Mission à Titule : J-1 !

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Mardi 7 septembre, J 22.  

Ces trois derniers jours ont filé à une vitesse folle. L’ultime planification de la phase 1 de la vaccination a demandé à tous énergie et concentration. De longues discussions animées ont eu lieu entre médicaux et logisticiens. Samedi, nous étions prêts à envoyer la première équipe sur les sites de vaccination, les autres sont parties dimanche matin. Les réveils ont sonné tous les jours entre 4h et 5h30 du matin, les mines étaient joyeuses mais chiffonnées…  

Aujourd’hui, c’est jour J – 1. Pour les médicaux, c’est la dernière ligne droite et la formation des préparateurs et vaccinateurs. Le nombre de vaccins que nous avons reçu ne nous permet qu’une toute petite marge de pertes, il est donc primordial pour les équipes techniques d’être formées au mieux pour que nous ne manquions pas de vaccins pour tout le monde. Pour les logisticiens, c’est le dernier jour pour approvisionner les sites en glacières et accumulateurs, le dernier jour pour délimiter les circuits, pour baliser les écoles, les églises, les paillottes, les espaces dégagés que nous allons utiliser pour installer les sites de vaccination. Les motards, chargés de toutes sortes de matériel, font des allers-retours toute la journée entre la base de « Titule-centre » et les villages aux alentours. Les routes sont boueuses, les obstacles nombreux et ils reviennent généralement usés et courbaturés par ces trajets harassants.

Pour moi, les journées commencent également très tôt. Juste avant le départ des équipes, on refait les comptes pour les journées à venir: combien de nuits passées sur le terrain, combien d’équipes de vaccination, combien de brassards à donner au staff, combien de pirogues à louer. Une fois que tout le monde est parti, le rythme diminue, le silence s’installe. Vers 17h, avec le ronronnement des motos, on fait les décomptes, les debriefings, la réunion quotidienne, et la journée recommence.  

Nous engageons de nombreuses personnes ces derniers jours : pour nettoyer l’école de Titule que nous allons utiliser comme centre de vaccination (en cette période de congés scolaires, les chèvres ont remplacé les élèves…), pour aider à la chaîne de froid, pour construire une fosse à déchets à l’hôpital, pour convoyer notre véhicule en cas d’embourbement, pour lessiver les vêtements boueux des équipes qui rentrent du terrain… Nous essayons de répartir les quelques jours de travail, mais nous ne pouvons pas engager tout le village. Les demandes sont nombreuses et tous les jours, une dizaine de personnes viennent me proposer leurs services. Depuis samedi, ce sont des enfants qui, timidement, frappent à ma porte. Les plus âgés doivent avoir 14 ans… Je leur explique que je ne peux pas les engager, mais ils restent les yeux fixés sur moi, le doigt en bouche, espérant peut-être que je vais changer d’avis… Même si nous ne parlons pas la même langue, on se comprend. Alors, ils sortent du bureau, restent assis sur le pas de la porte quelques instants, ils chuchotent et rigolent en me regardant tapoter sur l’ordinateur.   

Demain, nous pourrons répondre aux questions que nous nous posons : les crieurs ont-ils bien fait passer le message ? Les gens vont-ils venir en masse dès le 1er jour ? Vont-ils venir tôt le matin ou après le travail aux champs ?  Les préparateurs seront-ils prudents lors de la manipulation des vaccins ? L’excitation est palpable au sein de l’équipe et nous sommes prêts à accueillir la population demain aux aurores. Entouka, vraiment, nous sommes confiants ! 

Amélie Deprez est en charge de l’administration et des finances au PUC (Pool d’Urgence Congo).

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