A Dziva avec “sale ragot”

joanna_2jpg.jpgJoanna est Grecque-américaine. Elle travaille comme responsable de la communication dans deux villes du Zimbabwe, Bulawayo et Beitbridge, où elle couvre une large gamme de sujets allant des programmes VIH/sida aux interventions d’urgence mises en place par MSF. En ce moment, elle couvre l’urgence choléra. Visite d’un bidonville de la capitale Harare en sa compagnie.

“Choléra, choléra!!” crient des petits enfants en courant derrière le mini-van de MSF qui se fraye un chemin sur les routes tremées des eaux usées et boueuses dans le bidonville de Harare, Dzivaresekwa (ou Dziva ou juste “étourdi” comme certains expats ont commence à l’appeler. Revayi, notre chauffeur rie et met la musique plus fort. Il utilise normalement son mini-van comme un combi (un transport privé pour les locaux). “Qu’est-ce que ton nom signifie Revayi?”, je lui demande en essayant de rester assise dans mon siège. Tous les noms des Zimbabwéens signifient quelque chose. Il me dit que ça veut dire “sale ragot”, parce que sa belle-mère racontait de sales choses sur sa mère lorsqu’elle était enceinte. Pour se venger, elle l’a donc appelé comme ça. Dominique se retourne et nous nous regardons, tous les deux assez étonnés de l’explication et ne sachant pas vraiment quoi répondre.

Je change de sujet et je demande à Dominique de m’en raconter un peu plus sur l’eau et l’assainissement et le projet qui consiste à essayer d’amener de l’eau potable aux résidents les plus vulnérables de la capitale Harare. Dominique moitié Français, moitié Canadien, jeune et fou, est obsédé par l’eau. N’importe quelle sorte d’eau: sale, propre, eaux usées. Il a des cheveux épais et noirs et des sourcils profonds et se laisse porter par son sujet favori.

Ils raconte donc très vite que dans le bidonville de Dziva que nous traversons, il y a en fait de l’eau du robinet mais que le système est tellement endommagé – les tuyaux ont explosé et les pompes cne fonctionnent plus – qu’il n’y a plus de pression. C’est justement ce qui a permis aux eaux usées, qui courent librement partout de bas en haut des tuyaux, d’infiltrer les système de distribution des eaux. Les gens boivent littéralement les propres excréments. “ Nous pouvions sentir les eaux usées dans le robinet”, explique-t-il alors que nous roulons encore dans une autre égoût à ciel ouvert l’odeur pestilentielle de la rue pénètrant peu à peu le mini-van , comme vous pouvez l’imaginer.

Nous nous arrêtons à un point d’eau MSF où nos équipes utilisent une solution très concentrée en chlore pour l’injecter dans les bidons d’eau et ainsi désinfecter l’eau. Il y a beaucoup de passants: des enfants, (l’école a recommencé au Zimbabwe mais il n’y a plus de professeurs), des femmes et des hommes, (80% sont au chômage). Beaucoup essaye de vendre n’importe quoi: des boîtes en carton, des parapluies arc-en-ciel, des mangues, des tomates, des avocats.

Dominique parle un peu avec les personnes qui s’occupent de la désinfection de l’eau. Il est stricte mais il rit également avec eux et tous sans exception veulent savoir quand il sera de retour pour contrôler leur travail. Je m’engouffre dans une maison proche. Les gens sont tellement accueillants ici au Zimbabwe. Les habitants de cette maison viennent me saluer et je leur demande s’ils ont des problèmes d’eau. Un des hommes présents dans la maison (qui abrite enfants, oncles, et frères) me montre le robinet qui s’écoule doucement dans un seau. Il me dit que la pression est comme ça depuis l’année dernière. Il dit qu’il ne peut pas laver d’affaires comme des couvertures. “Et vos toilettes?”, je lui demande. “Les toilettes?!”, hurle-t-il frustré, “elle sont bouchées depuis plus d’un an. Parfois, elles refoulent et nous devons les vider avec des seaux.” Il me montre ces latrines. Je plonge mon regard dans une masse profonde et verdâtre et je me dis que mes yeux me jouent des tours ou que la lumière est bizarre parce je la vois presque bouger ce qui n’est pas possible. Je retiens ma respiration et me penche un peu plus près. Je me rejette brusquement en arrière repoussée de dégoût, c’est une masse de milliers d’asticots grouillant. Je sors rapidement.

Je lui demande s’ils ont assez d’argent. Il envoie une des femmes à l’intérieur de la maison qui revient avec une fiche de paie. Il veut me montrer. Il gagne 13.742.381,818.1 dollars zimbabwéens par mois. Cela semble beaucoup sur le papier mais malheureusement, 13.000 milliards de dollars zimbabwéens équivaut à moins d’un dollar américain. Et demain, encore moins.

Je remercie toute la famille et je prends quelques photos des enfants et à leur grande joie, je leur montre le résultats. Je rejoins ensuite Dominique.

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