Un long périple aux confins du Congo

Pour un médecin, travailler à Lulimba, une ville isolée à l’est de la République démocratique du Congo, est un vrai défi.

La République démocratique du Congo est le pays de tous les extrêmes… Alors que l’État regorge de précieux minéraux, un enfant sur cinq meurt avant d’avoir atteint son cinquième anniversaire. Ici, les longs trajets font partie de la vie de tous les jours. Sur les 153.497 kilomètres de routes qui traversent cette nation d’une superficie égale aux deux tiers de l’Europe, seuls 2.749 sont goudronnés. Sitôt sorti de la périphérie de Bukavu, la capitale de la province du Sud-Kivu, les routes ne le sont plus.

Deux jours en 4×4
Je dois me rendre à Lulimba, une petite ville isolée de l’est de la RDC. Elle est située à 300 km de Bukavu, mais le trajet prend deux jours en 4×4. Impossible d’y aller en avion : la piste d’atterrissage en terre, autrefois entretenue par des missionnaires qui ont quitté la région depuis bien longtemps, est cahoteuse et pleine de nids-de-poule. Les secousses, alors que nous parcourons les pistes en terre rouge et traversons des rivières où les enfants s’éclaboussent (je me demande combien d’entre eux sont porteurs des vers qui transmettent la schistosomiase), ainsi que les brefs échanges avec des hommes armés m’empêchent d’étudier la grammaire française ouverte sur mes genoux.

Mais ce n’est rien par rapport au chemin que j’ai moi-même parcouru avant de devenir médecin en RDC. Avant d’étudier la médecine, j’ai travaillé comme reporter de guerre en Bosnie, en Afghanistan, etc. J’étais sur le terrain et j’écrivais à propos des réfugiés, des guerres civiles, des troubles politiques…

Les journalistes fréquentent souvent les hôpitaux et les cliniques, car ce sont les meilleurs indices de la souffrance des populations piégées dans les conflits. J’ai discuté avec des médecins et des infirmiers le long de nombreuses lignes de front et plus je leur parlais, plus j’avais du mal à me contenter de prendre des notes, alors qu’ils risquaient leur vie pour soigner les malades et les blessés, souvent avec un minimum de médicaments et de matériel. J’ai donc rangé mon bloc-notes et je suis rentré dans une école de médecine à Londres.

Lourdes responsabilités
Dix ans plus tard, alors que je passe devant un bar peint en bleu marine et appelé Clinique de la Soif, je m’inquiète de l’augmentation soudaine de mes responsabilités médicales. Au Royaume-Uni, je m’occupe de patients dans un service d’urgences surchargé, mais je ne dois pas m’affoler si j’ai besoin d’antibiotiques ou d’une radio du thorax. En RDC, où l’indice de développement humain des Nations unies est extrêmement bas, les ressources sont limitées. On m’a déjà prévenu qu’en plus des consultations, je devrai faire l’inventaire des stocks de l’hôpital, éventuellement faire face à des épidémies de choléra ou de rougeole et contribuer à la mise en place d’un traitement pour les patients coinfectés par la tuberculose et le VIH, deux pathologies complexes souvent accompagnées de conditions sociales difficiles, ce qui complique terriblement l’instauration des traitements partout dans le monde, et en particulier dans une ville reculée comme Lulimba.

À notre arrivée, je constate que notre camion, qui transporte environ une tonne de précieux médicaments, est embourbé en travers de la rue principale. Les petites maisons faites de terre crue et de chaume ne sont pas raccordées à l’électricité. L’équipe de MSF arrive à l’hôpital de la ville – deux bâtiments d’un étage chacun en briques de terre crue et avec un toit en tôle – et nous expliquons au personnel notre intention d’instaurer la gratuité des soins de santé. Ce soir-là, le personnel enlève avec enthousiasme les affiches indiquant les prix des traitements.

La rumeur se répand durant la nuit. Le lendemain, une foule de femmes portant des vêtements en coton bariolés se rassemble devant le service des consultations avec, dans les bras, des enfants fiévreux et qui toussent, dans l’espoir de les faire ausculter gratuitement. Georges, l’un des infirmiers, semble un peu désespéré dans son habit blanc. « Maintenant que le traitement est gratuit, tout le monde va venir ! », explique-t-il.

