.
    Nous, les diasporés d’Haïti, ferons nous parti de cette histoire?
    Comme nombre d’entre nous donc, et à toute époque la contemporanéité de sa crise, il y a bien longtemps que je me suis demandé ce que je pouvais bien faire pour ce pays qui souffre et qui finalement a enfanté pour partie ce que je suis aujourd’hui.
    Comme beaucoup j’ai été inlassablement découragé, submergé par l’ampleur des difficultés, rendu incapable d’agir, par le ressac des crises ou des catastrophes, les impressions de déjà vu, les bis repetita placent, en proie à la résignation devant le déferlement implacable du destin, esseulé dans mes réflexions ou intellectuellement mal accompagné, livré à la facilité d’enfoncer des portes ouvertes et de jeter des pavés dans le sens du vent pour finir par me convaincre que de toutes manières il n’y a rien que je puisse faire moi et mes amis.
    Sans compter que des difficultés, il y en a aussi ici (en France pour ma part où je réside le plus clair de mon temps) pour la plupart d’entre nous dans des pays industrialisés qui connaissent leur lot de souffrance et de misère pour être eux aussi le fruit du règne de l’homme évolué (il faut bien qu’on se marre un peu quand même). Ca n’est pas toujours dimanche en effet pour nous ici mais à celui qui voudrait s’égarer dans sa complainte je dis tout net que la « pénibilité » de la vie dans les pays industrialisés est sans commune mesure avec la réalité haïtienne « insoutenablement » pesante.
    Evidemment les plus jeunes d’entre nous et ceux qui n’auront jamais mis les pieds dans ce pays impraticable pour les non initiés, ne connaissent pas les coupures de courant, quand bien sûr on en a dans sa maison, quand bien sûr on a une maison, quand on a les moyens d’en avoir une ; pas plus que le manque d’eau potable qui, lui frappe tout le monde ; ne leur évoque rien le soleil de plomb qui sèche la terre auquel succèdent les pluies torrentielles et la boue meurtrière dans ce pays déroutant et sans route où l’on saute un repas comme on oublierait un rendez-vous chez la manucure.
    J’ai connu toutes sortes d’haïtiens (même chose que pour les « hommes » les filles, mettez tout ça au féminin évidemment), des gros, des petits, des noirs et des moins noirs, des artistes, des paysans, des portauprinciens, des provinciaux, des vaudouisants, des ecclésiastiques, des diplomates, des banquiers, des docteurs, des marchandes de pistaches, des policiers, des nés prématurés, des chauffeurs, des putes, des déconneurs, des dépressifs, des pédés, des alcooliques, des poètes, des riches, des très très pauvres, des infirmes, des blancs, des rouges, des qui dorment avec une pétoire sous l’oreiller, des gentils, des cons, des ordures, des sirènes, des gueulards, des escrocs et mêmes des princesses, et oui…… et tout aussi divers qu’ils m’apparaissent, ils ont une ressemblance qui tient dans le fait, il me semble, qu’ils viennent tous d’Haïti.
    Après ces tergiversations d’Haïtien naturel, j’en viens au fait avec mon lot de questions connexes et subsidiaires.(accrochez-vous, y en a encore pour 7 pages, mais non je plaisante…quoique)
    Depuis la dernière grosse crise en Haïti, qu’elle fut d’ordre socio-politique ou liée aux outrances climatiques et alors qu’une fois de plus nous nous trouvions mus par les émotions tous désireux d’agir mais dans l’impossibilité de le faire (vous remarquez bien que je n’envisage même pas qu’il y en eût parmi nous qui n’eussent pas eu l’intention d’agir, vous avez vu comme je manie bien le subjonctif).
    Après le constat de cette vieille incapacité donc, qu’avons-nous fait depuis pour réparer les rouages défectueux qui précisément entraver nos actions ? Alors que les indices sont à l’heure de toutes les régressions en Haïti.
    Qu’avons-nous entrepris qui nous fasse voir aujourd’hui de façon flagrante le fruit de nos actions ?
    Nous ne sommes même pas capables aujourd’hui d’acheminer un container lorsqu’il le faudrait d’un point A dans le monde à un point B en Haïti.
    Le nombre d’associations ne cesse d’augmenter, Haïti est un des pays comportant le plus d’ONG au monde.
    Pourquoi cette quantité nouvelle ne produit-elle pas plus d’effet, pourquoi sa proportion se laisse-t-elle dépasser par celle de la paupérisation ?
    Doit-on aujourd’hui encore attendre et ce au niveau mondial que le « système » apporte des solutions au mal même dont il est la cause ?
    Y en a t-il encore parmi nous qui pensent ça ? Le fait de penser ci ou ça dispense-t-il d’agir ?
    Les actions locales doivent elles se faire au détriment d’actions plus globales, ne peut on pas les mener toutes de front ?
