PUC : comme la reine Elisabeth au Paris-Dakar

blog-puc-route.JPGLoin des lumières de Kinshasa et de Lubumbashi, nous sommes à Bendera, près du très poissonneux lac Tanganyika, au nord du Katanga. Nous ne sommes que des hommes, pas pour pêcher, mais pour assister environ 13.000 personnes éparpillées dans plusieurs villages. Ces gens ont fui des conflits entre deux groupes armés au Sud Kivu. Ils n’ont rien. Ils ont besoin de nourriture, d’abris et bien entendu de soins de santé. C’est là où nous intervenons. Concrètement, nous appuyons certains centres de santé du secteur. Mais comme on peut l’imaginer, ces structures sanitaires bien qu’existantes sont confrontées notamment aux sérieuses difficultés d’approvisionnement en médicaments et à l’obsolescence du matériel médical.

Avec Jean Kabwika, un infirmier expérimenté de l’antenne PUC de Lubumbashi, je fais partie de l’équipe « clinique mobile ». Deux infirmiers supplémentaires, des secouristes, des chauffeurs moto ont également été engagés à cet effet.

Ce matin, dès 7h, tout est prêt. Les trois motos ronronnent déjà et le matériel est installé sur les porte-bagages. C’est parti pour 30 à 60 minutes de course. Comme au Paris-Dakar, aucun détail n’est oublié : bosses, trous, boue, sable…sont au rendez-vous. Comme pour nous récompenser, voilà un beau soleil qui se lève derrière la haute chaine des montagnes de 2500 m, qui nous sépare du Sud-Kivu, d’où proviennent les milliers de personnes réfugiées ici.

Naturellement, quand on passe par des villages on est les stars de la route, et surtout moi : « Muzungu ! Muzungu !(homme blanc, en Swahili)». Pour les gamins, c’est la fête ! Et moi je me sens comme la reine d’Angleterre qui fait un Paris-Dakar, en saluant les villageois sur toute la route. On voit que les gens sont très reconnaissants. Parce qu’on est les seuls qui arrivent dans ces villages éloignés, où la route est difficile. Le grand problème demeure l’état de la route depuis Kalemie, ville portuaire sur le lac Tanganyika et dotée d’un aéroport, d’où arrivent tous les approvisionnements, à 120 km. Cette route constitue un vrai chemin de croix. Nos véhicules n’ont pas échappé à ce piège : trois de nos quatre 4×4 ont déjà été embourbés et deux moteurs sont morts.

Ici, nombre de déplacés sont aidés par des familles d’accueil. La population locale est hospitalière, mais bien pauvre. C’est difficile. Les premiers jours, c’était la folie. Il y avait une foule de gens qui voulaient se faire consulter. On était débordé. On a pu consulter environ 175 personnes. Ce sont surtout des consultations screening : rapidement, on sélectionne les patients gravement malades (crises de paludisme graves, infections des voies respiratoires aigues, anémie sévère, autres maladies infectieuses, malnutrition grave). Priorité aux personnes qui nécessitent un traitement rapide et éventuellement une hospitalisation. D’autres patients, se plaignant de maux moins urgents, étaient également soignés. On leur donnait rapidement des antidouleurs, des antiacide ou des pommades et on passait au patient suivant.

Heureusement, les semaines suivantes le nombre de patients a diminué. On a décidé de limiter le nombre à 100 par jour. Au-delà, la qualité de soins risque d’être menacée. Bref, on ne chôme pas. Inutile de vous dire que j’étais bien crevé les premiers jours.

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