Dans la dernière partie du voyage qui nous a ramenés à Kitchanga, nous avons longé une rangée d’eucalyptus. Alors que nous roulions le long de ces arbres, j’ai été envahie par un grand sentiment de paix : un mélange de la joie de savoir que j’allais bientôt revoir Claudio et de la satisfaction d’avoir accompli quelque-chose d’important, là-haut dans les montagnes.
Notre retour à Kitchanga a été difficile. Le matin de notre départ, nous avons accueilli une jeune fille de 17 ans, Nina, au centre de santé de Kivuye. Nina était enceinte et ses contractions avaient débuté la nuit précédente. Comme la plupart des femmes dans les villages reculés, elle avait commencé à accoucher chez elle avec l’aide d’une accoucheuse traditionnelle. Malheureusement, la tête du bébé était en position occipito-transverse et le travail ne progressait pas. En fait, la tête du bébé était coincée dans le pelvis. Nina était très courageuse et continuait à pousser malgré l’épuisement. Elle a dû prendre la route dans des conditions exécrables. Chaque choc était douloureux, mais Nina étouffait ses gémissements. Notre sage-femme, Josee, a essayé de rendre le voyage aussi confortable que possible pour Nina. Le contact radio était difficile, mais nous avons réussi à faire comprendre à l’hôpital de Mweso qu’il s’agissait d’une urgence et l’équipe de chirurgie obstétrique a été prévenue de notre arrivée.
Ravis d’entendre le bébé pleurer
Lorsque nous sommes enfin arrivés, après 3 heures de route, nous avons été accueillis par l’une des obstétriciennes, Dr Marie-Josée. Nina a été rapidement conduite dans la salle d’accouchement. On voyait à peine la tête du bébé. Nous avons essayé par trois fois de le faire sortir à l’aide d’une ventouse, en vain. Juste avant que nous décidions de pratiquer une césarienne, Nina a poussé une dernière fois. Une sage-femme (plutôt imposante) est vite montée sur un marchepied et a exercé une forte pression fundique tandis que Nina gémissait et criait. Subitement, une petite fille est sortie. Elle était bleue et le cordon ombilical était enroulé autour de son cou. Après une stimulation brève mais intense, nous avons été ravis d’entendre pleurer le bébé.
Nina va mieux, mais elle est toujours à l’hôpital avec sa petite fille. Elle fait partie de celles qui ont eu de la chance. Malheureusement, il y a quelques semaines, nous avons reçu une femme enceinte dont le travail était long et pénible. Elle n’a pas réussi à accoucher et le fœtus est mort dans son ventre. Des membres de sa communauté l’ont portée sur un brancard depuis un village inaccessible jusqu’à notre poste de santé à Kitchanga. Le fœtus avait commencé à se décomposer, mais la mère est morte, comme son bébé. Je suis souvent très frustrée par nos ressources trop limitées en comparaison aux besoins énormes. Les belles histoires, comme celle de Nina, nous donnent juste assez de force pour sourire et affronter la journée suivante.
Angie
Angeline est médecin généraliste. Elle travaille à Kitchanga, dans la province du Nord-Kivu, à l’Est de la République démocratique du Congo. Le projet de Kitchanga fournit des soins de santé primaire d’urgence dans deux camps de déplacés internes de la ville de Kitchanga et dans trois centres de santé dans les régions montagneuses inaccessibles de la zone de santé de Mwesso. Il s’agit de sa deuxième mission avec MSF et elle est accompagnée par son petit ami, Claudio, qui est aussi l’agent de santé mentale du projet.