    Les derniers événements en Haïti ( cf journaux, nouvelles en tout genre pour les moins informés) semblent démontrer de façon criante que nous faisons malgré tout trop peu, ou mal, ou pas assez, que cela ne suffit tout simplement pas dans ce climat d’exceptionnelle pauvreté. Exceptionnels la pauvreté et les problèmes, exceptionnelle la mobilisation devrait être, hors force est de constater que nous sommes loin du compte.
    Nous ne sommes même pas capables de coordonner des actions au niveau national dans un petit pays comme la France.
    La vitesse de mobilisation (ce qui implique que la conscience ait fait préalablement son chemin dans les esprits de chacun) au niveau international, toutes problématiques confondues, n’a jamais été aussi lente et inopérante (je prends pour référence, le siècle passé) alors que les machines et les moyens de communications n’ont jamais été aussi performants et aussi répandus.
    Nous n’avons jamais produit autant de denrées alimentaires dans le monde qu’à l’heure actuelle et on m’explique que des gens meurent de faim alors que les poubelles des autres ici trop pleines finissent d’engraisser les chiens errants.
    Comment se fait-il aujourd’hui qu’UNE SEULE femme tibétaine ait réussi à faire exister médiatiquement la cause de son pays 20 fois plus que les vagues échos qu’on a pu entendre à propos d’Haïti sur les principales stations d’information (pour la seule France) ?
    Je crois savoir pourtant que notre communauté compte jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’individus en France.
    Nous serions pourtant en mesure d’agir, qu’est ce qui nous retient donc ?
    Est-ce peut-être alors parce qu’une femme tibétaine vaut plusieurs dizaine de milliers d’haïtiens ? (comme quoi, à rien ne sert d’ignorer les maths modernes)
    Ne me rétorquez pas que le sort d’Haïti n’intéresse pas le reste du monde, les gens sont intéressés par ce à quoi on veut bien les intéresser.
    Sommes nous désunis à ce point, sommes nous négligents à ce point ?
    Je ne veux tout de même pas croire à l’indifférence.
    Y en-t-il parmi nous qui considèrent que travailler à faire accéder l’ensemble de la population haïtienne à des conditions de vie acceptables prête à débats ou controverses ?
    Sommes nous à ce point habitués à ces situations hors normes au point de les considérer comme normales ?
    Faut-il plus de sang, faut-il plus de misère, faut-il plus de chair refroidie, plus de rien ?
    Tradition orale oblige, nous nous permettons d’avoir un avis sur toutes les questions soulevées par les problématiques haïtiennes mais notre participation à la vie du pays est sporadique et n’a aucun poids n’en déplaise aux amuseurs, aux fanas du microphone, à ceux qui montent à la tribune pour montrer leur cul et leurs bonnes manières comme dirait l’autre. Passons pour une fois la parole à ceux qui n’amusent personne, ceux qui n’ont soit disant rien à dire et qui gardent leur arrière train en bonne place.
    Nous avons, par tradition désormais, cessé de considérer les institutions de ce pays comme crédibles (fautes qu’elles l’aient toujours été certes) mais aujourd’hui il y a bel et bien un gouvernement en Haïti, il y a bel et bien des hommes qui décident et sur qui repose le sort de la nation, au-delà de la politique et des divergences de point de vue, qu’on les considère légitimes ou pas, il sont bien là.
    Hors quel rapport avons-nous avec eux ? De quel conseil sommes-nous à leur endroit ? Quel débat citoyen avons-nous avec eux ?
    Quelles exigences avons-nous envers eux ? De la même façon qu’on a décrété leur surdité à nos attentes depuis fort longtemps, quelles mesures, quels moyens d’action forts et fédérés avons-nous mis en œuvre pour forcer le rétablissement de leur écoute ?
    Le fait d’avoir souvent échoué dans nos tentatives implique-t-il qu’il faille renoncer à recommencer, et à recommencer encore, et encore et encore…. ?
    Le fait que la bataille soit âpre implique-t-elle que nous ne dussions pas la mener ? (décidemment ce subjonctif, une merveille)
    Quel plan, quelle stratégie avons-nous établis pour peser dans la balance ?
    Quelle organisation avons-nous mis en place ? Quel espoir avons-nous donc généré chez nos familles restées au pays et qui aujourd’hui pensent par pure ignorance que nous buvons ici (en pays riches) du miel et du lait et que nos poches se remplissent d’argent comme par miracle ?
    J’entends fuser ici et là des avis déterminés réclamant le départ de ces « traîtres » de Minusthas qui sont aujourd’hui la seule force armée, il faut le dire, dans le pays.
    Par qui va-t-on les remplacer ?
    Ne doit-on pas également réclamer par conséquent le départ de nombre d’ONG qui viennent justifier de leur budget dans des études ou des travaux trop souvent obsolètes, inachevés, inachevables, irréfléchis, impropres, ne produisant rien ou parfois du désordre ?
    Vous me dites pour certains d’entre vous envisager votre propre avenir en Haïti, mais comment le préparons-nous ?
