Caqueta, c’est deux fois la Suisse!

Interview de Serge Le Duc, Coordinateur des opérations à Caqueta en Colombie.  

La libération d’otages, les attaques militaires contre les FARC et les tentatives de médiation de Hugo Chávez ont dernièrement attiré l’attention médiatique sur le conflit colombien. Serge Le Duc, coordinateur de MSF tout juste rentré de Caquetá, département situé au sud du pays, a été le témoin direct des conséquences de cette violence sur les populations et leur état de santé: “Un grand nombre de personnes ont pris la route de Florencia et si une fois là-bas, ils sentent encore la menace, ils se sauveront vers Bogota ou plus loin encore”. Et en effet, Caquetá possède une histoire lourdement marquée par les conflits. “Les combats s’y sont récemment intensifiés, ce qui donne tout son sens à notre travail même s’il en devient d’autant plus difficile”, ajoute Serge après deux ans passés à gérer les différents projets de MSF dans le département.

Quels projets de MSF sont en vigueur dans le département de Caquetá?
MSF est active à Caquetá depuis 1999. Au cours des huit dernières années, divers projets ont vu le jour dans les régions rurales et urbaines. En 2005, à Florencia, la capitale départementale, MSF a ouvert un centre de soins pour les maladies mentales qui est toujours en service. Les équipes mobiles de soins médicaux de base, intégrant un encadrement en santé mentale, ont amorcé leur travail dans le nord du département en juillet 2007, soit dans les municipalités de Cartagena et San Vincente.

Est-ce que la population de Caquetá a accès à des soins de santé?
Dans les régions urbaines, la population a un accès intermittent à des soins à cause de la complexité et de l’exclusivité du système de santé colombien. À Florencia, l’hôpital Maria Inmaculada, le seul établissement de niveau secondaire dans le département, est aux prises avec de sérieuses contraintes financières. L’hôpital accueillait gratuitement les déplacés et les plus vulnérables de la population, mais il ne sera plus en mesure de le faire dû au manque de ressources.

Dans les régions rurales, les services sont encore plus difficiles d’accès. La population est très éparpillée dans cette vaste région. La superficie de Caquetá est deux fois plus vaste que celle de la Suisse. L’État possède un réseau de promoteur sanitaire dans le département, mais les conflits rendent l’accès aux régions impossible. Ces régions représentent exactement les endroits où nous souhaitons implanter nos projets.

De quelle façon travaille MSF en région rurale?
En 2004, une équipe de MSF a été gardée en captivité pendant une semaine par la guérilla et d’autres incidents ont mis notre sécurité en péril. Ces incidents ont mené à l’arrêt des interventions des équipes médicales mobiles.
En juillet 2007, une équipe de MSF a réussi à accéder aux régions rurales et nous avons pu organiser notre première clinique mobile offrant des soins de santé mentale.

Comment fonctionne la clinique mobile?

Les cliniques mobiles restent au même endroit pour deux à trois jours et regroupent une dizaine de personnes du personnel médical. Le matin, nous ouvrons à huit heures. Au triage, nous remettons des jetons selon que les gens ont besoin de voir un médecin, de se faire vacciner, de faire évaluer la croissance et le développement d’un enfant par l’infirmière, de consulter un psychologue, etc.

Quels défis attendent MSF au cours des prochains mois?
Nous avons choisi quatre sites que les cliniques mobiles visiteront sur une base trimestrielle. De cette façon, nous pourrons avoir un impact sur la santé publique. Nous travaillerons toujours de concert avec les promoteurs sanitaires du gouvernement pour collaborer avec les mêmes personnes lors de chaque visite dans le but de les former. S’il le faut, nous pourrons remettre en opérations le centre local de santé.
Le conflit en Colombie est très volatil et notre plus grand défi reste de faire preuve de flexibilité tout en étant prêts à répondre aux besoins qui se manifestent. Le fait de miser sur l’utilisation de cliniques mobiles qui peuvent changer de destinations selon l’évolution du conflit représente un volet particulier au projet.


 

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