La transfusion

Par Martial Ledecq, chirugien à Batafango, République centrafricaine.

transfusion-sanguine.jpgIl est fréquent, dans les missions chirurgicales de MSF, que l’on soit confronté à un besoin urgent et vital d’un peu de sang susceptible de sauver un moribond qui s’est vidé du sien.

© Julie Remy

Le fait est que nous étions confrontés l’autre jour à ce besoin aigu, sans aucun candidat donneur à l’horizon, lorsqu’une voix derrière nous se fit entendre :

- Moi, je veux bien essayer.

- Quoi, toi, le combattant qui écume tous les villages environnants, que nous soignons depuis des semaines, qui est resté emmuré dans ton orgueil d’homme blessé, toi qui n’a jamais esquissé un sourire ou un merci quand nous nous penchions sur ta blessure avec sollicitude, voilà que tu nous proposes de donner ton sang pour un quidam que tu aurais peut-être tué quelques semaines plus tôt pour quelques maigres pistoles !

Ce n’est pas la première fois qu’il nous est donné d’observer cette étonnante transformation chez des patients hospitalisés de longue date. Extraits de force de leur milieu rude et violent, ici suite à une fracture ouverte par balle, ces combattants de la brousse, plus souvent confrontés aux problèmes de survie qu’à une idéologie révolutionnaire très élevée, subissent une transformation lente au contact du milieu hospitalier que nous avons investi et qui devient un sanctuaire, “une auberge où l’on refait le lit des gens pauvres et nus”, un refuge paisible où quelques bonnes médecines sont dispensées. Et cette bienveillance médicale est contagieuse !

Inversément, le culte de la violence, l’obsession de la survie, l’exaltation de la force brute dans lesquels vivent les combattants, non pas par choix mais par désoeuvrement et absence de perspective, effacent tout sentiment d’humanité.

Les tests sanguins indiquèrent une parfaite compatibilité entre le rebelle et le misérable, et l’on procéda à la transfusion salvatrice.

Les deux en furent métamorphosés. Chaque jour, L’homme armé s’est enquit des progrès du misérable.

Des deux métamorphoses, j’ignore laquelle fut la plus réjouissante !

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