Soudan du Sud: «Les gens meurent, les gens souffrent – c’est une crise humanitaire»

L’eau manque déjà sur l’un des sites de rassemblement temporaires accueillant les quelque  30 000 réfugiés qui viennent d’arriver au Soudan du Sud. Comme les camps de réfugiés de la région étaient déjà complets, les nouveaux réfugiés ont dû s’installer sur des sites de rassemblement temporaires, d’abord au «km 43» et ensuite, quand il n’y avait plus d’eau, au «km18». Ils dorment sous les arbres, sans rien pour s’abriter. Ils n’ont pratiquement rien à manger et les réserves d’eau diminuent à vue d’œil. Erna Rijnierse, responsable de l’équipe médicale de MSF, décrit la situation et souligne qu’il est urgent de trouver un site mieux adapté pour ces réfugiés :

© Jean-Marc Jacobs/MSF

© Jean-Marc Jacobs/MSF

« Ici, tout est compliqué. Sur une seule matinée, nous avons recensé six décès au «km 43». Une femme était tellement déshydratée qu’elle est décédée dès son arrivée à la clinique. Ce qui est certain c’est que les gens meurent, les gens souffrent ici. Il s’agit d’une situation de crise humanitaire. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés devant ce drame. Nous devons faire le maximum pour améliorer les conditions de vie de ces réfugiés.

Les routes sont dans un état cauchemardesque, surtout après les pluies. Il est pratiquement impossible de rejoindre ces populations. Dans notre véhicule, le nombre de places est limité. Alors, on embarque ceux qui sont le plus mal en point mais il nous faut abandonner à leur sort des patients en espérant qu’ils seront toujours vivants le lendemain. Pour un médecin, ces choix sont très douloureux mais il n’y a rien à faire, nous devons donner la priorité aux cas les plus critiques.

Le problème, c’est qu’il n’y a pas suffisamment d’organisations humanitaires dans ces sites temporaires. Ces réfugiés ont marché pendant des semaines et des semaines pour arriver jusqu’ici. Ils sont déjà très faibles à leur arrivée, surtout les plus vulnérables : les personnes âgées, les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. MSF a distribué de l’eau au «km 43» mais le bassin d’eau de surface que nous utilisions pour le traitement et la distribution de l’eau est vide à présent. Il n’y a donc plus d’eau au «km43». Nous traitons et distribuons de l’eau sur l’autre site de transit, le «km18», mais les réserves seront bientôt épuisées. Il faut donc absolument que l’agence des Nations Unies pour les réfugiés et ses partenaires déplacent de toute urgence ces réfugiés vers un site mieux adapté.

Chaque jour, nous nous rendons dans la petite clinique que nous avons aménagée sous une tente. Nous procédons à un triage afin de pouvoir prendre en charge les cas les plus sévères. Hier, alors que nous nous apprêtions à quitter la clinique du «km18», on nous a amené un jeune enfant qui avait du mal à respirer et qui était en état de choc. Nous sommes parvenus à sauver l’enfant. Un petit miracle arrivant à point nommé qui justifie notre présence ici et ce que nous sommes capables de faire, dans des circonstances vraiment très difficiles.

La semaine dernière, nous avons examiné 537 patients sur les sites temporaires du «km43» et du «km18»: 292 souffraient de diarrhées et 40 de maladies respiratoires. Nous avons soumis 342 enfants à un dépistage de la malnutrition : 38% d’entre eux étaient malnutris, un pourcentage bien supérieur aux seuils d’urgence. Avec le début de la saison des pluies, le paludisme commence à refaire surface. Les réfugiés vivent dans une très grande promiscuité et avec la pluie – et la baisse des températures – nous devrions voir apparaître d’autres maladies. Nous craignons une augmentation des cas de pneumonie, surtout chez les jeunes enfants.

Outre les soins urgents que nous dispensons pour sauver des vies, nous pouvons aussi améliorer la situation en mettant l’accent sur la prévention des maladies. Demain, nous démarrerons donc une campagne de vaccination contre la rougeole pour les moins de 15 ans. La rougeole est une maladie très contagieuse et potentiellement mortelle, notamment dans des camps et sites de réfugiés, lorsque de très nombreuses personnes vivent dans une grande promiscuité. Vu que ces personnes ne sont pas immunisées contre la rougeole, cette campagne de vaccination s’inscrit également dans le cadre de nos activités d’urgence.

Ici, la situation est catastrophique. Il y a eu très peu d’avancées dans la recherche d’un site pour réinstaller ces 30 000 réfugiés. De plus, les pluies et les contraintes logistiques ont pour l’heure empêché le mouvement des réfugiés. Pour l’heure, ils n’ont même pas une bâche en plastique pour s’abriter pendant la nuit. Dans de telles conditions, on voit mal comment la santé de ces populations très vulnérables pourrait s’améliorer. Ces personnes doivent être réinstallées immédiatement dans un endroit mieux adapté. Un endroit où elles pourront avoir de la nourriture, de l’eau, des abris et des soins de santé. Il y va de leur survie. Et le temps ne joue pas en leur faveur. »

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Une réponse à Soudan du Sud: «Les gens meurent, les gens souffrent – c’est une crise humanitaire»

  1. Hermann dit :

    Le problème réside surtout dans le fait que les Etats viennent en aide par l’intermédiaire des organisations internationales (ONU), ce qui débouche sur un gaspillage de moyens financiers. Pendant ce temps, les gens véritablement sur le terrain, comme MSF, doivent faire la manche pour soutenir leurs programmes:
    A lire sur le sujet: “Comment gagner de l’argent sans sauver le monde ? L’univers des fonctionnaires internationaux” de Boris Notasinag

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