Jacques, Logisticien de l’ équipe PUC à Ango.
La scène se passe à la base de l’équipe du PUC à Ango, localité située dans le district du Bas-Uélé au Nord de la République démocratique du Congo.
On est lundi 18 janvier 2010. Il est 21 heures. L’obscurité couvre la cité. Tout le monde s’apprête à dormir après une journée bien remplie. C’est en ce moment que nous sommes alertés par un gardien de l’Hôpital Général d’Ango. Courant à grands pas et suant à grosses goutes, il tenait à sa main droite une lettre du service des urgences adressée au Dr Jehu. La base est alertée. Il y a urgence !
Hop sur la moto! Dr Jehu, responsable de l’équipe PUC à Ango, et moi même parcourons, comme un éclair, le 1,5 km qui sépare l’Hôpital Général de la base. Dans la salle d’urgence, un cas d’hernie étranglée. Pas une minute à perdre. Il faut une intervention chirurgicale, et cette nuit même, alors que ni le médecin chef de zone ni le médecin directeur de l’hôpital ne sont présents : ils ont été convoqués à Dingila. Seule personne capable de sauver cette vie, c’est le Dr Jehu.
Heureusement que la logistique avait, quelques jours plutôt, placé une installation électrique dans la salle d’opération. Cependant, un problème subsiste, voire deux : il faut trouver l’anesthésiste et la personne qui garde les clés du bloc. Ne connaissant pas Ango, nous (Michel, un collègue logisticien et moi-même) nous jetons dans cette obscurité pesante à la recherche de ces deux personnes dans la cité Kongo, une des deux cités qui composent Ango.
Il est déjà 22 heures. Les rues de Kongo sont désertes. Rue après rue, maison après maison, on s’informe auprès d’une population apeurée et presque paniquée. De bouche à oreille, la rumeur circule : « Les rebelles ougandais de LRA sont entrés dans la ville. Et l’équipe de MSF, puisse que toujours bien informée, profite de la nuit pour s’enfuir ». Malgré nos explications, le quartier est alerté. Certaines familles s’apprêtent à faire leurs valises.
Au bout d’une « aventure » de presqu’une heure et demie, nous retrouvons nos « fameux » amis, que nous ramenons à l’hôpital où nous attendaient Dr Jehu et son patient. L’intervention, qui du reste s’est bien déroulée, s’est achevée à 2 heures du matin.
La population de Kongo s’est étonnée, le matin, de nous voir encore à l’œuvre à l’hôpital général.Voilà dans quelle psychose vivent les habitants d’Ango. Chaque tombée de la nuit devient source d’inquiétudes.
