Sud-Soudan: être prêts à toute éventualité

Terri Morris est Chef de mission pour les projets MSF à Yambio et à Raja, au Sud-Soudan. Tandis que les regards du monde se braquent sur le résultat du référendum qui a eu lieu au Sud-Soudan, Terri décrit les défis que nous réserve l’avenir en matière d’aide humanitaire d’urgence dans un contexte déjà complexe.

Pourquoi MSF a décidé d’intervenir à Yambio ?
MSF a une longue histoire dans l’Équatoria occidental. Notre présence a commencé à Yambio en 2004, avec un programme contre la maladie du sommeil. Après le succès de ce programme, qui a réussi à faire chuté la prévalence de la maladie sous le seuil d’urgence, nous avons changé l’orientation du programme pour réagir à la flambée de la violence dans cette région en décembre 2008, lors de ce que nous appelons aujourd’hui les Massacres de Noël, perpétrés par les rebelles ougandais de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA – Lord’s Resistance Army). Le principal objectif de ce programme était – et reste aujourd’hui encore – de fournir une aide médicale et humanitaire aux victimes de la violence à Yambio et dans ses environs lorsque les besoins se présentent.

Plus de 20 années de guerre civile au Soudan et l’augmentation des violences de la LRA ont conduit à une pénurie de personnel qualifié et affaibli la capacité du Ministère de la Santé à fournir le personnel et les ressources nécessaires pour apporter des soins de qualité et pour équiper, réparer et conserver ses infrastructures. La population de cette zone, tout comme la majeure partie du Sud-Soudan, n’a qu’un accès très limité aux soins de santé de base, ce qui rend la présence de MSF dans la région encore plus indispensable.

Quel type d’aide psychologique apportez-vous aux victimes de la violence ?
Notre réponse en matière de santé mentale est à la base de notre projet à Yambio. Notre longue expérience avec les victimes de conflits nous a appris que les populations touchées par des conflits sont avant tout exposées à des traumatismes. Ces traumatismes ont un impact énorme sur leur santé mentale et sur leur capacité à reprendre une vie relativement normale. Nos équipes spécialisées travaillent avec des personnes déplacées et des réfugiés, des victimes de la violence, des enfants enlevés et des victimes d’agressions sexuelles, afin de les aider à surmonter leurs traumatismes. Grâce à des séances en groupe et individuelles, ces équipes leur offrent un exutoire pour leurs peurs et les aident à retrouver de meilleures perspectives d’avenir.

Dans quelle mesure l’indépendance de MSF permet-elle de réagir aux situations d’urgence, comme celles induites par la LRA et celles qui pourraient surgir cette année ?
Le fait d’être MSF a deux avantages dans ce pays. Premièrement, notre capacité de réagir aux besoins de manière rapide et efficace et de mettre en œuvre une réaction humanitaire de qualité est garantie par l’indépendance de nos actions et par le niveau des nombreux effectifs et ressources dont nous disposons. Deuxièmement, notre indépendance est capitale pour le travail dans un contexte comme celui du Sud-Soudan, surtout dans les régions où certains acteurs sont armés. Pour pouvoir entrer en contact avec la population afin de l’aider, il est essentiel que nous soyons perçus comme neutres, impartiaux et indépendants par toutes les parties concernées et que notre objectif premier soit médical et humanitaire.

L’insécurité peut parfois interdire ou limiter notre accès à la population, ce qui demeure une de nos principales préoccupations. C’est particulièrement vrai pour l’Équatoria occidental. En effet, si la LRA redouble de violence dans cette région, la situation peut alors évoluer de façon imprévisible et nous devrons dans le même temps nous tenir prêts à intervenir pour porter assistance aux victimes tout en assurant notre propre sécurité.  C’est une question importante et c’est pourquoi il est essentiel de pouvoir accéder ­­– et de garantir cet accès sans restriction aucune – à toutes les zones afin de pouvoir venir en aide à toutes les communautés..

Le Sud-Soudan traversera des changements politiques importants au cours des prochains mois. Que fait MSF pour se préparer à l’éventualité d’une flambée de la violence ou de déplacements de la population ?
MSF n’est pas en mesure de prédire quels effets pourraient ou ne pourraient pas apporter les changements politiques. Toutefois, se préparer pour faire face aux conséquences de la violence contre la population – les victimes risquant d’être très nombreuses – fait partie intégrante de nos activités. Si nous prenons au sérieux notre préparation aux violences potentielles – d’une ampleur variable – liées au référendum ou aux solutions qui en découlent, nous devons être prêts à augmenter nos ressources et à intervenir de manière efficace. Cela implique un plan d’urgence disposant de tous les moyens nécessaires en vue d’aider un grand nombre de victimes, y compris une augmentation de la capacité chirurgicale, des ressources humaines, des formations et une zone réservée dans les deux hôpitaux où nous pourrons trier et soigner un plus grand nombre de patients. Dans un pays où les besoins humanitaires sont déjà énormes, MSF doit se préparer à toute éventualité et à toute augmentation des besoins, qu’elles soient dues à la violence ou au retour de réfugiés revenus du nord du pays ou de l’étranger.

N’oublions pas que le Sud-Soudan est un pays qui présente des risques d’épidémies et d’urgences médicales importants. Il est très probable que nous assisterons cette année – comme les années précédentes – à des flambées de maladies telles que le choléra, la méningite et la rougeole, ainsi qu’à des pics mortels de malaria dans certaines régions. Quand nous parlons de nous préparer à l’urgence, il ne s’agit pas seulement du résultat potentiel des changements politiques que le pays traverse actuellement. Les lacunes actuelles sont énormes et il est probable que les besoins ne feront qu’augmenter à court ou moyen terme.

Est-ce que MSF envisage la possibilité d’une amélioration de la situation sanitaire suite à la création d’un nouveau pays ?
Au Sud-Soudan, la possibilité pour la population d’accéder aux soins ne changera probablement pas, du moins pas dans un avenir immédiat. Les carences actuelles sont tellement grandes au Sud-Soudan que le pays doit remonter une pente très raide sans quasi aucune aide extérieure. Nous pensons qu’il pourrait s’écouler un certain temps avant que le Ministère de la Santé ne soit en mesure de fournir les ressources adéquates pour répondre aux besoins de la population.

MSF apporte une aide humanitaire et médicale d’urgence au Sud-Soudan depuis 1979. Actuellement, MSF gère 27 projets dans 13 états dans tout le pays et y assure les services suivants : soins de santé primaires et secondaires, réaction aux urgences lorsqu’elles se présentent, aide nutritionnelle, soins de santé génésique, traitement contre le kala-azar, aide psychologique, chirurgie, soins pédiatriques et obstétricaux.

Cette entrée a été publiée dans Récit du terrain, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>