    Des étrangers de bonne fois et de bonnes compositions veulent nous aider, hélas bien souvent le fait de ne pas être « initiés » (pas d’acception cultuelle ici) les rend inefficaces ou à côté de la plaque ou alors cachent en définitive leurs véritables motivations dans leur inconscient qui s’avère cibler trop la rédemption de leur individu.
    Voila pourquoi je m’adresse en priorité aux Haïtiens. Nous, nous ne devrions pas être en proie à cet excès même si aider l’autre et se soucier de lui reste toujours une manière de se soucier de soi, nous sommes d’accord.
    Sans aller décrocher la lune, avons-nous encore des échanges sur les questions primaires, nous parlons nous encore, dans des pays où nous sommes pourtant libres de penser à voix haute ?
    Même pas le minimum à vrai dire ! Les e-mails, les boîtes aux lettres sont vides, les téléphones muets, les bouches pleines de salive ? (La répétition des vieilles conneries sans science et sans conscience exclue, bien entendu, car pour ça nous avons encore pas mal de ressources inépuisées).
    Et quand il nous arrive de retrouver l’usage de la parole dans nos familles, parlons nous vraiment de l’essentiel ?…..de ce qui peut préoccuper un enfant, une femme, un vieillard que sais-je, qui ne bouffe pas, ou qui souffre d’une maladie qui lui est inconnue? de ce qui les préoccupe ou de ce qui ne les préoccupe plus…..
    Y en a-t-il parmi nous qui ont agressé leur boulanger parce que son pain été trop cher, casser sa vitrine, mis sa vie en danger ?
    Non personne vraiment ?…vous m’étonnez. Mais alors comment se fait-il que nous laissions nos familles faire une chose aussi « insensée » sans être alarmés, sans réagir, seulement sous prétexte que c’est en Haïti que ça se passe. C’est bien ce que je disais, les normes sont à géométrie variable, y compris celles du bon sens.
    Ne soyons pas, je vous prie, démissionnaire ou actionnaire d’Haïti lorsque ça nous chante, lorsque le vent est favorable, lorsque les plus faibles d’entre nous ont joué leur rôle de tampon et de bouclier contre l’adversité et qu’ils nous ont rendu la voie libre.
    C’est encore le plus faible qui a besoin du plus fort pour vivre à ce que je sache et non l’inverse.
    Qu’allons nous raconter à nos petits enfants ? Que le jour de la bataille nous étions à la plage ou à la foire ? Que l’après-midi ou mamie a pris une balle, nous étions au supermarché ?
    Nous leur dirons tout simplement que nous étions des incapables ou pire encore, nous n’aurons rien à leur raconter du tout… encéphalogramme plat !
    A ceux qui travaillent modestement de leur côté, ne vous sentez vous pas seuls et en sous nombre parfois ? Cela aussi vous semble-t-il normal ?
    Sommes nous tous d’un certain âge et usés ou en proie au handicap ou à la maladie?
    Cette immense partie du peuple haïtien dispersé que nous sommes, ne peut-il pas trouver d’ambassadeur (nous avons des ambassadeurs et des consuls mais nous ne les considérons pas plus que n’importe quel autre officiel ou alors juste au moment de faire mettre un tampon sur un document). Ne peut-on pas créer des entités qui matérialisent notre présence, qui rendraient plus probables nos actions ?
    Ne me dites pas que je pose trop de questions et que je n’apporte pas assez de réponses, nous allons nous épargnez pour une fois les débats merdiques, les formules de prétoire et la poésie mal placée ou encore les idées politiciennes qui font chier tout le monde, tout ça ne doit pas avoir cours ici.
    J’ai déjà pour ma part trop parlé et pas assez agi. Il appartient à chacun de vouloir apporter des réponses ou bien de se poser d’autres questions, enfin de prendre ses responsabilités pour les plus responsables d’entre nous et ça je ne peux pas le faire à votre place.
    Il est d’usage que les artistes ou les intellectuels essaient de chatouiller les monolithes… il est tard, je suis fatigué, j’ai sommeil mais je suis à mon poste.
    Les manifestations imposées du 10 mai et ce partout en France ont-elles pensé à remanier leur programme pour la circonstance ? Les problèmes actuels sont-ils au programme ? Des manifestations (revendicatives) sont-elles prévues, des gens ont-ils prévu de s’exprimer, que préparons nous à part une bonne popote et un bon bal kompa ?
    Allons-nous célébrer bêtement et béatement l’abolition de l’esclavage alors que nous sommes on ne peut plus asservis aujourd’hui, asservis à mort ?
    Allons nous encore faire comme si de rien n’était ?
    Prévoit-on une aide de masse directe à la population haïtienne (je ne parle pas uniquement de parachuter de la bouffe) ? Doit-on encore attendre le prochain coup de canon pour s’indigner à heure fixe.
    Est-il prévu qu’Haïti regarde Haïti dans les yeux sans honte ?

