Pakistan: “Je suis fatigué de devoir fuir ces inondations”

Ce jour-là, nous étions dans la campagne, à environ 80 kilomètres de Dera Murad Jamali, à bord de la clinique mobile. Nous avons aperçu une famille au bord de la route. Tous les autres habitants avaient fui. Cette famille restait assise là, au milieu de ces terres inondées. Le père, qui devait avoir une cinquantaine d’années, avait vraiment l’air épuisé. Il m’a expliqué qu’il était fermier et qu’il habitait avec sa famille dans un village situé à environ 200 km d’ici. Lorsque les eaux ont commencé à monter, le petit groupe a rejoint, à pied, une autre ville. Mais cette ville a été inondée à son tour et la famille a donc dû fuir à nouveau. Au total, ils ont dû fuir cinq fois : chaque fois que la famille se croyait enfin à l’abri des inondations, elle devait repartir à cause d’autres inondations. Et ils ont finalement atterri ici. Cela faisait donc des semaines que cet homme marchait et on lisait l’épuisement sur son visage. Il m’a regardé et il m’a dit : «Je suis fatigué de devoir fuir ces inondations. Je n’ai plus le courage de repartir. » Lorsque vous discutez avec des gens comme cet homme, vous vous apercevez que même si la situation s’est améliorée dans certaines régions, les choses empirent pour d’autres habitants.

Les cas de malnutrition se multiplient. La situation nutritionnelle était déjà problématique et les inondations n’ont fait qu’aggraver les choses. Nous avons mis en place un programme nutritionnel et avons déjà traité 722 enfants souffrant de malnutrition. Au départ, ce centre était intégré dans l’hôpital mais nous venons de lancer un programme qui est mis en œuvre via les cliniques mobiles. En raison des difficultés de mise en œuvre, nous avons dû respecter un schéma strict pour garantir le suivi de chaque enfant bénéficiaire. Si nous nous rendons dans un village le lundi et que nous y traitons un enfant, nous devons donc revenir au même endroit le lundi suivant pour assurer le suivi.

La malnutrition, un problème dans la durée

On s’aperçoit d’emblée que ces enfants souffrent de malnutrition. Ils sont maigres et frêles. Certains n’ont plus la même couleur de cheveux. Le noir de leurs cheveux s’est transformé en un brun étrange. Leurs yeux sont immenses et tristes. Hier, 53 nouveaux enfants ont été admis dans notre programme. La veille, nous avions enregistré 52 admissions et l’avant-veille, 55. La plupart de ces enfants seront suivis dans le cadre de ce programme pendant quarante jours au moins, le temps nécessaire pour constater une réelle amélioration de leur état de santé. Les cultures ayant été totalement détruites, le problème de la malnutrition se posera encore pendant un certain temps. Le programme est passé à la vitesse supérieure. Heureusement, nous disposons des ressources nécessaires pour faire face aux nouvelles admissions. Nous pouvons en outre solliciter de nouvelles ressources. Nous restons préoccupés par les nombreux cas de diarrhée et avons traité 713 personnes dans le centre que nous avons ouvert. Malgré une stabilisation, la situation reste préoccupante. Maintenant que les eaux se retirent, un nouveau problème risque de se poser avec le retour des habitants dans leurs villes et villages : celui de la contamination de l’eau, qui n’est donc plus potable. À Dera Murad Jamali, nous avons désinfecté l’eau et distribué 450 mètres cubes par jour aux habitants à l’aide de camions-citernes. Telle est la quantité minimale nécessaire en situation d’urgence pour 45.000 personnes environ. Nous construisons également des latrines. Nous nous préparons ainsi au retour des habitants dans leurs villages. Le recul et la stagnation des eaux favorisent la prolifération des moustiques. Il existe dès lors un risque d’épidémie de malaria ou de dengue. Dans la région, il n’y a jamais eu de réelle épidémie de malaria. Si c’était le cas, nous serions confrontés à une situation vraiment difficile. Face à ce risque, nous avons déjà commencé à modifier les kits d’hygiène distribués aux habitants pour y inclure des moustiquaires.

Malgré ces difficultés, MSF poursuivra ses interventions dans la région. Nous étions au Baloutchistan avant les inondations, mais jusqu’ici, les habitants n’avaient pas conscience de l’importance de nos activités médicales. Ils nous voient aujourd’hui travailler, ils nous connaissent et apprécient ce que nous faisons. C’est une bonne chose pour nos équipes et cela les encourage à renforcer encore les activités.

James Kambaki – Coordinateur de projet au Baloutchistan

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