Flashback : mes premiers pas chez MSF

Qu’est-ce que cela fait de travailler pour MSF? Dans un pays étranger, loin de tout ce que l’on connaît, dans des conditions difficiles? Lorna Adams, une doctoresse canadienne raconte son quotidien au Soudan du Sud…

Il y a bien longtemps, je me suis dit un jour que je travaillerais volontiers pour une association comme MSF. MSF est neutre, impartiale et non-confessionnelle et elle travaille dans tous les contextes difficiles. Elle semble toujours prendre les bonnes décisions, avoir des principes moraux. Ça m’est apparu très clairement lorsque l’association a annoncé publiquement, peu de temps après le tsunami de 2004, qu’elle n’allait plus demander de dons pour cette urgence. La générosité des donateurs pour les victimes du tsunami avait été telle que MSF n’aurait pas pu utiliser tout l’argent reçu de manière appropriée et opportune. D’où sa proposition de restituer les montants versés aux donateurs qui le souhaitaient et l’annonce que les fonds non restitués seraient utilisés pour d’autres projets en mal de financement.
J’ai longtemps mûri ma décision de poser ma candidature chez MSF. Le problème, c’est que l’association demande un engagement d’une assez longue durée – 6 mois minimum, mais le plus souvent un an. Partir en mission pendant 6 ou 12 mois, c’est long. C’est très long et il faut donc régler des tas de choses : le job, la maison, les enfants, les amis, le petit-ami, les factures et tout ce qui risque d’arriver pendant une si longue période. Sans compter qu’il faut aussi renoncer à son salaire pendant de nombreux mois. Beaucoup de décisions donc, et autant d’indécision.
J’avais déjà travaillé en Afrique avant. J’avais voyagé. J’y ai pensé, j’y ai longtemps et longuement pensé, je n’arrêtais plus d’y penser. Mais je n’en ai parlé à personne. Je ne savais pas s’ils allaient m’accepter, mais je pensais avoir mes chances. J’ai gardé cela pour moi, par crainte de ne pas être prise. Je croyais savoir à quoi m’attendre, alors j’ai envoyé ma candidature (une lettre très longue et très détaillée) et j’ai attendu. Attendu. Attendu très longtemps. J’ai finalement appelé et on m’a dit «Désolé, nous n’avons pas examiné votre candidature mais voulez-vous passer pour un entretien?» «D’accord,» ai-je dit. «Ça irait pour vous demain ?» «Oui, je peux venir demain» Voilà, le décor est planté.