    Enfin voilà, je m’interrogeais modestement, juste comme ça, loin du désir d’importuner quiconque….enfin si j’en emmerde quelques uns c’est pas plus mal non plus, mais affectueusement s’entend (que voulez-vous c’est mon esprit taquin).
    Un peu de théâtre maintenant (je vous l’ai dit, faut bien se marrer un peu quand même, enfin, m’ap ri men m’p’ap jwe – traduction : je ris mais je ne m’amuse pas) , allez, un peu de courage c’est la dernière ligne droite.
    Moi, je soussigné Carlton Rara, citoyen illégitime mais conséquent du pays d’Haïti.
    J’en appelle, à tous ceux qui aiment ce pays, tout ceux qui en parlent, tous ceux qui n’en parlent plus, tout ceux qui ne l’ont pas oublié, tous ceux qui y vivent, tous ceux qui y ont une habitation, tout ceux qui n’y ont rien ni personne, tous ceux qui ont des idées, tous ceux qui ont de la volonté, tous ceux qui n’ont pas de volonté, tous ceux qui n’ont pas d’idée, tous ceux qui parlent bien, tous ceux qui écrivent bien, tous ceux qui jouent bien du tambour ou de la cornemuse, ceux qui n’ont pas de voiture mais qui aimeraient bien en avoir une, tous les usagers des camionnettes, les femmes, les hommes, les plus jeunes, ceux qui ont des responsabilités, ceux qui n’en n’ont pas, les attachés, les détachés, ceux qui ont de l’argent, ceux qui n’en n’ont pas, ceux qui ont des terres, ceux qui bandent bien, ceux qui ne bandent plus, les premiers de la classe, les derniers, les non voyants, les politiques, les parvenus, les revenants, les inconnus, les scientifiques, tous ceux qui ont des pigments dans la peau, les albinos, les retardés, les attardés, les optimistes, les pessimistes, les saltimbanques, les comptes en banque, ceux plus au Nord, ceux moins au Sud, ceux qui n’entravent rien à ce que je raconte, ceux qui me reçoivent 5 sur 5, ceux qui sont partis en court de lecture, ceux qui avaient gardé un cinquième as dans leur manche ou une poire pour la soif, celles qui aiment toujours leur mari après 50 ans de mariage, mes frères, mes sœurs, l’oncle Sam, l’oncle Tom, les culs de jatte, les malpolis, tout ceux qui ont compris que la prochaine bataille n’aura pas lieu faute de combattants, ceux qui savent qu’il est plus que temps, ceux qui entendent Haïti hurler sourdement comme on entend son gosse, Haïtiens de mon cœur, j’en appelle à tout ceux qui comme moi ne connaissent rien de plus doux pour la tête que les senteurs de la brune enveloppante d’Haïti.
    Je compte sur tout ceux-là pour agir, pour parler, pour faire hommage à tout ce qu’Haïti nous a enseigné de bon, nous a donné sans compter, sans reprendre, nous a transmis à nous, ses enfants égarés.
    Je m’excuse par avance auprès de tout ceux à qui tout cela n’évoque rien et ceux qui penseraient qu’on leur fait la leçon (soyez vous-mêmes vos professeurs).

