Entre le 1 et le 7 septembre, Haïti a été frappée par les ouragans Gustav et Ike et par la tempête tropicale Hanna. Le personnel de Médecins Sans Frontières est arrivé aux Gonaïves, dans le nord d’Haïti, le 4 septembre et a immédiatement aider à nettoyer le centre de santé Rabouteau, qui est actuellement l’unique structure de santé en état de marche dans la zone. MSF effectue maintenant des consultations dans la zone. Max Cosci, chef de mission pour MSF est actuellement aux Gonaïves . Il y décrit la situation pour nous.
(Photos: © Francois Servranckx/MSF)
Quelle est la situation des gens là-bas? Dans quelles conditions vivent-ils?
Les gens vivent sur les toits de leurs maisons. Il y a des maisons avec des murs et des toits de béton donc les gens se sont arrangés un petit coin sur le toit. Beaucoup de gens fonctionnent de cette façon, et à d’autres endroits, où l’eau s’est retirée, les gens sont juste dans les rues ou vivent dans des abris provisoires. Apparemment, 114 abris temporaires abritant des personnes ont été identifies mais cette estimation n’est pas encore définitive. Nous pensons qu’il y aurait quelque 50.000 personnes sans-abris.
Quels sont les besoins médicaux et dans quel état de santé se trouvent ces personnes?
Pour l’instant, la situation médicale n’est pas dramatique. Nous sommes intervenus dès les premiers jours auprès des blessés, nous avons donc soigné les personnes les plus gravement atteintes, ou toutes les personnes qui avaient des blessures ouvertes parce qu’elles marchent dans l’eau sale ce qui peut infecter leurs plaies. Nous avons ensuite commencer à faire de la chirurgie, immédiatement suivie de consultations. Nous avons une équipe qui effectue des consultations, et deux autres médecins et trois infirmières qui s’occupent des références mais aussi de donner des consultations. S’il y a besoin, ils réaliseront des opérations chirurgicales en collaboration avec le Ministère de la santé.
Y-a-t-il encore des zones où MSF n’a pas pu mener d’évaluations à cause d’un problème d’accès ?
Excepté aux Gonaïves, il est très difficile d’accéder aux zones affectées afin de mener des évaluations indépendantes. Ce que j’ai vu de l’hélicoptère, c’est qu’il y a une grande zone qui est sous eau. Je dirais plusieurs kilomètres carré. Je sais qu’il y a encore certains endroits isolés que nous n’avons pas encore vus, simplement parce que nous ne disposons pas de beaucoup d’hélicoptères. Les seuls engins sur le terrain en ce moment sont des hélicoptères de l’armée. Il y a trois jours que nous avons mené notre dernière intervention (samedi 6 septembre), nous sommes allés dans une zone vallonnée où les gens avaient trouvé refuge au sec mais où ils étaient sans nourriture et sans eau depuis 5 jours déjà. Nous avons ramené les blessés avec nous dans l’hélicoptère des Nations unies et nous avons laissé de la nourriture et de l’eau aux autres.
Sur quelles activités se concentre votre équipe en ce moment?
En ce moment, j’essaye de coordonner les opérations pour toutes activités de santé. Nous avons une équipe active dans un petit centre de santé, le seul avec une capacité chirurgicale, ils travaillent là depuis mercredi. L’hôpital a été inondé et n’est pas en état de fonctionnement et, à de nombreux endroits, les centres de santé ne sont pas accessibles. Je fais un peu de tout en ce moment parce qu’il y a des besoins logistiques et qu’il y a de nombreux cargos qui arrivent à gérer.
Avez-vous vu des patients dont la situation vous a particulièrement affectée ?
Nous sommes allés chercher une femme avec notre voiture parce que son mari est venu nous prévenir qu’elle venait d’accoucher. Elle avait accouché lors de la tempête, et avait perdu le bébé, donc il l’avait enterré immédiatement. Le père m’a raconté qu’il avait juste creusé un trou dans le sol et mis le bébé à l’intérieur et qu’il était ensuite venu nous demander de venir en aide à sa femme. Elle faisait une hémorragie suite à la naissance, nous avons donc pris soin d’elle et aujourd’hui, elle se porte bien. Mais ils ont perdu le bébé.
