En tant qu’expatrié, le but d’aller travailler à l’étranger n’est, bien sûr, pas de rester dans son coin mais d’aller à la découverte d’autres populations, d’autres cultures. Le meilleur moyen: faire “ami-ami” avec le personnel local. Sarah Khoudja vit depuis un petit moment déjà au nord-Darfour, à Kebkabiya, où elle occupe le poste de promotrice de la santé. Alors pour rompre le quotidien, elle s’est recréée toute une petite vie là-bas, loin des siens. Marché, jardinage et mariages sont les quelques activités auxquelles elle participe bien volontairement même si cela ne l’empêche pas d’être et de rester une “Kawaja”. Une étrangère!
Il y a environ 15 jours, j’ ai été invitée au mariage d’une de mes home visitors. La première qui se marie depuis que je suis arrivée, je devais être présente. D’habitude les mariages où l’ on est invité, sont toujours un peu redondants. On place les “kawaji” en position centrale, (if they give you this central place, it is rather an honour!), on mange et comme on doit rentrer avant le couvre-feu, il est rare que l’on prenne part à la fête avec danses et musique.
Cette journée s’annonçait occupée vu que c’était aussi le jour de la mise en place du nouveau dispensaire et que j’avais prévu d’ aller jardiner pour embellir la nouvelle construction.
Lever 9 heures: pas le temps de cuisiner comme il se doit pour le p’tit déj’, douche et préparation pour le mariage: on évite le pantalon décoloré et le T-Shirt MSF, au Darfour, comme partout ailleurs, les gens aussi s’habillent pour les mariages!
10h : Laura, Anne (la nouvelle sage-femme) et moi partons pour Suk Janub. Toutes pomponnées, on est accueillie par Athnan avec un énorme sourire et un “Salaam Sarah” qui m’émeut à chaque fois. On commence notre travail de plâtrier et Athnan; consentant s’endort alors que ce qu’on lui impose doit être tout sauf agréable. Il a fait d’énormes progrès mais n’est toujours pas capable de marcher. Son père s’occupe de lui de façon incroyable, il le dorlote, le soutient et lui donne de l’affection comme il est rare de voir d’un père pour son fil, au Soudan.
Une fois les plâtres faits et les instructions données, nous voilà en route pour le mariage, avec environ 1h30 de retard.
Quand on arrive, les invités de 11h sont déjà partis mais on est tout de même accueillie avec liesse. Hannan, ma home visitor, m’attendait. Elle voulait que je l’aide à se préparer. Du plâtre au maquillage, il n’y a qu’un pas. Elle avait trouvé une robe de mariée style européen et un postiche pour pouvoir se faire un chignon sous le voile. Après une heure de travail, la voilà transformée en jolie poupée prête pour la cérémonie. Le seul hic : il n’y a pas de cérémonie avant 20 heures. Entre temps , elle va rester là assise toute l’après-midi pour recevoir la belle-famille venue lui présenter ses félicitations. Vers 17h, il y aura le cortège de la mariée, famille et amies (femmes exclusivement) qui se rendra chez le marié pour faire la fête et ensuite le ramener dans son nouveau foyer auprès de sa promise.
J’ai donc deux heures devant moi pour aller jardiner et décorer le nouveau dispensaire. 100 pots de fleurs à préparer et le ”mur végétal” de séparation homme/femme dans la zone d’attente. Sans oublier les décorations et jeux pour le centre nutritionnel. Quelques home visitors sont venus me prêter main forte pour mettre tout en place et je crois que nous avons fait du beau travail, il faut juste espérer que les plantes seront arrosées régulièrement!
Jardinage achevé me voilà repartie pour la seconde partie du mariage: le cortège. Tout le monde était prêt devant la porte de la mariée; on attendait encore quelques amies puis on s’est mis route vers la demeure du marié au rythme des chants traditionnels et du djembé; les offrandes pour le marié et l’encens sur un plateau en tête. Les mariages sont comme en Europe, l’occasion de rencontres. Les jeunes filles de notre cortège portaient de très beaux “taubs” (sorte de sari traditionnel) transparents sous lesquels on pouvait voir des jupes longues près du corps et de petits hauts sexy… Perchées sur des sandales à talon, elles déambulent en tête du cortège laissant un nuage de parfum derrière elles: les rites de séduction sont partout les mêmes. En chemin on croisa le cortège du marié, se créa alors un méli-mélo de chants, de cris, de parfums, difficile de maintenir le cap.
Puis nous voilà enfin arrivés chez le marié. Sous la tente, montée pour l’occasion, que des jeunes hommes, la musique à fond et les youyous des femmes de notre groupe. Une des coutumes est qu’une des jeunes filles doit attacher un brin de feuille en bracelet autour du poignet de chaque jeune homme à marier. Une fois tous les passages traditionnels achevés; ont commencé les danses et chants. Pour nous, juste le temps pour un avant-goût de ce qu’allait être la fête… il nous faut respecter le couvre-feu.
Ce fût une très belle journée et pour une fois je ne me suis pas sentie “Kawaja” mais une personne du groupe, sensation agréable qui me fait comprendre que les distances ne sont pas si difficiles à réduire, il faut juste prendre le temps d’être avec les gens, se donner pour pouvoir recevoir.