Evacuer ou ne pas évacuer?
La pièce est très petite. Nous sommes trois. Les deux autres personnes me posent des questions. Des questions difficiles. «Supposons que votre PC (coordinateur de projet) – qui, soit dit en passant, a 20 ans de moins que vous – vous dise qu’on va procéder MAINTENANT à une évacuation d’urgence en raison de l’insécurité. Vous savez que vous allez devoir pratiquement tout laisser derrière vous, à commencer par vos patients, qui ne survivront probablement pas. Décidez-vous de rester ou de partir ? Ça me rappelle bien une chanson des Clash, mais je n’y trouve pas la réponse. On doit être en train de me tester. Vais-je obéir ? Vais-je privilégier l’intérêt et le bien-être de mes patients ou le mien? Mon Dieu.
Ils ont dit oui. Vous êtes acceptée sous condition et faites partie de notre «pool» de volontaires. Nous vous contacterons lorsque nous aurons un poste susceptible de correspondre à vos besoins, à vos compétences et à nos besoins. Mais avant cela, nous devons vérifier vos références. Vous allez aussi devoir passer un examen médical approfondi et recevoir de très nombreux vaccins. Nous vous dirons ensuite si vous êtes définitivement retenue. Vous pourrez ensuite lire le JP (le profil de poste) et nous dire si cette mission et ce poste vous intéressent. Commence alors une période d’attente. Je sais aujourd’hui que cette période peut être très brève ou très longue.
J’ai donc fait part de ma décision à ma famille et à mes amis et vécu des adieux déchirants avec mon fiancé. L’attrait de l’inconnu, le défi de travailler avec MSF étaient plus forts que mon besoin de rester. La conversation fut très pénible mais les choses se sont finalement bien passées, j’ai donc pu me consacrer avec excitation à mes préparatifs. Je l’en remercie.
Et un beau jour, enfin, un profil pour un poste au Soudan du Sud, ce tout nouveau pays. Ce profil de poste m’est parvenu le jour même de son indépendance. Était-ce une sorte de karma? Un signe qui m’indiquait le chemin à suivre, le pays où aller? A moins que je n’aie simplement voulu aller quelque part, après ces mois de réflexion, d’espoir, de questionnement et d’attente. Je me suis dit que cela pourrait bien me convenir mais ils ont estimé que ce n’était pas le cas. Ils m’ont alors proposé un autre profil. Et j’ai donc dit oui. Oui, c’est bon.
Mais avant cela, m’a-t-on dit, il faut que je suive une formation PPD (Premier départ). Il semble que c’est en passant une semaine à Amsterdam, avec 40 autres tout nouveaux MSF – une semaine d’étude et de conférences à raison de 12 heures par jour au cours de laquelle je devrai à bien des reprises me surpasser – que j’en saurai plus sur la mission que j’ai acceptée.
J’ai beaucoup aimé les jeux de rôle lors desquels il faut essayer d’imaginer quelle est la meilleure réaction lorsqu’un individu s’apprête à tirer sur vous, fusil pointé directement sur vous ou non, car il semble que la réponse soit différente. Aïe! Et puis aussi de la lecture avec «Staying Alive», qui vous explique quoi faire lorsqu’une grenade arrive dans votre direction. C’est toujours utile.
J’ai passé une très bonne semaine. Ce fut pour moi un soulagement d’être avec des gens qui avaient bien conscience que nous avions chacun décidé de travailler pour une organisation humanitaire qui se rend dans des endroits dangereux. Une décision que nous avions tous pris en toute connaissance de cause et qu’il n’était pas nécessaire de justifier. Chez nous, nous avions tous dû affronter les regards de ceux et celles qui se demandaient si nous n’avions pas perdu la raison lorsque nous leur faisions part de nos projets. Cela faisait un bien fou de ne pas devoir expliquer pourquoi je me portais volontaire pour vivre dans un endroit dangereux, pour manger des conserves pendant des mois, pour ne pas avoir d’eau courante, pour affronter serpents et lézards et dormir dans un tukul – une hutte aux murs de boue séchée et au toit de chaume où la température retombe à 35°C à 3 heures du matin. Des situations d’autant plus difficiles que je n’ai pas vraiment de réponse censée à cette question. Difficile de mettre des mots sur ce qui est avant tout de l’ordre de l’instinct. Un besoin. Un désir difficile à verbaliser Cela m’a fait beaucoup de bien d’avoir ce sentiment d’appartenir à un groupe, un groupe où l’on se comprend sans avoir besoin de parler.
Une semaine plus tard, je rentrais chez moi faire mes bagages.

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19 réponses à Flashback : mes premiers pas chez MSF

  1. Bouquetdelierre dit :

    Bonjour,

    J’ ai lu avec beaucoup d’intérêt vos écrits. Je suis moi-même intéressée à m’investir dans l’humanitaire. Je ne suis pas doctoresse mais hôtesse d’accueil, avec une petite formation de comptable dans mon entreprise. J’ai 41 ans et j’aimerais changer de métier, je suis à un carrefour de ma vie où j’ai besoin de m’engager dans une cause humanitaire. Je suis prête pour des concessions, car je ne trouve plus d’épanouissement dans mon travail. Je vis à Strasbourg, et suis motivée pour cet attrait. J’aimerais avoir un guide pour me conseiller d’avantage.

    Ps : je suis bénévole dans une association strasbourgeoise, et je fais don de mon sang.

