Samir (nom fictif), âgé de 33 ans, était agent de santé communautaire auprès d’une organisation non gouvernementale dans l’État du Nil Bleu, au Soudan, où des affrontements ont lieu actuellement. Durant la guerre civile au Soudan, il a passé 10 ans dans un camp de réfugiés en Éthiopie avant de pouvoir retourner chez lui en 2005. Aujourd’hui, il est de nouveau inscrit comme réfugié avec sa femme et ses enfants dans un camp à Doro. Il a raconté au personnel de Médecins Sans Frontières (MSF) le périple qu’il a fait avec sa famille pour fuir l’insécurité.
Cela a été très difficile pour ma famille et moi d’arriver jusqu’ici. Nous sommes partis de très loin, et cela nous a pris environ une semaine et demie de marche avant d’atteindre Doro. Nous avions des enfants qui étaient trop petits pour marcher longtemps. Ma femme et notre aîné de 11 ans portaient chacun un jumeau sur leur dos, tandis que je portais nos biens et nos provisions. Les autres enfants – âgés de neuf, sept et quatre ans – marchaient avec nous. Le petit de quatre ans pouvait marcher, mais se mettait à pleurer au bout d’un moment.
Durant le trajet, les enfants avaient très faim, et plusieurs d’entre eux avaient la diarrhée. Il faisait chaud et nous avons bu de l’eau qui n’était pas salubre. Mais nous avons quand même réussi à atteindre le camp.
Chaque matin, nous commencions notre route très tôt. Nous marchions pendant quatre heures avant de nous reposer au pied d’un arbre. Si les enfants étaient trop fatigués, nous campions là pour la nuit. Ils mangeaient le peu que nous avions à leur donner et jouaient. Mais dès qu’on leur annonçait qu’il était temps de reprendre la route, leur mine changeait subitement. Ils connaissaient l’épreuve qui les attendait et se mettaient à pleurer. S’ils avaient la force de marcher, nous continuions encore pendant quatre heures supplémentaires. Nous cherchions toujours un endroit avec un point d’eau.
Les enfants me demandaient : « Où allons-nous? » Ils voulaient rentrer à la maison. Je leur expliquais qu’on fuyait la guerre. Il nous fallait trouver un endroit en sécurité.
Ici, il y a beaucoup de problèmes. Nous restons seulement parce que l’endroit est sûr; nous pensons que nous serons en sécurité ici.
Mais il fait très froid la nuit. Nous allumons un feu, parce que nous n’avons ni draps ni couvertures. La seule source d’eau disponible est une pompe à main qu’utilisent les gens d’ici. Nous sommes nombreux à arriver ici et nous devons partager l’eau avec les habitants de la région.
Parfois, ma femme va à la pompe tôt le matin et ne rentre que tard le soir avec de l’eau. Elle doit parfois attendre jusqu’à 12 heures, dès le lever du jour jusqu’à tard dans la journée. Et si elle quitte la file, elle perd sa place.
Les gens savent que MSF offre des services médicaux dans cette clinique. Si MSF n’était pas venue, nous aurions souffert davantage. On entend les gens dire à quel point ils sont heureux que la clinique leur offre de l’aide.
Je veux juste dire au monde que nous avons besoin d’aide, de beaucoup d’aide, de leur part. Nous sommes venus dans un endroit où nous sommes protégés, mais le problème de sécurité que nous avons fui a été remplacé par celui de l’insécurité alimentaire. Je resterai ici jusqu’à ce que la paix revienne dans ma terre natale. Mais j’ai bien peur de devoir rester ici pendant très longtemps…

Je suis triste, triste pour tous ces gens qui sont victimes de violence où que ce soit.
Je voudrais pouvoir faire plus que ce que je fais pour vous, cela me paraît si peu.
Vous savez, je pense très souvent à toutes ces personnes, sans les connaître, et à vous qui leur donnez un peu d’espoir. Quand on perd l’espoir, on perd tout.
Courage.