Infirmière néerlandaise, Maartje Hoetjes, 28 ans, travaille à l’hôpital MSF de Mweso, en République démocratique du Congo, depuis septembre 2008. Avant de rejoindre MSF, elle était infirmière pédiatrique à l’hôpital pour enfants d’Amsterdam. Elle a d’abord travaillé avec MSF à l’hôpital général de Kindamba, une petite ville au nord de Brazzaville, en République du Congo. Dans ce texte, elle évoque les petits tracas de tous les jours qui reflètent la réalité de la vie quotidienne dans les contextes d’intervention de MSF.
Jeudi matin. C’est le jour de ma visite hebdomadaire dans notre centre de Bukama.
Une fois par semaine, avec l’équipe nationale, nous évoquons les cas difficiles. Nous livrons les médicaments, et nous vérifions si tout se passe bien. J’assiste à quelques consultations, je contrôle la pharmacie et suis présente lors du triage: les patients sont accueillis, ils reçoivent leur carte de santé, et on prend leur température. Les enfants et les adultes qui font de la fièvre sont soumis à un paracheck, un nouveau test rapide qui permet de dépister la malaria.
À un moment donné, je constate qu’un aide-soignant n’indique pas l’heure des parachecks. Or, j’ai donné une séance d’information il y a deux semaines en insistant sur ce point: les assistants doivent noter l’heure à laquelle le paracheck est fait, de façon à pouvoir lire les résultats 15 minutes plus tard exactement. Avant ou après ce quart d’heure précis, les résultats ne sont pas exacts. Je demande alors à l’aide-soignant comment il fait pour compter avec précision ces 15 minutes. Il m’explique qu’il fait le paracheck et qu’il complète ensuite la carte de santé ; il pèse alors le patient et va lire ensuite les résultats du test.
Je lui dis qu’il sait tout de même bien qu’il faut attendre 15 minutes! Oui, me répond-il en ajoutant qu’il ne peut faire mieux. Il m’avoue ensuite en soupirant qu’on lui a pris sa montre. C’est la deuxième fois qu’on lui vole sa montre. Alors qu’il marchait dans le village, des individus l’ont stoppé sur son chemin, menacé et forcé de la leur donner. Et il n’a pas assez d’argent pour s’en acheter une nouvelle.
Je prends à nouveau en pleine figure la réalité de la vie quotidienne ici…. Un monde sans pitié auquel je ne me ferai jamais.
Par chance, j’ai une vieille montre dans mon sac à dos. Son bracelet est cassé mais elle fonctionne. Parfait pour vérifier l’heure des parachecks. J’espère qu’on ne la lui volera pas de sitôt !
