Alerte malaria au Congo. Kivu: au coeur de la violence

Goma est la capitale de la province du Nord-Kivu, tout à fait à l’est du Congo. La ville est située sur la frontière avec le Rwanda sur les rives de l’impressionnant lac Kivu. De l’autre côté du lac, Bukavu, dans le Sud-Kivu. Les deux provinces sont toujours le théâtre d’importantes violences. Différents groupes armés et milices opèrent toujours dans l’est du pays dans un enchevêtrement de motifs politiques, économiques et démographiques. La région reste donc instable et dangereuse.

A Goma, cette atmosphère martiale est plus que palpable : on voit des soldats partout, toujours lourdement armés. Ils roulent dans des jeeps kaki, achètent des cigarettes dans des kiosques branlants, traînent dans des bars, errent en petits groupes dans les rues boueuses. Ils sont partout, habillés d’uniformes hétéroclites : militaires, police, armée de terre, armée de l’air… La nuit, les rues sont désertes. On me dit que c’est à cause de l’insécurité.

Cette insécurité permanente a aussi un impact direct sur la malaria. C’est ce qu’il apparaît quand je parle avec Christine, qui coordonne les projets de la section néerlandaise de Médecins Sans Frontières dans le Nord-Kivu. Il s’agit de trois hôpitaux auxquels sont rattachés une série de postes de santé. Tout comme dans la province d’Equateur, Christine et ses équipes ont constaté ici une forte augmentation des cas de malaria.

« Le nombre de cas de malaria a drastiquement augmenté ces dernières années », explique Christine. « Depuis 2011, on n’observe plus vraiment de pics : il y a en permanence beaucoup de patients. Pourtant, on a investi massivement dans la prévention et la sensibilisation. Mais les chiffres restent élevés, y compris ceux des patients souffrant de la forme la plus sévère de la malaria.”

« En 2009, nous comptions 7.500 patients atteints de la malaria dans le Nord-Kivu. Mais cette année-là, une véritable guerre sévissait et les populations craignaient de sortir pour se faire soigner. En 2010, on a vu 27.000 personnes avec la malaria et 31.000 en 2011. En 2012, on traite déjà 1.100 patients par semaine. Même en tenant compte de la guerre, la hausse est claire ». Une tendance également observée dans le Sud-Kivu et le Katanga.

Les chiffres que me présente Christine sont étonnamment similaires à ceux de Jorgen, notre expert en malaria, pour Saramabila, un peu plus à l’ouest. Il m’avait montré un graphique (voir ci-dessus). La ligne noire représente le nombre de cas de malaria. La rouge indique pour sa part le seuil à partir duquel on peut parler d’épidémie. Jorgen m’avait prévenu que ces statistiques étaient peu fiables. Mais il en ressort quand même trois points intéressants.

Tout d’abord, il est clair que les chiffres sont incomplets : la ligne n’est pas continue. Par ailleurs, les chiffres ne font que grimper depuis 2010. Depuis la mi-2011, le graphique n’est même plus repassé sous le seuil épidémique. Enfin, on voit un afflux massif de patients depuis que Médecins Sans Frontières a lancé une intervention spécifique, début 2012.

Pas de moustiquaire pour fuir plus vite

A quoi est due cette évolution ? Pourquoi cette flambée de malaria alors que cette maladie faisait déjà des ravages auparavant ?

« Dans le Nord-Kivu, la violence joue sans aucun doute un rôle », assure Christine. « Dans les zones en altitude, il y a moins de moustiques et, donc, moins de malaria. Les gens qui proviennent de là sont donc moins résistants à la maladie. Plus bas, il y a un camp de déplacés de 15.000 personnes installé au milieu de marécages où les moustiques se reproduisent. Tu peux t’imaginer les conséquences… »

Des habitants expliquent aussi qu’ils n’osent pas dormir sous une moustiquaire. Ils craignent de ne pas pouvoir fuir assez vite si leur village est attaqué en pleine nuit. Et les gens qui fuient disposent rarement d’une moustiquaire.

Mais la violence n’est pas seule en cause pour expliquer ces pics de malaria, selon Christine. « Il y a d’autres obstacles. Le système des soins de santé ne fonctionne pas comme il le faudrait. Certaines zones sont si éloignées que personne n’y prodigue des soins de santé. Et là où il y en a, ce sont souvent les médicaments qui manquent. En plus, ce n’est pas gratuit : c’est une contrainte de taille vu la pauvreté des populations. »

Cette semaine se réuniront à Barcelone différents experts médicaux de toutes les sections de Médecins Sans Frontières. La recrudescence alarmante de la malaria au Congo figurera en bonne place dans l’ordre du jour…

La réponse de MSF à l'urgence malaria

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2 réponses à Alerte malaria au Congo. Kivu: au coeur de la violence

  1. frenay dit :

    pourquoi donnes t on des antibiotiques anti douleur et transfusion et plus de l’antimalarien en cas de suspicion de malaria sans controle de la goutte épaisse ???
    Et pourquoi ne favorise t on pas l’artemisia ou autres plantes locales pour lutter contre la malaria ?

    • Médecins Sans Frontières dit :

      Bonjour et merci pour vos questions.
      - Chez MSF, tous les cas de paludisme doivent être confirmés systématiquement par test de diagnostic rapide. Ce test est plus rapide et souvent plus fiable que la microscopie (goutte épaisse), surtout au niveau des postes de santé ou durant des cliniques mobiles.
      - Un traitement anti-douleur/anti-fièvre est tout à fait justifié pour un cas de paludisme.
      - Pour les cas de paludisme simple, MSF n’ajoute pas d’antibiotiques. Par contre pour les cas sévères de paludisme, il arrive qu’on ajoute des antibiotiques parce qu’on ne dispose pas toujours de tous les outils de diagnostic pour confirmer ou exclure une infection bactérienne. Ces enfants sont parfois dans un état très grave et nous préférons ne pas prendre de risques.
      - Le traitement de base pour les cas de paludisme simple et sévère sont des médicaments dérivés de l’artemisinin, recommandés par l’Organisation Mondiale de la Santé. A notre connaissance, l’efficacité des plantes locales n’a pas été prouvée.

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