“Ces populations vivent avec à peine de quoi survivre”

Nenna travaille comme infirmière volante auprès des communautés dans le camp de Dadaab, dans le nord-est du Kenya, où MSF travaille. Ce camp est l’un des plus grands au monde, avec 350.000 personnes. Nenna prend soin des refugiés qui arrivent par milliers de la Somalie toute proche, fuyant la violence, l’insécurité et la sécheresse. C’est sa quatrième mission avec MSF ; c’est aussi le plus grand projet dans lequel elle a jamais travaillé et, à ce jour, c’est son plus grand défi.

« Tout a commencé lorsqu’Abu, notre officier de liaison, m’a annoncé qu’une vague de personnes venaient tout juste d’arriver et s’installaient en dehors des limites du camp de réfugiés. C’était en septembre. Nous sommes tout de suite allés les voir pour « évaluer la situation ». Sauf que ce n’était pas une « situation ». Il s’agissait d’un groupe d’êtres humains vivant dans des conditions que la plupart d’entre nous ne peuvent imaginer : sans abri, sans bâche en plastique et avec très peu de nourriture. Des enfants avaient même été tués par des hyènes, car ils étaient sans protection. Les hommes dormaient la journée pour tenter de protéger leurs familles la nuit. Malheureusement, les femmes qui sont arrivées seules nous ont dit que les hyènes étaient le cadet de leurs soucis.

La plupart de ces « nouveaux arrivants » viennent de Somalie et ont fait un long voyage, souvent à pied, pour venir jusqu’ici. Certains se sentent perdus, effrayés ou tiennent des propos incohérents. Ils arrivent à Dagahaley après avoir enduré un voyage à pied de 16 jours depuis Mogadiscio pour échapper à une violence permanente. La majorité a perdu de la famille suite à une mort violente, d’autres ont même été violés ou battus. Certains arrivent blessés ou amputés. D’autres encore ont perdu un membre de la famille au cours de leur périple vers la sécurité. Pour beaucoup, le voyage en lui-même s’est révélé tout aussi dangereux que le chaos qu’ils fuyaient. Les bêtes féroces, les bandits, le climat, la maladie, la faim, la soif. Ils ont quitté leurs foyers sans provision. Pas de nourriture, pas d’eau. Juste les vêtements qu’ils avaient sur le dos. Les plus chanceux ont emporté un ou deux effets personnels. Quelque chose d’aussi modeste qu’un jerrican pour l’eau, ou peut-être une bouilloire.

Nous nous sommes donc concentrés sur cette zone où les nouveaux arrivants s’installent. Ici, la situation est clairement une urgence humanitaire. Ces populations vivent avec à peine de quoi survivre.

Deux semaines pour des rations

A leur arrivée, les réfugiés sont souvent malades. Ils attendent en moyenne deux semaines pour obtenir des rations, alors que l’état nutritionnel des adultes et des enfants est désastreux. En premier lieu, j’ai mis en place un groupe de travailleurs communautaires pour pouvoir évaluer l’état de santé des enfants et des femmes enceintes. Nous avons mis les patients à l’arrière de la voiture – dont beaucoup d’enfants malnutris et malades, nous les avons ensuite déposés au centre de santé ou à l’hôpital en fonction de leur état. Une maman enceinte a eu une complication. Elle a malheureusement perdu son bébé, mais elle a survécu. Un autre bébé est arrivé trop tard à l’hôpital. Ils ne pouvaient plus rien faire. Mais les autres… les autres peuvent s’en sortir.

Nous avons organisé des vaccinations: Avec une équipe de travailleurs communautaires et un porte-voix, nous avons dressé une table sous un arbre. La dernière fois, 257 enfants ont été vaccinés en deux matinées. La plupart d’entre eux n’avaient jamais été vaccinés. Ainsi, nous empêchons l’apparition de maladies et nous protégeons les enfants contre les maladies mortelles ou évitables.
Nous avons proposé de construire un centre de soins temporaire, qui a ouvert le 15 mars dernier. Les quelques 10 000 personnes qui sont ici ont de la difficulté à accéder aux centres de soins existants, à cause de la distance, ou parce qu’ils ne connaissent pas la configuration du camp et les services qui sont offerts. Le jour de l’ouverture, nous avons fait 165 consultations et avons admis 98 personnes dans notre programme nutritionnel. Depuis lors, 110 personnes sont suivies par jour, en moyenne.

Parfois, je me sens dépassée par l’ampleur de la réponse à mettre en place, mais j’essaie de me concentrer sur ce que je peux faire : former le personnel de soins communautaire à mieux identifier les populations qui doivent être rapidement prises en charge. Former l’équipe qui s’occupe des pansements pour qu’ils puissent dire quand une plaie est infectée ou ne cicatrise pas bien. Gérer 100 personnes du centre de santé et 78 travailleurs communautaires. Les dimanches ne viennent pas souvent et ne durent pas assez longtemps, c’est sûr.

En dépit de toutes ces difficultés je sais vraiment que je fais une de mes meilleures missions. C’est tellement essentiel de pouvoir venir ici, dans cette zone, et d’aider ces gens qui viennent de traverser la frontière et qui sont dans le besoin. »

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