    A bientôt. Cordialement

  2. De wolf Perrine dit :

    Bonjour,
    Je suis étudiante et je dois faire un exposé sur votre association.
    Serait-il possible de se procurer un DVD montrant une journée type d’un membre de votre association actif sur le terrain ?

    P.s: Je suis en deuxième secondaire.

    Merci

  3. dramane mikaiolo dit :

    Bonjour,
    Je suis un médecin je vais passer l’entretient chez MSF, pouvez vous me donner des conseils pour réussir l’entretient, merci beaucoup.

  4. Donou alice dit :

    Bonjour,
    Je veux être un MSF. Je suis étudiante en médecine au Togo. Je ne sais comment m`y prendre et vos conseils me seront très utiles. Merci

    • Médecins Sans Frontières dit :

      Bonjour Alice, merci de votre intérêt pour MSF. Je vous invite à terminer vos études, acquérir idéalement un peu d’expérience professionnelle avant de postuler. Nous n’engageons pas d’étudiants en médecine sur le terrain dans le cadre de nos projets. Vous trouverez plus d’informations sur cette page: http://www.msf-azg.be/fr/emploi/offres-demploi Cordialement,

  5. Aymen dit :

    J’ai bien lu votre article avec grand intérêt, Je suis récemment gradué comme docteur en médecine (générale) Cuba où j’ai eu droit à une belle expérience dans les maladies tropicales ainsi que dans la clinique commune. je parle français arabe espagnole portugais anglais, j’ai fait plusieurs stages je voudrais savoir si sans les 2 années d’expérience professionnelle j’ai le droit de vous joindre en tant que volontaire.
    Merci

  6. Kouadio Jaures dit :

    Bonjour,
    Je viens à peine de terminer ma formation D’IDE et j’aimerais faire partir de cette organisation humanitaire sachant que suis en Côte D’ivoire

  7. Alice dit :

    Bonjour je suis très intéressée pour travailler chez msf , j’aimerais savoir cmt faire pour devenir bénévole . Je suis entrain de préparer ma thèse de doctorat en Pharmacie.

  8. Alice dit :

    Bonjour je suis entrain de préparer ma thèse pour mon doctorat en Pharmacie, je veux savoir comment devenir bénévole au sein de msf.

  9. Gourlaouen camille dit :

    Bonjour , je suis infirmiere depuis 5 ans et je pars a l etranger dans quelques semaines pour acquerir un bon anglais et pour enfin postuler au sein de votre organisation. Pourriez vous m indiquer a peu pres les delais d attente de reponses a la demande de candidature ? Merci d avance

  10. Nkamedjie Patrick dit :

    Bonjour à tous,

    Je suis titulaire d’un master en santé Publique et Épidémiologie ayant deux ans d’expérience avec le Fond Mondial contre le Paludisme, la tuberculoses et le VIH. J’ai également des compétences et études épidémiologique et plusieurs publications. Après pratiquement 5 tentatives avec MSF, je n’ai même pas pu obtenir un entretient. Je pense que le volontariat à MSF pourrait peut-être m’ouvrir les portes. pouvez vous SVP me faire suivre le lien ou me renseigner sur la procédure?
    Mon contact e-mail: patricknkamedjie@yahoo.com
    Merci.
    Cordialement.

  11. Nkamedjie Patrick dit :

    Bonjour à tous,

    Je suis titulaire d’un master en santé Publique et Épidémiologie avec deux ans d’expérience avec le Fond Mondial contre le Paludisme, la tuberculoses et le VIH. J’ai également des compétences et études épidémiologique et plusieurs publications. Après pratiquement 5 tentatives avec MSF, je n’ai même pas pu obtenir un entretient. Je pense que le volontariat à MSF pourrait peut-être m’ouvrir les portes. pouvez vous SVP me faire suivre le lien ou me renseigner sur la procédure?
    Mon contact e-mail: patricknkamedjie@yahoo.com
    Merci.
    Cordialement.

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