Comme le font de nombreuses mères nigériennes, Aboubacar se rend en charrette tractée par un âne au centre intensif d’alimentation nutritionnelle avec sa petite fille âgée de 24 mois. Ils ont parcouru 8km pour atteindre cette structure de santé. « Ma fille vomissait et avait la diarrhée. Le médecin de MSF a dit qu’elle souffrait de gastro-entérite avec sévère déshydratation », nous raconte Aboubacar. Une infirmière doit nourrir la petite fille avec une sonde gastrique car elle est trop faible pour manger. La maladie ne fait qu’aggraver l’anémie de la fillette ; Aïcha ne pèse que 5,1 kg.
Ce jeune père s’occupe seul de sa fille car son épouse, aveugle, attend leur second bébé. Elle est très affaiblie. Ce matin là, Aboubacar reçoit un appel au centre. Un voisin du village de Kadago Biri lui transmet de terribles nouvelles : le temps est venu d’acheter un linceul pour son épouse Mariama. Agée d’à peine vingt ans, elle vient de perdre son second bébé après six mois de grossesse et est mourante.
Une lueur d’espoir
Désespéré, Aboubacar fond en larmes en réalisant qu’il n’est pas en son pouvoir de sauver la vie de son épouse. Elle est déjà probablement décédée, sans qu’il ait pu être à ses côtés. Comment nourrir Aïcha si sa maman n’est plus là ? Les promoteurs de la santé de MSF ainsi que des membres du staff médical décident alors de téléphoner au village afin d’avoir des renseignements précis sur l’état de santé de Mariama. Le voisin d’Aboubacar les informe que la jeune femme respire encore malgré d’abondants saignements. En moins de trente minutes, une ambulance est apprêtée. Cependant, Aboubacar refuse d’abandonner sa petite fille si fragile au centre. Et si elle venait aussi à mourir ? Aboubacar persuade l’infirmière de les laisser partir. A cause de l’absence de route bitumée, l’ambulance mettra près de quarante-cinq minutes pour arriver enfin au village, pourtant situé à 8 km. Durant le trajet, l’infirmière n’aura de cesse de réconforter le père soucieux. « Sèche tes larmes, la maladie ne signifie pas la mort », rassure-t-elle.
A leur arrivée à la maternité de Dakoro, le gynécologue, le Dr Keita diagnostique une infection de l’utérus. Mariama a perdu son enfant quatre jours plus tôt, loin de tout. Alors qu’ils avaient écarté tout espoir de la sauver, sa famille lui a prodigué des soins traditionnels à base d’herbe pour arrêter l’hémorragie. Un poison, en réalité.
Les soins, un luxe
Dans les villages nigériens, bénéficier des soins d’un médecin est considéré comme un luxe. Il est pourtant très important que les très jeunes enfants et leurs mères, qui sont les personnes les plus vulnérables, puissent avoir accès à des soins médicaux gratuits. La majorité de la population du Niger n’a qu’un accès très limité à ces soins en raison des distances qui les séparent des centres de santé. A Dakoro, le centre de santé couvre une région d’environ 25 à 35 km et une population d’environ 50.000 à 65.000 personnes.
Malgré la présence des centres de santé, il arrive bien souvent que les mères et leurs enfants arrivent trop tard à l’hôpital. Grâce aux community workers de MSF et à l’équipe médicale, Mariama et Aïcha sont aujourd’hui toutes deux hors de danger.
La région du Sahel traverse actuellement une importante crise nutritionnelle. Les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) présentes au Niger sont en état d’alerte durant cette période souvent difficile entre deux récoltes, durant laquelle la nourriture vient inévitablement à manquer. Conséquence immédiate : les enfants malades courent le risque de tomber en état de malnutrition. Ces enfants se retrouvent extrêmement vulnérables en raison de la combinaison entre une maladie (diarrhée, infections respiratoires, paludisme) et la malnutrition. Leur appétit vient rapidement à manquer, ils s’affaiblissent et sont entraînés dans une spirale mortelle dont ils peinent à s’échapper. Cette année, on prévoit de traiter 400.000 enfants malnutris dans le seul Niger.