    Nous avons un jour fait trembler de stupeur le monde par une révolution improbable, perdue et condamnée d’avance et pourtant achevée par la volonté et la stratégie des hommes.
    Ce que nos ancêtres ont fait de la révolution n’enlève rien à l’exemplarité de cette victoire…voilà encore la seule chose que tous les haïtiens savent encore aujourd’hui…nous avons un jour fait trembler de stupeur le monde …
    et bien recommençons voulez-vous !?
    Merci bien de votre attention
    Allez on se fait la bise, n’oubliez pas d’éteindre en partant…
    Allez hop en deux clics passe le message à ton voisin, enfin c’est toi qui vois.
    Carlton Rara

    + Salut tout le monde

    Je m’aperçois d’un problème technique avec le groupe de discussion YAHOO, c’est que pour répondre, yahoo impose de créer un compte yahoo, je n’ai pas l’intention de rajouter cette contrainte, je m’en suis rendu compte après, mille excuses.
    Je vais donc essayer de continuer à assurer le transfert des e-mails des gens qui me répondent donc et je vous invite à aller sur le blog initié par Jonas Jolivert(que je remercie cordialement), http://haitirectoverso.blogspot.com, jusqu’à ce que toutes les ramifications se fassent.
    Je vous invite à garder le même principe, soit lorsque vos réactions ont un caractère générique, adressez les à toutes les adresses que vous collectez au fur et à mesure.
    MEN ANPIL CHAY PA LOU, essayons pour la première fois d’appliquer ce principe imparable.
    merci à tous
    Carlton

  2. Rony Blain dit :

    Monsieur,

    Haïti est devenue le thème de la misère, l’échantillon de la souffrance dans la presse internationale. Les constats, les gesticulations, les dénonciations ne pourront pas changer la situation actuelle.

    L’aide que reçoit le pays dégénère en malédiction. Détournée, dilapidée, elle amplifie la misère nationale, ruinant l’espoir, aiguisant la nécessité.

    Savez-vous que la nation dispose d’un plan de sortie de crise et d’un programme de développement durable ?

    « Le Guide de la réforme haïtienne » est un document de 300 pages traitant tous les aspects de la crise nationale.

    « La Nouvelle opposition » établit un ensemble de mécanismes devrant produire le changement.

    Je sollicite la coopération des bloggeurs pour faire avant ce projet. Je vous invite sur mon blog (artunivers.org.over-blog.com) où je divulgue mes idées.

    Il faut aider Haïti à se développer , pas devenir de plus en plus dépendant.

    Rony Blain

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