En septembre, avant l’arrivée de MSF, 231 patients se sont rendus à l’hôpital. En une semaine, nous en avons déjà reçu plus de 300.

L’hôpital est situé sur une prairie luxuriante, à basse altitude, au pied des monts Mitumba, au Kivu. La beauté du paysage contraste avec les besoins désespérés de la population en matière de soins de santé. Lors de ma première journée sur place, je découvre un enfant de 14 mois dans le département de pédiatrie, qui pèse à peine 5 kg. Il souffre de marasme nutritionnel, une forme grave de malnutrition qui donne à l’enfant l’air d’un vieillard. Il doit partager un lit vétuste avec un autre petit malade, parce qu’il n’y a pas assez de lits pour bébés. Avec Pierre, un infirmier, je le soigne contre la tuberculose, qui est sans doute à la base de sa malnutrition, et instaure un régime alimentaire thérapeutique prudent. Pierre, qui a beaucoup d’expérience de ce genre de cas, est optimiste.

Césarienne à haut risque

Les médecins de l’hôpital, Serge et Albert, me demandent d’assister à une césarienne dans le bloc opératoire, une pièce vide, sans électricité ni lampe. La journée, ils dépendent d’une lucarne en plastique percée dans le toit pour voir ce qu’ils font et, la nuit, ils utilisent des lampes frontales. Ils ont peu d’espoir que le bébé survive, étant donné que la mère a fait une rupture utérine. L’opération a pour but de la sauver. Mais grâce à quelques bouffées d’air insufflées dans les poumons du bébé par un ballon respiratoire, la petite fille laisse échapper un cri. La mère et le bébé vont bien.

Le conflit en RDC est à la base des problèmes de santé à Lulimba. En 2009, l’hôpital a été attaqué par un groupe armé qui a détruit et volé une grande partie de ses maigres réserves. Si les besoins sont déjà énormes à Lulimba, vous pouvez facilement imaginer leur ampleur dans les régions encore plus reculées du Congo. Pour arriver à Lulimba, nous avons dû traverser Forêt 17, un lieu-dit connu pour son banditisme et pour le va-et-vient constant des groupes armés qui sillonnent le Sud-Kivu. L’infirmière en chef d’un poste de santé isolé de la région explique que les récents combats ont poussé des centaines de villageois à se réfugier dans la forêt. Là-bas, ils n’ont aucun moyen de lutter contre le paludisme, la pneumonie, les diarrhées et autres maladies curables qui continuent de faire tant de morts au Congo.

Chris Bird

Ancien reporter, Chris Bird est aujourd’hui médecin pour Médecins Sans Frontières à Lulimba, en RDC.

Ce post a d’abord été publié sur le site du Guardian.

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3 réponses à Un long périple aux confins du Congo

  1. simon mupassa dit :

    MERCI pour votre apostolat au congo, c est grace a des hommes comme vous que l espoir pour un congo nouveau est permis…..Courage votre abnegation sera un jour recompacee par c vie que vs sauves;TOUT SIMPLEMENT MERCI QUE DIEU S SOUVIENE DE VOUS CHRIS

  2. Tiembe Maddy dit :

    Triste réalité que celles des populations congolaises des milieux ruraux! merci d’aller à leur rencontre Chris Bird et de leur apporter cet appui médical, cela sauve des vies.

  3. tshibangu dit :

    Merci pour vos apports à ces populations abandonnées et meurtries !
    Mais ce que vous voyez pourquoi vous ne le dites pas à vos gouvernements qui
    cherchent à maintenir au pouvoir un homme rejeté par la population !
    A son époque STANLEY avait convaincu la communauté internationale de son temps de retourner au Congo !
    Vous, à travers vos récits et les réalités du terrain, dites à vos gouvernements de ne pas soutenir des gens qui n’ ont rien à faire de la population.
    Et puis la fraude pendant ces élections a été constatée par tout le monde !
    Pourquoi s’ entêter à soutenir un homme que le peuple rejette aussi fortement ?
    NOUS VOUS EN SUPPLIONS, SOUTENEZ CE PEUPLE QUE VOUS VOULEZ AIDER ! SINON VOS LARMES SONT DES LARMES DE CROCODILE !
    BARTHÉLEMY TSHIBANGU

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