La Coupe du Monde de football 2010 est entrée dans sa phase finale et la fièvre qui s’est emparée de l’Afrique australe est toujours palpable, même au Zimbabwe, où je travaille comme infirmière pour un projet MSF de traitement du VIH/SIDA, au nord du pays hôte de la Coupe du Monde. L’enthousiasme pour cet événement est toujours présent et n’a pas faibli, malgré la déception causée par l’élimination des « Étoiles Noires » du Ghana.
Comme c’était la première fois que j’écrivais un blog, je me suis inévitablement demandé par quoi j’allais commencer. Mais après une discussion avec notre équipe mobile et le département information, éducation et communication (IEC), j’ai pris mon bâton de pèlerin pour aller interroger nos patients à propos des liens éventuels qu’ils perçoivent entre le VIH et le football. Il faut savoir par ailleurs que l’un des nombreux projets de l’IEC mis en œuvre par MSF à Bulawayo consiste à soutenir les activités récréatives mensuelles organisées par les groupes d’entraide de séropositifs.
Il y a au total 145 groupes d’entraide à Bulawayo, qui se réunissent chaque semaine. Et, une fois par mois, tous les districts (qui regroupent chacun dix de ces groupes), se réunissent pour jouer au football et au netball. MSF fournit le support logistique et matériel, ce qui comprend les ballons de football, les boissons, le transport et une trousse de secours. Nous soutenons également un programme de responsabilisation destiné à des personnes relais au sein des groupes d’entraide.
La semaine dernière, je suis donc partie à la rencontre de toutes ces personnes afin de savoir ce qu’elles pensaient du VIH, du football et de la Coupe du Monde.
Voici ce qu’ils m’ont dit :
Shedias, responsable d’un groupe d’entraide :
Shedias a suivi un traitement contre la tuberculose en 2002 et a découvert ainsi sa séropositivité.
Shedias : « Être séropositif, c’est comme un match de foot : soit on perd, soit on gagne. Moi, je suis un battant. En travaillant en équipe et en ayant une attitude positive par rapport à la vie, on peut ‘battre’ le VIH. Un des joueurs clés, c’est le gardien de but : c’est lui qui empêche le VIH de marquer des buts ! Le football, c’est aussi un jeu de rapidité. Ça bouge vite, comme le VIH, mais en jouant au football, nous pouvons aussi contribuer à la diffusion de messages importants concernant le VIH, en établissant des contacts et en partageant notre expérience ».
Junior, responsable d’un groupe d’entraide :
Junior a su qu’il était séropositif en 2006. Il a alors créé le groupe d’entraide « Victory », qui compte aujourd’hui 59 membres. Ils fabriquent des bougies, produisent du beurre de cacahuètes et ont tous un potager. L’argent issu de la vente de ces produits les aide à payer les frais de scolarité des enfants, ainsi que les médicaments destinés à traiter les infections opportunistes (ces médicaments ne sont pas toujours disponibles et ils doivent les acheter dans des pharmacies privées).
Junior : « Les médicaments anti-rétroviraux (ARV) sont comme les défenseurs d’une équipe de football. Ils empêchent les réinfections et nous aident à mener une vie sans trop de stress ».
Dick, membre d’un groupe d’entraide :
Dick a découvert sa séropositivité en 2009 et a commencé un traitement ARV en janvier 2010. Il est entraîneur de football de niveau 3 depuis 12 ans, et a contribué à la constitution d’une équipe qui a atteint le niveau national. Lorsqu’il est tombé malade, il a commencé à se retirer du football. Il a récemment fait part publiquement de sa séropositivité, ce qui l’a aidé à bien suivre son traitement ARV. Aujourd’hui, les membres de sa famille peuvent lui rappeler quand il doit prendre ses médicaments. Maintenant qu’il commence à aller mieux, il veut à nouveau plus s’impliquer dans le football.
Rencontrer des gens qui parlent ouvertement de leur séropositivité et qui la vivent de manière positive a été une expérience extrêmement enrichissante. Cela m’a convaincue que lutter contre le VIH, ce n’est pas seulement pouvoir se soigner aux ARV, c’est aussi être capable de conquérir l’aspect mental de cette maladie.
Joanne Sage est une infirmière australienne en poste actuellement à Bulawayo au Zimbabwe. Joanne a rejoint MSF en 2004 et a également travaillé au Soudan et en Ethiopie.
