Par Azzad, responsable logistique en République démocratique du Congo.
Je m’appelle Azaad et je suis le responsable logistique de l’équipe mobile d’intervention du Pool d’Urgence Congo.
Je viens de rentrer de la Province Orientale, après la campagne de vaccination contre la rougeole dans l’aire de santé de Makutano, dans la zone de Tshopo, à coté de Kisangani. Je ne vais pas vous parler des données médicales ou de la couverture vaccinale, car ce n’est pas mon domaine: je me suis occupé de la logistique et de l’organisation de la campagne, qui a été un succès, malgré les conditions difficiles dans lesquelles elle s’est déroulée. Dans cette zone, on ne peut se déplacer pratiquement qu’à pied: même les vélos – qui sont les moyens de transport officiel au Congo – ne peuvent pas rouler dans la forêt. Je pense qu’il est intéressant ici de vous raconter ce qui c’est passé du point de vue humain, de la fatigue et des satisfactions que j’ai éprouvées au cours de ces dernières semaines.
Avec mon équipe, nous avons marché pendant 20 jours et, même si un calcul précis est impossible, je pense que nous avons parcouru entre 300 et 350 km, avec une dizaine de porteurs pour les glacières pleines de vaccins, pour les cartons avec les seringues et tout le matériel médical et logistique.
On a rencontré beaucoup de difficultés, ce qui est normal dans une zone dans laquelle il est impossible de se déplacer si non à pied. Mais, j’ai eu beaucoup de satisfactions personnelles, et j’ai fait pas mal de nouvelles
expériences.
Jamais je n’aurai imaginé marcher pendant des jours et des jours dans une forêt presque vierge et arriver dans des villages dans lesquels la plupart des enfants n’avaient jamais vu un “mundele”, comprenez, un blanc. Jamais je n’aurai pensé traverser des marécages d’eau boueuse, sans bottes ni pantalon, en oubliant tous les animaux potentiels – surtout les serpents, que j’aurais pu trouver dedans. Jamais je n’aurai pu concevoir de traverser des ruisseaux ou des petites rivières sur des ponts instables fabriqués avec des troncs, ou de faire bâtir des radeaux pour traverser d’autres rivières plus larges. Jamais je n’aurais imaginer pouvoir résister des jours et des jours dans ces conditions, en me nourrissant de fufu et de viande de singe –pour le reste de mon équipe, de corned beef pour moi- et cela une seule fois par jour, à la fin de la marche. Jamais je n’aurai pensé me laver avec de l’eau qu’il serait plus correct d’appeler de la boue diluée. Et jamais je n’aurai pensé dormir pendant 20 jours dans une petite tente humide, qui, après la première nuit, n’a jamais plus séché.
Mais surtout jamais j’aurai pensé que j’allais trouver tout ça beau, juste, nécessaire et amusant.
J’ai passé un moment inoubliable et, mis à part la fatigue physique, je serais prêt à recommencer dans quelques jours.
Je garderai avec moi beaucoup de souvenirs: la douleur aux pieds du dernier jour, après 10 heures de marche effective dans la forêt. La terreur des enfants, aussi, effrayés par une chose qu’ils ne comprenaient pas et terrifiés par les pleurs des autres enfants qui passaient à la piqûre avant eux… puis leur soulagement lorsqu’ ils comprenaient que la douleur ne durait qu’une seconde.
La marche dans la forêt, enfin, parfois dans un silence seulement apparent, brisé par les oiseaux et les insectes, qui m’a bien aidé à me relaxer.

Je trouve brillante, cette idée des blogs de laisser vos collaborateurs de terrain parler de leurs conditions de travail; nous comprenons mieux le soutien dont ils ont besoin: et “Vive la créativité (des ULM, à l’usage de l’énergie solaire, par exemple…).
Encore et encore, et merci pour ceux et celles qui nous permettent de suivre les étapes du développement observé. Courage : je me rends compte du temps que cela leur demande. Soutenez-les !
Merci pour ces informations vivantes et spontanées.
Bien cordialement, Luc Bouckaert.