Du changement. Encore du changement!

Par Benoît Degryse, psychologue à Port-au-Prince, Haïti

Tout comme dans L’Associé du Diable, où Al Pacino pontifie « vanité, tout est vanité », on pourrait disserter des heures sur « Tout est perception ». Alors que mardi et mercredi, le soleil se cachait encore derrière d’épais nuages comme pour ne pas éclipser la forte odeur de pneus brûlés, aujourd’hui, il resplendit augurant des jours meilleurs. La belle éclaircie de lundi aura duré une semaine avant de disparaître à nouveau dans le tourbillon de l’insatisfaction sociale. Bref, l’orage continue de gronder avec en toile de fond cette question: les changements engendrés seront-ils suffisants ? Loin de toutes considérations météorologiques, c’est le seul vrai souci du moment pour un million de personnes.

Des changements ! Mais quels changements ? Les personnes qui criaient famine la semaine passée (le prix du riz avait triplé en quelques mois) peuvent aujourd’hui acheter le riz 15% moins cher, et le Premier ministre (Alexis), après avoir essuyé un vote de censure du Parlement, rejoint les 90% des Haïtiens sans travail. Il en sera de même pour le reste du gouvernement lorsque le président Préval aura nommé un nouveau Premier ministre. On ne sait pas encore clairement qui ce sera.

Malgré la lutte pour la survie qui règne ici, Haïti espère toujours.  « Nous y croyons »: ces slogans apparaissent sur les murs avec la même régularité que les ouragans dans le ciel. Mais malgré cet espoir sans cesse renouvelé, on ne peut nier que la population perd doucement patience. Il suffit d’énumérer les présidents qui se sont succédés pendant deux siècles pour se faire une idée de l’état d’esprit des Haïtiens.

En attendant, la rue a repris sa tranquillité apparente, la ville ses habitudes, et les jours se suivent comme si rien ne s’était passé. On voit à nouveau des équipes de nettoyeurs, qu’on reconnaît de loin grâce à leur habit jaune. Ducas, le cuistot local en charge du barbecue et propriétaire du Chez Ducas, sans étoile, rôtit ses poulets pour les passants. Nos cliniques mobiles sont de nouveau présentes à Martissant. Et les banques, les supermarchés et les magasins sont de nouveau ouverts (sauf le bureau d’Air France, qui a été complètement pillé).  Ces changements seront-ils durables ? Seule cette question demeure.

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